‹ L'Intoxication FongiqueChapitre 48 sur 54 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Le médecin appelé en toute hâte auprès d’une famille intoxiquée par les champignons doit tout d’abord s’ingénier à favoriser l’évacuation immédiate, rapide et complète des poisons absorbés.

I. — Il pratiquera une grande irrigation de l'estomac au moyen du tube de Faucher, en employant soit de l’eau tiède pure, ou de l’eau avec du tannin.

Si le lavage d'estomac est impossible, on aura recours aux pomitifs. On peut essayer les moyens physiques, tels le chatouillement de la gorge par un doigt, un pinceau, une barbe de plume, etc.

Mais, le plus souvent, on utilisera le sulfate de cuivre, que le professeur Pouchet recommande, car 1l n’a pas d’effet dépresseur sur les centres nerveux : on donnera 50 centigrammes de sulfate de cuivre dans un demi-verre d’eau tiède ou encore le sulfate de zinc à la dose de 75 centigrammes.

On peut encore employer la farine de moutarde à la dose de 10 grammes dans un demi-verre d’eau froide.

(Éviter l’émétique et l’ipéca) (PoucHer).

Le vomitif de choix est le chlorhydrate d’apomorphine en injection sous-cutanée. On injecte un centimètre cube de la solution suivante qui doit être récente :

Pau at, ee de 10 grammes; Chlorhydrate d’apomorphine cristallisé . 10 centigrammes.

Dans tous les cas il faut débarrasser l'intestin, c’est pourquoi on aura recours aux purgatifs. Si l’inflammation est vive, on administrera 30 grammes d’huile de ricin : cette

DE Do Re

dernière, ne dissolvant pas les toxiques, est le purgatif le plus recommandable.

On peut employer encore le sulfate de soude (40 grammes dans un verre d’eau), ou le sel de Seignette (25 grammes dans un verre d’eau); on prescrira les éméto-cathartiques (tartre stibié).

On conseillera également des lavements purgatifs (lavement purgatif du Codex) et des lavages d’intestin; on pourrait aussi employer la méthode des irrigations intestinales continues, si l’intestin n’est pas trop intolérant.

II. — On a cherché à fixer et neutraliser le poison dans les cas d’empoisonnements par les champignons.

Bourgeois, vers 1770, disait « que pour émousser et

envelopper la causticité des champignons, adoucir en même

temps l’érosion et l’inflammation qu'ils produisent vers les membranes de l'estomac et des intestins, il fallait faire usage, et à grandes doses réitérées d’huile, des décoctions de racines et de semences mucilagineuses, des gelées de corne de cerf et d'ivoire, des dissolutions de gomme arabique

et adragante dans l’eau de rose, après avoir fait précéder 8 ;

les émétiques et les laxatifs doux. »

Touéry a recommandé l’ingestion de charbon de bois pulvérisé. Adler, Daunic préfèrent le charbon animal. On fait ingérer 10 grammes de noir animal dans un verre d’eau. Quelques instants après on pratique un lavage d’estomac pour retirer le noir animal sur lequel le poison s’est fixé.

Mais Guéguen déclare que si le charbon peut retenir certains toxiques végétaux, il n’est nullement démontré qu’il en soit de même pour les poisons des Amanites phalloïde, citrine, printanière et des Volvaires.

On ne connaît, à l’heure actuelle, aucun antidote pour la muscarine ou la phalline. Rappelons que Pline (1), Nican-

(1) Puine l’ancien (Histoire naturelle, livre XXII, 47).

Th OVER

dre, Celse préconisaient le sel, le vinaigre et la tisane de queues de poires ; au siècle dernier, Letellier avait cru trouver dans le tannin un contre-poison énergique de la muscarine.

Boudier n’a pas eu plus de succès avec l’iodure de potassium.

L'étude physiologique de la muscarine avait amené Brunton à proposer comme antagoniste de la muscarine le sulfate neutre d’atropine. C’est un médicament dangereux et son emploi n’est pas indiqué, car on ajoute une deuxième intoxication à l’intoxication existante.

A. Sicard, en 1886, a conseillé la pilocarpine à cause de son action sudorifique; son action dépressive sur le cœur l’a fait abandonner.

En tout cas, on luttera contre l’hypothermie, par les boules chaudes, les frictions; on soutiendra le cœur par des injections sous-cutanées d'huile camphrée, de caféine ou d’éther, de spartéine, et on suppléera à la fonction de l’hématose par des inhalations d'oxygène.

Dans les cas graves on peut recourir à la digitaline.

Ï faut favoriser l'élimination rénale par l’administration d’eau lactosée, de tisane de queues de cerises, de chiendent, auxquelles on pourra ajouter du nitrate de potasse (2 à o grammes).

Pendant la convalescence, on a recours au régime lacté.

Il faudra respecter les vomissements et la diarrhée du début et l’on ne combattra ces symptômes que lorsque les évacuations gastriques deviendront muqueuses et les selles glaireuses. Telles sont les indications générales.

Toutefois, le mode de traitement doit varier avec chaque cas, d’où la nécessité de connaître l’espèce du champignon qui a provoqué l'accident.

En cas d’empoisonnement par les champignons suspects, (Lactaires, Russules, Entolome), on luttera contre les douleurs abdominales par les grands lavements huileux lauda-

Page 1