XI 1 AVANT-PROPOS
et qu'ils ne pouvaient pas ne pas avoir. J'ai rempli un devoir de conscience en prenant la défense de la société antique. Je l'ai fait, non en avocat, mais avec la ferme volonté d'être impartial, en historien qui se propose uniquement de chercher la vérité et de la dire telle qu'il la conçoit. Il se peut que je m'expose à être appelé, comme d'autres avant moi, « apologiste des tyrans » et à paraître « donner raison aux bourreaux contre les victimes ». C'est une injure gratuite, (|u'il est facile de dédaigner. Il est une autre méprise, à laquelle je serais plus sensible : ce serait de paraître aussi fournir des armes à l'antisémitisme contemporain. On s'apercevra assez que je le tiens pour un anachronisme malfaisant et que je ne partage pas ses fureurs. J'ai cru devoir tirer aussi du sujet quelques réflexions applicables au temps présent. L'histoire ne doit pas être une contemplation stérile du passé. Je suis d'accord avec ceux qui lui demandent des enseignements, et avec ceux qui lui dénient toute utilité pratique. Autrement dit, je pense qu'elle peut donner d'utiles leçons, mais qu'on ne les écoute pas. Encore que j'aie évité avec soin toute apparence de polémique, toute allusion désobligeante pour les personnes, je ne serais pas autrement étonné de déplaire aux intolérants de tous les partis, gens de logique simpliste, qui procèdent par jugements sommaires et solutions radicales. Peut-être m'est-il permis, par compensation, d'espérer bon accueil auprès des esprits vraiment libéraux, s'il en reste encore.
Avril 1911.