‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 9 sur 66 · LA RELIGION ET LES RELIGIONS A ROMK O · texte numérisé non relu

LA RELIGION ET LES RELIGIONS A ROMK O

particuliers, qui entraient, hommes et dieux, dans la fédération politique. En limitant le nombre des cultes publics, l"p]tat romain n'entendait pas dis(iualifier les divinités ([u'il ne se chargeait pas d'honorer. Il se plaisait à croire (|u'il était utilement aidé et suppléé parles cultes privés, et il attachait une grande importance à ce qu'aucun de ceux-ci ne disparût. On sait que le droit romain, même émancipé de toute tutelle sacerdotale, s'est constamment préoccupé d'assurer la transmission héréditaire des sacra prim la cl gcnlilicia. II est même arrivé que l'Etat, plutôt que de laisser tomber en déshérence un culte gentilice, le prit à sa charge, comme il fit en 312 a. C. pour le culte d'Hercule, délaissé par les Potitii et Pinarii.

La véritable raison pour laciuelle la religion romaine, arrêtée dans son développement, se réduisit à n'être plus qu'un ensemble incohérent d'observan.ces traditionnelles, dont le sens primitif avait fini par s'oblitérer, c'est que l'Etat romain n'avait pas laissé se constituer une classe — à plus forte raison, une caste — sacerdotale, dépositaire d'une doctrine et vouée aux spéculations théologiques. Il avait créé des «collèges» de juristes en matière religieuse, chargés de conserver les rites extérieurs du culte, mais recrutés dans la masse des citoyens et demeurant aptes à toutes autres fondions |)ubliques, soumis, même dans les limites étroites de leur office, au contrôle du Sénat, et n'ayant d'autorité effective que par l'intermédiaire du Sénat, cpii, seul, pouvait convertir leurs décisions {décréta) en sénatus-consultes exécutoires. Le sacerdoce, au sens de j)Ouvoir légal de mettre l'Etat en rapport avec ses dieux, de leur offrir des sacrifices et de conclure avec eux des pactes, résidait dans la personne du Roi et des magistrats ses successeurs. En fait de prêtres pro{)rement dits, attachés [)ar une sorte de consécration au service d'un culte déterminé, il n'y avait (pie des desservants, strictement déi)endants

du chef religieux do l'Etat, les flammes et les Veslale.s. En Grèce aussi, l'autorité religieuse était incorporée à la royauté et aux magistratures qui l'avaient remplacée, et les lEiEïç n'étaient aussi que des desservants, comraissionnés pour vaquer à l'exercice régulier des divers cultes. Il n'y avait pas plus qu'à Rome de théologiens éhiborant des doctrines et en mesure d'imposer une orthodoxie. Mais il y avait encore çà et là des sacerdoces héréditaires, réfugiés dans les oracles elles mystères, qui travaillaient à grandir le prestige de leurs divinités locales en invoquant la foi aux révélations dont ils détenaient la source; et enfin, et surtout, la libre fantaisie des poètes façonnait à son gré le chaos du monde divin, y introduisait une hiérarchie dont les rangs s'étageaient, dans l'immense atelier du xosp-oç, des entrailles de la terre au sommet de l'empyrée. Ainsi, la religion grecque, stimulée par le besoin de comprendre et par le sens esthétique de la race, avait passé, ostensiblement du moins, de l'animisme à l'anthropomorphisme. Que cette « humanisation » des dieux ait été un progrès à rebours; qu'elle ait atténué le mystère de l'action divine et détendu le ressort de la crainte, peu importe. La religion grecque, devenue une religion d'artistes, avait évohié. A Rome, nous ne voyons trace d'aucune théorie, d'aucun effort pour constituer aux dieux une personnalité vivante. On ne les connaît que par les fonctions qu'on leur attribue; ils n'ont point de généalogie qui les rattache les uns aux autres ; ils restent isolés par couples stériles, dans lesquels le sexe — quand les conjoints sont homonymes, comme le veut la tradition archaïque — n'a guère qu'une valeur grammaticale, indiquant auquel des deux aspects d'une même entité doivent s'adresser correctement les requérants de l'un et l'autre sexe. Le Romain ne conçoit pas de dieux inoccupés, jouissant d'un repos voluptueux et savourant des hommages qu'ils n'ont rien fait pour mériter.

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