EPILOGUE
teiico (lu juge, cot lioininc mourra et lu ôloras aiusi le mal d'Israël ». Elle reconnaît sa doctrine dans la Somme de S. Thomas d'Aquin disant : « L'li(^r(^sie est un péché par lequel on mérite d'être exclu du monde par la mort ». Elle a laissé des défenseurs de bonne volonté et de peu de doctrine soutenir qu'elle déplorait les rigueurs exercées en son nom par les pouvoirs séculiers; mais je ne sache pas qu'elle ait jamais accepté eomme un droit la liberté do conscience ni blâmé officiellement l'intolérance mise au service de la vérité. « Le prince », dit Bossuet, « doit employer son autorité pour détruire dans son Etat les fausses religions ». Ce qui d'ailleurs n'empêche aucunement un de nos contemporains d'écrire : « Parmi les sentiments constitutifs de notre conscience moderne, aucun n'a une origine plus nettement chrétienne que la tolérance ».
El il faut bien dire que, pour toute doctrine qui prétend à la certitude absolue conquise par la foi, l'intolérance — doctrinale toujours, pratique quand les circonstances le permettent — est une condition vitale. Le christianisme a triomphe du paganisme pour bien des raisons, dont les principales apparaissent à j)remière vue. Le polythéisme n'était qu'un agrégat informe de cultes hétérogènes sans lien entre eux. la plujiart sans doctrine proiire et sans sacerdoce intéressé à leur conservation, assoupis dans des habitudes machinales dont le sens même était perdu. Quel(}ues-unes cependant de ces religions, venues de l'Orient, ouvraient des perspectives sur la vie future, mais vagues, réservées à des initiés, et non point prochaines, concrètes et largement démocratiques comme le mirage à la fois séduisant et terrible de la fin du monde et du redressement de toutes les iniquités. Chez les premiers chrétiens, la foi était ardente, la doctrine simple, d'une haute moralité, et le choix pressant entre la perdition et le salut. Mais le
christianisme aurait cii tous los gnnres do su})<'M"ioril(^ «ju'il n'aurait \)tis tri()in[)hé dp toutes les concurrences s'il s'était prêté tout d'abord à des transactions et des compromis. Il choisit plus tard, entre les vieilles habitudes cultuelles, celles qui lui paraissaient compatibles avec son dogme. Le culte des saints et <le leurs reliques remplaça le culte si décrié de ces morts qu'étaient les dieux du paganisme. Les icônes et les statues, qui faisaient horreur quand elles étaient des idoles, reprirent dans les églises la place qu'elles occupaient dans les temples. Il em[trunta de même à la philosophie grecque — outre la théorie du Verbe — nombre de préceptes moraux assis sur des fondements rationnels, et combina plus ou moins adroitement la théorie platonicienne de l'immortalité de l'âme avec le dogme de la résurrection. Il s'assimila ainsi le travail de la pensée antique, libre d'accepter ou de rejeter les solutions proposées à des questions multiples auxquelles les premiers chrétiens auraient été incapables de répondre. Mais il ne convint jamais que ces additions fussent un legs du paganisme et de la vieille civilisation. Les apologistes ont pris soin de dire que tout ce qu'il y avait de bon dans la philosophie profane venait non pas de la raison humaine, mais de la Révélation mosaïque, et les plus indulgents ont considéré Socrateet Platon comme des précurseurs inconscients du christianisme. C'est pour avoir constam- .ment affirmé que la foi est nécessaire au salut ;{)0ur s'être constamment refusé à reconnaître dans les dieux du polythéisme autre chose que des démons, à admettre que même les vertus des- païens fussent des vertus méritant récompense dans l'autre monde'; c'est, dis-je, par cet exclusivisme irréductible que le christianisme a conservé son autonomie, sa i)uissance d'expansion, et a échappé au danger de se noyer dans le syncrétisme à la mode.
Aujourd'hui encore, le danger des concessions à