‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 44 sur 66 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

L'intolérance poliliqne à l'égard des religions et l'intolérance religieuse : celle-ci plus durable et meurtrière que celle-là.

— La prétendue intolérance des anciennes religions d'Etat.

— Antagonisme et alliance du christianisme et de l'Etat romain sous le Bas-Empire. — La théorie des deux glaives, concluant à l'hégémonie du pouvoir spirituel. — Les deux pouvoirs réunis et la théocratie réalisée dans les Etats pontiflcaux. — L'intolérance constitutionnelle de l'Eglise, condition nécessaire de la préservation de la foi. — Conflit irréductible de la science et des religions positives. — La tâche de l'Etat moderne : assurer à tous la liberté de conscience et sauvegarder les principes nécessaires à sa propre existence.

— Caractère religieux du civisme ou patriotisme, l'unique religion d'Etat, jadis protégée par les empereurs romains, la seule que l'Etat ait encore le devoir de défendre. — Justifié autrefois, un conflit entre l'Eglise et l'Etat serait actuellement un anachronisme, inutile et dangereux.

Si l'on compare la politique des empereurs pa'iens et (•ell«> des onipereurs chrc^tiens, ou est en droit de s'étonner <jue les premiers portent seuls dans l'histoire le nom de persécuteurs. Persécuteurs, ils l'ont été les uns et les autres ; et. en somme, leur responsabilité individuelh» est insignifiante. C'est au.v idées dont ils (HaicMit les re|)résentants (ju'il faut s'en prendre. En ces sortes de conllits, le nombre des victimes sacrifiées n'a qu'une importance secondaire : une grande bataille (jui a coiilé en un jour plus de vies humainesque des siècles de persécution tient beaucoup moins de place dans l'histoire de la civilisation. Ce nombre.

on rpsjièce, ne pourra jamais cire évalué avec uik' certitude même approximative. Quel qu'il ait été, on peut affirmer que les persécutions motivées par les hérésies et les schismes, poursuivies durant (piinze siècles, tantôt latentes et comme infusées dans la vie quotidienne, tantôt violentes et légalement organisées, — sans compter les guerres de religion, — ont déchaîné sur l'espèce humaine plus de malheurs et de soulTrances que les soubresauts intf^rmittents de la lutte engagé*', au cours des ii* et ni" siècles, par l'Etat romain contre le christianisme.

Nous sommes en présence de deirx conceptions bien différentes du rôle de l'Etat à l'égard de la religion : d'une part, l'Etat se désintéressant des questions de doctrine ou des variétés de cultes, n'ayant souci que de l'ordre public et n'excluant de sa tolérance que les intolérants, considérés comme factieux et rebelles aux lois ; d'autre part, l'Etat allié avec l'Eglise et se croyant obligé d'y maintenir au dedans une orthodoxie qu'il impose au dehors.

Il convient de faire justice tout d'abord d'une erreur historique qui, à force d'être répétée, passe pour une vérité démontrée : à savoir, que le christianisme a libéré les consciences, en les délivrant du joug des religions d'Etat. Ce joug ne pesait guère dans les cités antiques, où il se confondait avec le patriotisme et n'imposait aucune doctrine. On ne cite, dans l'antiquité, comme ayant eu des accès d'intolérance, que la démocratie athénienne; sans doute parce que les démocraties, en général, supportent mal ce qui leur déplaît et que les Athéniens n'aimaient pas les philosophes. Et encore, la religion d'Etat n'a rien à voir avec les procès d'impiété (àasêsîaç) intentés à des philoso|)hes qui, à part Socrate, étaient tous des étrangers. J'ai assez montre plus haut quelle était la toléi-ance des Romains, et (pi'il n'y avait |)lus sous l'Emjiirede religion d'Etat autre que le culte impérial, culte

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