ÉPILOGUE
de pure forme, faciillalif pour les particuliers, et dont personne ne s'était avisé qu'il [)ût être un objet de scandale pour d'autres que les Juifs, jusqu'au jour où il y eut des chrétiens [)arnii les Gentils. C'est confondre les temps et faire preuve d'une sinf,Milière ignorance que de prendre le litre d(> Pontifrx Maximus [)orté par les empereurs pour raflirmation d'un [)Ouvoir spirituel capable de peser sur les consciences, et d'écrire sur le mode lyrique, comme fait M. de Broglie : « (îralien ayant refusé la slola ponli/icalis. c'en était fait de la réunion des deux autorités humaine ol divine sur une seule tète; et. par la fissure que laissait ouverte leur déchirement devait s'écha])per la liberté de conscience, comme l'explosion d'une vapeur longtemps comprimée ». L'historien catholique semble n'avoir vu. dans le sujet qu'il traite, — l'alliance de l'Eglise avec l'Etat — qu'une [)aix fourrée, donnant à l'Eglise des droits sans devoirs, assurant son indépendance et permettant à S. Ambroise de rabrouer Théodose sur le ton d'un factieux. Ce n'est i»as seulement l'auteur de la répression sanglante exercée à Thessaloniijue (390) ()u' Ambroise arrêta un jour à la porte de son église. L'évèque ose menacer l'empereur du sort de Maxime — l'usurpateur récemment mis à mort (388) — s'il laisse rebâtir une synagogue détruite par les chrétiens, et il rappelle à ce propos la semonc(î du j)rophète Nathan <à David. C'est aussi l'intolérance qu'il vent inq)Oser au jeune Valentinien II. Un autel de la Victoire, jadis placé dans la salle des séances du Sénat romain, était un symbole odieux aux chrétiens. Il avait été enlevé par Constance, rétabli [tar Julien, et de nouveau enlevé par Gratien, en dé[iit des réclamations du Sénat encore en majorité païen. A la mort de Gratien (383), le. Sénat, espérant trouver Valentinien II plus tolérant, demaiula la restauration de l'autel, et le Consistoire impérial était d'avis de faire droit à sa requête, lors(iue Ambroise intervint. A Milan, plutôt que de céder une église aux ariens,
34(5 l'intolérance beligielse et la politique
r('vLM|Lie fit plier la volonté du prince adolescent, qui, suspect d'arianismc et réduit à se défier de ses soldats, céda en disant à son entourage : « Si Ambroise vous l'ordonnait, vous me livreriez à lui pieds et poinf^s liés ». Le fils et successeur de Constantin, l'empereur Constance, avait pu déjà s'apercevoir que l'Eglise était une alliée incommode. Comme il était plus disposé à j)rotéger qu'à persécuter les ariens, il se vit traîné dans la boue, comparé à Saiil, à Achab. à Hérode, à Pilate. surtout à l'Antichrist. par Athanase, Lucifer de Calaris et Hilaire de Poitiers.
L'idéal politique de l'Eglise est le même que celui de l'Islam : la théocratie, un Etat où toutes les institutions sont régies par la Loi divine, tirée elle-même de l'exégèse d'un livre sacré. La forte constitution de l'empire romain et les traditions qu'il a léguées aux nations issues de son démembrement ont empêché que cet idéal fût atteint. La Révélation écrite ellemême n'a pu prendre la place de la « raison écrite » que représente le Droit. Les nations chrétiennes n'ont jamais été des sociétés chrétiennes au même degré que les peuples musulmans ont été et sont des sociétés musulmanes. Du reste, il est infiniment probable — autant dire certain — que l'Eglise ne serait point parvenue à constituer l'unité qui a fait longtemps sa force sans le secours de l'Etat. Tant que dura l'empire romain, le pouvoir impérial, appuyé sur une longue tradition, exercé par des princes tous plus ou moins théologiens, maintint à peu près son hégémonie. L'empire une fois tombé, le chef de l'Eglise, héritier du prestige attaché au nom de Rome, [)ut régler à son gré les rapports de l'Elglise avec les nouveaux potentats, des parvenus qui lui demandaient eux-mêmes l'investiture, se considérant comme héritiers d'une [)arf de la puissance jadis romaine. L'hégémonie du pouvoir spirituel, exercée en fait, fut assise en théorie sur une interprétation ingénieuse et merveilleusement