ÉPILOGUE
(loce [luissant dirigé despoliquement du dehors et VFAal laïque. Ces conflits, portant sur des questions secondaires, n'ont point troublé jusqu'ici la paix sociale. Mais comme ils ont été généralement résolus à l'avantage de l'Etat, ils ont laissé aux vaincus des regrets et des ressentiments qui s'expriment trop souvent par des paroles améres. L'Eglise n'a pu empt'cher l'Etat de reprendje la tradition du droit romain en instituant le mariage civil; mais, depuis Charlemagne. elle n'en reconnaît plus la validité, pas plus que la légalité du divorce. En interdisant les mariages cnlre éi)oux de confessions dilîérentes, unions tolérées par la primitive Eglise, elle a introduit dans la société d<>s barrières artificielles ([ue l'Etat a abattues au nom de la tolérance. Son assistance aux funérailles n'est plus obligatoire ; mais elle a mis son veto sur la crémation, et les croyants ne s'abstiennent pas assez de (lualiticatifs méprisants appliqués aux enterrements civils. Nous avons vu un temps où 1' « ordre moral » exigeait que ces « enfouissements » eussent lieu la nuit. Il ne faut j)as compter sur les religions pour faire dis[)araître les vestiges les plus visibles de leur intolérance réciprociue, ceux qui, tracés sur le soldes cimetières, séparent jusque dans la mort les fidèles des diverses confessions.
Ces froissements répétés engendrent peu à peu entre citoyens d'un même pays des sentiments répulsifs que les circonstances peuvent faire tourner à l'hostilité déclarée. Nul n'ignore que la séparation des Eglises et de l'Etat en France a été provoquée, ou tout au moins hâtée, par une démarche pontificale jugée oUensante pcJur la dignité nationale. Cette crise, achevant le cycle commencé par un autre ébranlement mémorable de la conscience [lublique, a soulevé des protestations violentes : on a entendu parler de spoliation, de lois impies, tyianniques, du droit 0|)primé par la force, et retentir de nouveau la parole
de l'apôtre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ». Les passions s'échauffant au bruit que font les écarts ^e langage, on se croirait revenu an temps des Dèct et des Dioclétien. Comme le bil)li(jue Gédéon. l'Eglise épure sa milice, raidit sa discipline, et ne veut plus dans ses rangs que des esprits fermés aux idées « modernes ». Elle courtde galté de cœur an devant de l'atrophie réservée à toute société qui s'isole dans les souvenirs du passé. D'autre part, l'Etat se ménage des déceptions en engageant ou acceptant la lutte sur un terrain qu'il connaît mal, avec des forces morales dont il semble ne pas estimer l'énergie à sa juste valeur. Même rouillées, les armes spirituelles peuvent encore faire des blessures empoisonnées. Il y H toujours, aujourd'hui comme autrefois, un paradoxe iii([uiétant dans un conflit où les belligérants renient leurs propres principes; les champions des doctrines intolérantes se réclamant de la liberté, et leurs adversaires voulant leur imposer la tolérance par la force.
De longs siècles de cohabitation ont habitué l'Eglise et l'Etat à se supporter mutuellement. Si l'union fut parfois orageuse, le divorce n'en a pas supprimé le bénélice. Il y a adaptation entre les droits de l'un et de l'autre corps, pourvu que ni l'un ni l'autre ne les dépasse; l'Eglise travaillant à conserver sa foi en usant du droit commun, l'Etat protégeant sa religion à lui. la seule dont il ait la garde, le civisme ou [)atriotisme. L'Etat ne doit aucune indulgence aux soidisant citoyens qui (Jéclarent ne vouloir ni servir, ni défendre leur patrie. Ce fut peut-être le cas des premiers chrétiens; mais, à part quehiues illuminés, on sait bien que ce n'est pas parmi les chrétiens que se recrutent de nos jours les antipatriotes, révolutionnaires ou anarchistes. L'Etat en France ne connaît pas de crime de lêse-majesté; il a pris le [)arli fort sage de laiss(M' librement criticinerses institutions et vanter