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LA RELIGION ROMAINE

Parmi les peuples en qui nous reconnaissons nos ancêtres intellectuels, il n'en est point qui se soit montré moins curieux et plus incapable de spéculations métaphysiques que le peuple romain. Aussi sa religion était-elle restée comme solidifiée à cette étape initiale de l'aninîisme. Avec un sens pratique dont il a donné tant de preuves, il avait renoncé à ordonner le monde, à établir une hiérarchie entre ses moteurs cachés. Il lui suffisait de connaître ceux dont le

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secours lui était indispensable et dont il avait besoin de capter la bienveillance. Les dieux vraiment nationaux étaient ces ouvriers de la Nature, dont les noms ont été catalogués sur le tard, classés et distribués comme dans un atelier, dans le recueil j>ontifical des Indigilamenla. C'étaient des êtres de nature indéfinie {numina — nomina) mais d'office déterininé, voués à une tâche toujours la même, pouvant être partout présents et ne résidant nulle part. Ils n'étaient ni bons, ni mauvais : mais le sentiment de dépendance qui est la forme première et le fonds persistant, indéracinable, du sentiment religieux engendre nécessairement la crainte. L'aphorisme célèbre, formulé i)ar Pétrone et répété par Stace, primus in orbe deos fecil timoi\ n'est inexact que parce qu'il renverse la marche suivie par la genèse des religions. C'est la raison, la recherche des causes, qui aboutit à j»ostuIer l'existence des dieux : mais, une fois conçus comme des forces intelligentes et surhumaines, ceux-ci ne peuvent inspirer de prime abord que la crainte.

Le culte romain est donc resté aussi un culte primitif, dirigé uniquement par la préoccupation de l'utile, méticuleux, formaliste, encombré de c&rémonies — le mot est bien du cru — qui constituent l'art de traiter avec les dieux et de tirer un bénéfice net de ce commerce intéressé de part et d'autre. Il avait gardé le caractère magique^ qui se dissimule, sans disparaître entièrement, dans les religions plus idéalistes. 11 avait ses fétiches, et ses formules de prière {precationes), qu'il fallait prononcer sans déplacer un mot, sans bégayer, sous peine d'en manquer l'efTel, avaient été et étaient encore des incantations. Sur celte foule de puissances occultes, l'Etat avait prélevé un (Certain nombre de patrons attachés par un intérêt comnnin à sa fortune, associés sans méthode, sans plan préconçu, au hasard des circonstances qui l'avaient formé luimême, par agrégation de clans déjà pourvus de cultes

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