‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 49 sur 66 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

approchait davanlago de co quiôlismo |)hil()sophique. Olso, roprochaut aux chr(^tiens leur élroilesse d'osprit, raisonnait à peu près comme notre contemporain. « Malgré la diversité des religions », disait-il, « quelle raison y a-t-il de sui)poser que Dieu ne soit pas le même pour tous et qu'il ne reconnaisse pas, dans la variété des noms et des rites, que tous leurs hommages lui sont adressés? Quelle raison surtout que ces puissances répandues dans la Nature [qui sont les dieux du polythéisme] soient nécessairement mauvaises : que Dieu ait pour ainsi dire livré l'Univers à ses ennemis? ». Plus tard encore, Thémistius disait à l'empereur Valens : « Les Hellènes ont trois cents manières d'honorer la divinité, qui se réjouit de cette diversité d'hommages ». Maxime de Madaure. s'assimilant la pensée des auteurs de l'Edit de Milan, représentait de même à S. Augustin que, les diverses religions vénérant chacune un aspect ou << membre » de l'Etre suprême. Dieu se trouve ainsi adoré en totalité. Mais les chrétiens ne pouvaient pas accepter la discussion sur ce point. S. Paul avait dit, après le Psalmiste : « Les dieux des Gentils sont des démons », et les démons étaient au service de Satan, à qui le monde est livré dei)uis la chute d'Adam.

Le partage proposé plus haut entre les domaines respectifs de la science et de la religion n'est [)as accepté [lar les religions : il ne le serait i)as davantage [»ar la science, si l'on n'exclut pas de la science les sciences naturelles et les sciences morales. Les religions [tositives ont toutes une conception du monde extérieur, généralement exprimée par une théorie sur l'origine des choses ou cosmogonie. Aucune ne s'occupe exclusivement de l'homme en soi, sans rajiports avec la Nature, réduit à l'état d'être pensant et immatériel. Le christianisme a conservé la cosmogonie hébraïque, et, le voulût-il, il ne peut la renier : il est même obligé de la défendre au jour le

354 1,'lNTOLÉRANCE RELIGIEUSE ET LA POLITIQUE

Jour par des inlerprf^talioiis [)lus ou moins sublilos. Toutes les religions acluellemenl existantes sont géocentriques : elles ont fait de la Terre le centre du monde et de l'homme le but, ou peu s'en faut, de la création entière, dont le Dieu transcendant n'avait nul besoin pour lui-même. Sans doute, le roseau pensant peut toujours se tenir pour [)lus grand que l'Univers qui l'écrase; il n'y a point de comparaison possible entre l'espace et la pensée : mais il n'en est pas moins vrai que la conception scientifique de l'univers tend à discréditer l'eschatologie religieuse. Nul n'ignore que les sciences dites naturelles engendrent spontanément des hypothèses inconciliables avec les dogmes. L'étude des facultés et du passé de notre espèce, ce qu'on appelle vaguement sciences morales, et au premier rang la recherche de la vérité historique, conduit fatalement à dissiper l'auréole miraculeuse qui entoure le berceau des religions, à les considérer comme des formes transitoires du sentiment religieux et la morale comme un fonds inaliénable de la conscience humaine, qui s'associe aux religions sans appartenir en propre à aucune. Si haut qu'elles planent, les religions révélées prennent leur point d'ajipui en terre : elles sont obligées de marquer le moment et le lieu où s'est produite la Révélation dont elles se réclament, et c'est là qu'elles sont justiciables de la critique historique. Enlin, il y a contradiction intime entre l'idéal scientitique, qui est la poursuite incessante de la vérité à travers une succession de théories [)rovisoires, et l'idéal des religions, qui est de conserver une vérité acquise et désormais intangible.

L'Etat moderne, même là où il n'a pas rompu l'alliance avec l'Eglise, se réclame d{> principes opposés. 11 ne veut plus collaborer avec elle, en vue de réaliser la néfaste chimère de l'unité de croyance, il n'a point de vérité en dépôt et ne scrute point les consciences, ne connaissant de répréhensibles que les

Page 1