LA RELIGION ET LES RELIGIONS A ROME
Kléments essentiels de la religion en général. — Phases normales de l'évolution religieuse : animisme, polythéisme, monothéisme, panthéisme.
g I. La Rkligion ro.maine. — Arrêt de développement de la religion romaine. — Les Indigitamenta et les formules de prières. — Le culte officiel et les cultes privés.
ji IL Invasion des cultes étrangers, — Les livres sibyllins, organe de l'invasion hellénique. — Assimilation progressive des dieu.x romains et des dieux grecs. — Importation du culte de la (irande-Mère. — Intrusion des religions orientales. — Les Bacanalia. — Le culte de Mà-Bellone et les cultes égyptiens. — Isis et Sérapis-Osiris. — Réaction impuissante contre la vogue des cultes orientaux. — Avènement du régime impérial.
Les Grecs et les Romains, à l'époque historique, n'avaient plus, en fait de religion, que des débris incohérents de vieilles croyances momifiées dans des rites où se dissimulait, désormais incomprise, la pen.sée qui les avait engendrés. La religion la plus rudimentaire, quand elle n'a pas perdu ses organes vitaux, représente la totalité des connaissances auxquelles a pu se hausser l'intelligence d'un peuple. Elle contient nécessairement une explication quelconijue de la Nature, des phénomènes dont
l'homme, qui en est le spectateur et parfois la victime, a conscience de n'être pas l'auteiir. C'est la part de la raison raisonnante dans la genèse des religions. La part du sentiment est autrement grande. Si l'homme aspire à connaître les forces de la Nature, les causes dont il voit les effets, c'est avec la préoccupation obsédante d'avoir sur elles quelque [trise, de s'en servir ou de s'en défendre, de trouver quelque moyen de nouer avec elles des rapports utiles. Pour concevoir ces forces comme des propriétés inhérentes à la matière, des actions mécaniques qui se répètent indéfiniment et fatalement suivant des lois invariables, il faut une longue expérience et un effort d'abstraction dont l'homme primitif n'est point capable. Il fait le monde à son image, c'est-à-dire que, de même que ses actes à lui sont les elTets de sa volonté, il attribue les phénomènes naturels à l'intervention de volontés incorporées à la matière, mais distinctes et séparables des réalités visibles ou tangibles.
Toutes les religions ont dû passer par cette phase de leur développement qu'on appelle Vnnimisme, et, à vrai dire, celles qui l'ont dépassée en ont au moins retenu le principe, sans lequel il n'est point de religion. Le progrès a consisté à réduire le nombre ou éloigner la présence de ces volontés ; à les expulser de la matière en leur créant une personnalité indépendante, mais sans leur dénier le pouvoir d'agir sur la Nature, dont ils continuent à faire partie intégrante; enfin, à les grouper en société hiérarchisée et à placer au sommet une Volonté, suprême. C'est là le dernier stade de développement des religions, celui <ju'elles ne peuvent franchir sans cesser d'être. Ce qu'on appelle le monothéisme n'est en réalité qu'un système de concentration dans lequel la démonologie archaïque, foisonnante et capricieuse, est étroitement subordonnée à la volonté d'un Etre Tout-Puissant. Sans ces agents, inférieurs à lui, mais grandement