‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 51 sur 66 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

oncoro un conflit inévitable entre dos principes incompatibles.

Le christianisme aspire à embrasser l'humanité entière : il est cosmopolite et individualiste par essence, détaché de toute patrie terrestre, de toute forme sociale et politique. Mais il a par là même une souplesse plastique qui lui permet de s'accommoder de tous les régimes. Ce qu'on rei)roche aujourd'hui à l'Eglise, ce n'est pas de s'être désintéressée des besoins de la société, c'est de l'avoir mise en tutelle et de persister à s'en croire le soutien nécessaire. Sans doute, l'Eglise n'a été un ai)pui (jue pour les Etats qui consentaient;» la servir. Ceux qui s'y refusent ne peuvent évidemment pas compter sur sa bienveillance. Mais, de ce (jue l'Etat et l'Eglise ont, dans les temps modernes, plus ou moins préparé ou consommé leur divorce, il ne s'ensuit pas que ces deux puissances doivent entrer en conflit. Ni la foi, ni les œuvres qu'elle exige ne vont plus contre l'intérêt de l'Etat, et l'Etat, de son côté, n'ordonne plus rien de contraire à la morale chrétienne. Il ne demande plus, comme autrefois le culte impérial, aucun sacrifice h la conscience du chrétien. Le sacrifice qu'il a imposé à l'Eglise en supprimant l'exemption du service militaire pour les jeunes clercs, elle l'a accepté. La religion ne réclame pas l'homme tout entier : elle le laisse libre d'être citoyen et soldat. Et donc, elle ne tombe pas sous le coup du seul genre «l'intolérance que l'Etat soit en droit de pratiquer, l'intolérance à l'égard des antipatriotes. Il est même bon de remarquer que, pour glorifier le patriotisme dans la i)ersonne de Jeanne d'Arc, l'Eglise romaine a fait un effort méritoire, qui est allé jusqu'à casser solennellement une sentence ecclésiastique. Le reste importe [)eu. Il im[>orle peu que l'Eglise ne puisse cesser d'être intolérante en théorie, si elle ne peut I»lus l'être en pratique. Qu'elle' considère la liberté de penser comme un mal et la refuse là où elle domine,

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elle f'sl conséquente avec elle-même. Ce n'est [)as d'aujourd'hui que l'on sait qu'elle s'interdit toute concession aux erreurs du siècle, dont elle a dressé le catalogue dans le Syllabus. Il faut lui laisser l'illusion de croire que, démocratique à l'origine, elle n'a point varié elle-même en se cristallisant dans la forme autocratique que lui a léguée l'empire romain. Mais ni le Syllabus annexé à l'encyclique Quanta cura, qui date de 1864, ni le dogme de l'infaillibilité pontificale (1870) n'ont déchaîné de conflits politiques. Ces actes de la souveraineté spirituelle ont pu porter le trouble dans les consciences : l'Etat se sentait assez solide jtour ne s'en point inquiéter. D'où vient qu'il paraît s'alarmer aujourd'hui et qu'en face de lui s'élèvent des voix irritées qui le traitent de persécuteur? C'est que nous avons affaire non plus à des débats théoriques — depuis longtemps épuisés et reconnus insolubles — entre le dogme et la liberté de penser, mais à un mélange singulier d'intérêts et de passions qui font oublier, de part et d'autre, l'intérêt bien entendu.

Les causes réelles et profondes qui ont jadis armé l'Etat romain contre le christianisme ont disparu; mais il est resté, du côté des hommes de foi, des habitudes d'esprit irréformables, en ce sens qu'elles sont autorisées ou même imposées par des textes sacrés. Nous les avons déjà rencontrées à chaque tournant de la route, et l'on peut soupçonner l'effet irritant qu'elles devaient produire sur les païens. Il n'y a plus d'idoles à qualifier démons; mais on continue, dans la littérature édifiante, à enseigner que, résister à la foi, c'est obéir aux suggestions du démon. Tel prélat assure que « les puissances de l'enfer » sont actuellement conjurées avec l'Etat français contre l'Eglise. Est-il besoin de recourir à la démonologie, à ce qu'il y a de plus caduc dans la doctrine, pour expUquer que les sociétés modernes aspirent à se soustraire à la tutelle de l'Eglise? Ceux qui reprennent ces vieilles formules

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