‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 52 sur 66 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

devraient savoir (|iie KKirlise a plulôl inlérèt à laisser oublier (|u'elle a «^neore<les exorcistes. <;eei n'est qu'une application particulière d'une th(^orie fr(''nérale, déjà posée en [>rincipe par S. Paul, qui impute aux païens les vices les plus honteux et adjuj,'e aux fidèles orthodoxes le monopole de la moralitt'. Lar^nMiienl et imprudemment mise au service de la polémique» jiar les apologistes d'autrefois, elle reparaît, aftirmée avec la même énergie, sous la plume de leurs successeurs. L'encre a à peine séché sur la tière déclaration d'un cardinal contemporain, d'après lecpiel, « sans la foi, n'en di'plaise aux apologistes de la libre pensée, on ne peut même pas rester honnête homme, c'est-à-dire observer les prescriptions importantes de la loi naturelle ». De pareilles afllrmations peuvent être d'accord avec les textes de S. Paul et de S. Augustin, mais elles paraissent aujourd'hui des agressions injustifiées, de nature à provocpier des représailles et à entretenir lu discorde qu'il s'agit d'apaiser. Rien n'a plus exaspéré autrefois l'opinion publique contre l(>s Juifs d'abord, les chrétiens ensuite, cpie la prétention de détenir à eux seuls la vérité et. comme conséquence, la vertu.

En développant ce thème de la moralité soudée à la religion, des champions intempérants de l'Eglise com|)rennent même les devoirs civiques, et le f)lus impérieux de tous, le dévouement à la patrie, parmi les vertus qu'on ne peut i)rati(|uer sans la religion. Ils ont comparé, associé, couvert des mêmes fleurs de rhétorique la croix et l'épée. la vocation du prêtre et celle du soldat. Ils se souviennent trop des croisades, de l'éfiée mise au service non de la patrie, mais de la religion. On pourrait charger Pascal de leur répondre : « Les exenqtles des morts généreuses des Lacédémoniens et autres ne nous touchent guère, car qu'est-<e que cela nous apporte ? Mais l'exemple <le la mort des martyrs nous touche, car ce sont nos membres ». Le christianisme — les martyrs l'ont assez

réj)été — forme des soldats du Christ; il n'a ni reçu ni réclamé la mission de former des patriotes.

C'est une usurpation du même genre que de prétendre qu'avec la foi chrétienne disparaît dans la conscience toute croyance à l'immortalité de l'âme, aux peines et récompenses de la vie future. C'est là un bien commun à toutes les religions, qui y puisent leur véritable raison d'être, au déisme de Voltaire et à bon nombre de philosophies, dont le christianisme lui-même a été tributaire à l'origine. La théorie du Purgatoire — qui ne se trouve pas dans les Evangiles — est déjà toute faite dans Platon et dans Virgile. Il doit suffire de faire remarquer que, sur ce point, la foi seule donne la certitude, tandis que la raison ou s'abstient ou ergote sur des vraisemblances et des possibilités. Il est injuste et malséant de considérer les « incrédules » comme de grossiers matérialistes, et d'insinuer que leur aveuglement vient de quelque source impure.

Ceci dit, on ne saurait nier fpie la foi aux sanctions futures ne soit, pour la moyenne de l'humanité, le fondement le plus assuré de la morale, et que la plupart de ceux qui s'en détachent n'en retrouvent pas l'équivalent dans l'impératif catégorique. C'est là aujourd'hui le domaine propre de la religion, celui que la science ne peut ni ne veut lui disputer. Une Eglise qui bornerait son ambition à tracer le chemin conduisant à ce royaume de l'autre monde pourrait vivre en paix avec les puissances terrestres. Mais cette résignation est particulièrement difficile à l'Eglise romaine, qui n'entend abandonner, en droit, aucune des prérogatives dont elle a joui par le passé, même la plus accidentelle de toutes, le pouvoir temporel des papes. Elle est la seule qui puisse revendiquer le périlleux honneur de former un Etat spirituel, pourvu de tous ses organes et autonome. De là des conflits, politiques sous couleur de religion, entre un sacer-

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