‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 4 sur 66 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

tâche de ne pas laisser les «coutumes juives » envahir la société des Gentils.

C'est là l'idée maîtresse que j'ai développée et que je répèle ici une dernière fois. De là, la place que j'ai faite dans le livre aux troubles et aux guerres de Judée, où les empereurs trouvaient à tout moment l'occasion de se confirmer dans leur opinion. On croit généraloniont que l'Etat romain a toléré le prosélytisme juif pendant qu'il persécutait les chrétiens. C'est cependant le prosélytisme que Domitien a traqué tout d'abord, lui qu'ont visé tout particulièrement Hadrien, Antonin et S. Sévère. Si on l'a oublié, c'est que la propagande judaïque a fait peu de résistance et que l'héroïsme chrétien a accaparé toute l'attention.

Ainsi comprise, la raison d'Etat impose une conclusion paradoxale en apparence et surtout malsonnante : à savoir, que l'intolérance religieuse importée dans le monde antique par le judaïsme, grosse de discordes passées, présentes et futures, était ce que les empereurs redoutaient et persécutaient dans le christianisme. Il n'y a ici de choquant que le nom, contraire à nos habitudes de langage : ce que j'appelle intolérance, on l'appelle d'ordinaire zèle religieux et on l'admire chez Polyeucte. J'ai dû constater dans l'œuvre même des apologistes, et plus encore dans la polémi(|ue entre chrétiens, l'énergie de ce sentiment, refoulé et tenu en échec par les circonstances, mais qui devait plus tard se donner libre carrière.

Les calomnies dirigées contre les chrétiens ont été cent fois réfutées ; celles qui défigurent encore leurs adversaires ont été à peine atténuées. Pour juger les hommes, il faut se replacer, autant que possible, dans leur état d'esprit, tenir compte des idées qu'ils avaient

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