II. — EMPOISONNEMENT PAR LES CHAMPIGNONS SUSPECTS
LES SUBSTANCES RÉSINOIDES
Les accidents déterminés par les champignons suspects sont attribués aux substances résinoïdes qu'ils contiennent, substances irritantes douées de violentes propriétés émétiques ou drastiques. Ces substances résinoïdes sont, à vrai dire, assez mal connues et réclament de nouvelles études.
L’acide cambogique (principe de la gomme-gutte), que contiennent les Aussules, est un vomitif et un drastique énergique.
L’acide luridique contenu dans Boletus luridus Sch. est un drastique violent; il en est de même de l’acide agaricinique, principe actif du Polypore du Mélèze (Polyporus officinalis Vill.), employé en thérapeutique « sous le nom impropre d’Agaric blanc » (A. CLERC.)
- Ces substances résinoïdes ne sont d’ailleurs pas les seules substances toxiques contenues dans ces champignons. Certains auteurs admettent, en effet, que la Russule émétique (Russula emetica Sch.) et le Bolet blafard (Boletus luridus Sch.) renferment de la muscarine. Dans d’autres cas, la toxicité relève de certains alcaloïdes tels que la névrine et la choline.
Ce qui confère à Helvella esculenta Pers. sa toxicité, c’est
Re
la présence d’un poison étudié par Bühm et Kultz : l'acide helvélique. Cette toxine présente les propriétés suivantes : elle est soluble dans l’eau froide et très soluble dans l’eau chaude; elle est en outre volatile.
Les particularités précédentes expliquent que ce champignon puisse être consommé impunément soit après dessiccation, soit après coction. Par contre, consommés crus, les champignons contenant de l’acide helvélique occasionnent des empoisonnements qui peuvent être mortels : c’est que cet acide est très toxique; s’attaquant à l’hémoolobine, il produit de l’hémoglobinurie, de l'ictère, des nausées, de l’oligurie et de l’anurie, enfin de l’urémie nerveuse se terminant par le coma.
Signalons, pour terminer, les perturbations beaucoup plus rares produites par d’autres champignons : telle la constipation causée par le Tricholome prétentieux (Tricholoma portentosum Fr.) et les troubles urinaires doulou- reux alliés à l’excitation cérébrale engendrée par l’Hydne écailleux (Hydnum squamosum Sch.).
L'action drastique de certains champignons fut longtemps utilisée dans la thérapeutique des Anciens. L’Agaric était employé comme purgatif. « Très lent dans son opération, dit Bouldue, par le long séjour qu'il fait dans l’estomac, 1l excite des vomissements, ou tout au moins des nausées insupportables, suivies de sueurs, de syncopes et de langueurs, ete...; il laisse aussi un long dégoût pour les aliments. »
N'est-ce pas là le tableau clinique des empoisonnements par les champignons suspects? Pour combattre les effets que l’on redoutait de ce médicament, on lui associait des aromates, tels que le gingembre et la cannelle. Dans le