ÉPILOGUE
faire au rationalismo roslo pour l'Ej^^lisc le plus pressant, et aussi le [dus diflicile à conjurer. J'ignore si les diverses communions chrétiennes sont disposc^es à faire lléchir les |irineipes et à admettre que la bonne foi peut snp[)léer aux lacunes ou excuser les erreurs de la foi nécessaire au salut, autrement dit. à ne point damner les schismaticjues et les hérétiques. Mais C(dlesqui étendraient le bénéfice de la bonne foi aux adeptes d'une autre religion et même aux hommes dé|)ourvus de croyances religieuses perdraient leur raison d'être. Bientôt leur foi. devemie flottante. sans force communicative. serait incapable même de résistance. Avec la pensée libre, avec la science qui introduit une nouvelle conception de rUniv(>rs et ruine la cosmogonie de la Genèse, avec la critique histori(jue qui rejette les preuves — nécessairement miraculeuses — de la Révélation, il n'est point d'accommodement i)ossible. La raison, qu'on dit orgueilleuse, a bien ses accès de modestie : elle convient volontiers qu'(>lle ne sait le tout de rien; mais elle ne veut pas être enchaînT-e à des textes sacrés et ne leur reconnaît pas l'infaillibilité qu'elle se refuse à ellemême. En s'étendant. la négation non seulement mine la foi chez ceux qm la perdent, mais l'inquiète chez ceux qui veulent la conserver. La foi est une plante (hi serre chaude. Elle naît dans de petits groupes débordants d'enthousiasme. Répandue au dehors, elle ne se maintient pas au même degré d'exaltation; niais l'adhésion des masses populaires établit une sorte de consentement universel qui com- [tensr et au delà ce (ju'elle perd d'i'uergie dans l'individu de type, commun. Elle se trouve même par là, l'intolérance aidant, soustraite à la discussion. Lorsque enfin ce consentement n'est plus unanime et tend à se ret(Mirn('r contre la foi. la tenifiérature ambiante refroidit la flamme intérieure qui produit la conviction. Le doute assiège les consciences, intimidant les
falblfs et irritant les autres : celles-ci repoussent violemment « le souffle empoisonnf'' du siècle » et maudissent « les chaires de pestilence » où enseignent les « fils de perdition ». Les vieux anathèmes dont l'Ecriture est parsemée sortent de nouveau des textes sacrés, masquant la défense par l'attaque.
Des esprits voués à l'optimisme et (pii l'entretiennent en spéculant sur des abstractions suppriment aisément le conflit entre la science et la religion. Ils les considèrent comme deux formes, ou plutôt deux fonctions également nécessaires, de la raison humaine : la science cherchant la liaison des phénomènes du monde extérieur dont elle postule la réalité objective, la religion «'occupant de rhomm(;, dégageant de sa conscience et lui révélant par la foi au devoir le but de la vie, l'idéal à poursuivre par l'efl^ort commun de toutes les volontés unies dans l'amour, qui doit être le lien des sociétés. Les deux domaines étant ainsi délimités, il ne peut plus se produire de conflit. Mais on s'aperçoit bien vite que le mot de religion est employé ici au sens de sentiment religieux, dégagé de toute forme positive au point qu'il les accepte toutes et prend plaisir à la diversité même de ces formes. « Un monde où régnent la personnalité, la liberté d'errer et de faillir, la variété et l'harmonie, dit M. Boutroux, est, pour l'homme religieux, meilleur, plus beau, plus analogue à la perfection divine, qu'un monde où tout ne serait que l'application mécanique d'une formule une et immuable... Il ne tolère pas seulement ces diff"érences. Elles sont, à ses yeux, des pièces de l'harmonie universelle ». Malheureusement, l'histoire nous enseigne que, de ce magnifique idéal social, les religions positives, et surtout les religions universalistes, et entre toutes le christianisme, ne veulent à aucun prix. Le polythéisme d'autrefois, avec la tolérance qui laissait vivre les religions côte à côte.