ÉPILOGUE
sophistiquo des textes sacrés. Des deux grands liiiniiiaires de la Gen':.se, l'un, le soleil. r«'|irésente le clergé ou le Pape ; Tautre. la lune, représente le Saint-Empire romain ou l'Etat laïque. Ces deux pouvoirs sont nécessaires, et ils sont suffisants; car, lorsque les disciples, voulant délendre leur maître, [)résentenl à Jésus deux épées. il dit : « (l'est assez {satls est) ». Le Pape ne doit pas user de son glaive, car Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau » ; mais il a le droit de disposer de l'antre pour la défense de la foi, et même pour la conversion des mécréants, car Jésus a dit : « Forcezles à entrer Icoitipelle intrare) ».
La théorie des deux glaives,, confiés l'un au Pa])e, l'autre à l'Empereur, représente une transaction boiteuse, acceptée faute de mieux par l'Eglise, à la condition que le pouvoir séculier reconnaîtrait l'hégémonie du pouvoir religieux. En cas de conflit, le pouvoir séculier était mal venu à invoquer le texte de S. Paul : ovinis potestas a Deo. En effet, le pouvoir spirituel était encore bien plus sûrement institué par Dieu ; et, comme Dieu ne peut se contredire, l'autorité <jui entrait en lutte avec l'Eglise devait être désavouée par lui et devenait aussitôt illégitime. Aussi, au Moyen Age, les rois eurent à compter avec les papes. « Les princes », dit Jean de Salisbury (-f- 1180), « tiennent leur pouvoir de l'Eglise et sont les serviteurs du sacerdoce ». Même au xvi' siècle, le pape Paul IV se crut en droit de rej)rendre les traditions de Grégoire VII et d'Innocent III. Par la bulle Cwn ex aposlolalus officia (1558j, il déliait du serment de fidélité les sujets des princes hérétiques et autorisait les ftrinces orthodoxes à s'emparer de leurs domaines. L'idéal théocratique fut cependant réalisé en [letit. dans \os Etals du pape. Là, le Ponlifex Maximus fut aussi le souverain. Ce qui donne une saveur particulière à la tirade citée plus haut du duc de Broglie, c'est qu'il l'écrivait au moment où nos soldats occupaient ou allaient occuper Rome
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pour nuiinlenir dans la porsoniiodu pape (('tic uMKjn des deux pouvoirs dont la séparation lui paraissait nécessaire à la liberté de conscience, partout ailleurs qu'à Rome.
En somme, la liberté de conscience que le christianisme interprété par l'Eglise a apportée au monde, c'est, pour elle et pour ses membres, l'indépendance à l'égard des (< lois humaines ». Cette indépendance-là, c'est celle que revendiquaient les martyrs, et qui veut peut la prendre à ses risques et périls.
L'Hlglise, appuyée sur l'Etat, a fait à celui-ci un devoir de l'aider à proscrire l'erreur, non seulement dans ses manifestations extérieures, mais en elle-même, à l'expulser, si possible, de l'asile du for intérieur, il y a un mot involontairement profond de Minucius Félix. Croyant simplement faire l'éloge de la morale chrétienne, il dit aux païens : « Vous, vous punissez les crimes commis; chez nous, la pensée même est im péché ». L'Etal moderne raisonne comme les païens, tandis que l'Eglise continue à raisonner comme Minucius Félix. Il faut rendre cette justice à l'Eglise, et particulièrement à l'Eglise romaine, qu'elle n'a jamais renié ses principes et cherché des compromis louches avec l'esprit du « siècle ». Elle a toujours |)roclamé qu'elle est en elle-même une société complète {societas perfecta), c'est-à-dire autonome, pourvue de tous les organes nécessaires, gouvernée par une autorité d'institution divine; et elle a formellement reconnu à cette autorité le droit et le devoir de proscrire l'erreur. Les tempéraments et empêchements apportés à l'exerci-ce de ce droit, en ce qui concerne les personnes, sont des nécessités de circonstance, qui ne diminuent en rien ce droit impres- ('ri[)tible. L'Eglise n'a |)as déclaré abrogé le terrible texte de l'ancienne Loi : « O^iconque montrera de l'orgueil, ne voulant pas obéir à l'autorité du prêtre qui en ce temps sert le Seigneur ton Dieu et à la sen-