‹ L'Intradermo-Réaction de Frei Dans la maladie de Nicolas-FavreChapitre 8 sur 22 · RUE PER · texte numérisé non relu

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vulgarisé la méthode, en ont précisé la technique et la valeur séméiologique.

Nous étudierons successivement ici les antigènes, la technique de l’intradermo-réaction, ses indications, et nous nous attacherons surtout à démontrer la valeur primordiale, spécifique, de cette explo-

ration.

Technique de l’intradermo-réaction de Frei.

On peut employer comme antigène soit du pus provenant des ganglions d’un malade, soit une

émulsion des centres nerveux d’un singe inoculé.

I. — L’antigène lÿmphogranulomateux au pus est préparé de la façon suivante :

Le pus est prélevé aseptiquement sur plusieurs malades car tous les pus n’ont pas le même pouvoir antigénique. On choisit des bubons ramollis, mais encore fermés, c’est-à-dire non infectés secondairement, on les ponctionne à l’aide d’une aiguille d'assez gros calibre car le liquide est très visqueux.

Les pus ainsi recueillis chez divers sujets sont mélangés. On répartit en ampoules de 1 cmc. chacune que l’on ferme à la lampe et que l'on stérilise par tyndallisation (trois passages successifs d’une demi-heure chacun à la température de 609, séparés par des séjours de vingt-quatre heures à la glacière). Les ampoules sont conservées à la glacière et peuvent être utilisées pendant un délai de quatre

à.six mois au bout desquels le pouvoir antigénique s’affaiblit. On ne manquera pas de s'assurer en l'ensemençant largement que leur contenu est rigoureusement stérile.

Cet antigène ne s’emploie pas pur car il donnerait des réactions trop intenses. Il faut le diluer, selon la consistance du pus au cinquième ou au dixième avec de l’eau physiologique.

Pour apprécier l'activité et la spécifité de l’antigène on pratique avec lui une intradermo-réaction :

1° Chez des malades atteints de maladie de Nicolas-Favre qui ont donné une réaction positive avec un antigène antérieurement éprouvé;

2° Chez des porteurs de bubons chancrelleux ;

3° Chez des témoins divers.

Un bon antigène doit donner un résultat positif dans le premier cas, négatif dans les deux autres.

Il. — Parallèlement à cet antigène d'origine humaine on tend (Levaditi et Ravaut) à employer à l'heure actuelle un antigène simien obtenu par émulsion du cerveau et des méninges d’un singe infecté.

Les réactions fournies par cet antigène simien sont encore à l'étude (Ravaut et Lévaditi) mais elles paraissent absolument semblables à celle de l’antigène humain. Nous avons personnellement vérifié cette identité dans plusieurs cas.

L'injection de l’antigène se fait dans le derme à

la face externe du bras, à la dose de un à deux dixièmes de centimètre cube de pus dilué.

Une petite boule d’œdème se produit dont on dessinera les limites au crayon dermographique.

Afin d'éviter des erreurs ou de fausses réactions il faut prendre un certain nombre de précautions dont l'importance est capitale.

Ecoutons ce que dit Ravaut : « Il-est indispensable de faire les injections, soit avec une seringue de Barthelemy neuve, soit avec une seringue ne servant qu'à cet usage, stérilisée isolément par ébullition ou autrement. En effet, Hellerstrom a constaté que le pouvoir antigéniqué n’est pas toujours complètement supprimé, mais souvent seulement affaibli par chauffage à 1000. Nous avons vérifié le fait à nos dépens de la façon suivante : au début de nos recherches, nous stérilisions par ébullition, dans un récipient commun, plusieurs seringues servant indifféremment à injecter des antigènes, tantôt chancrelleux, tantôt lymphogranulomateux. Le résultat fut qu'au bout de peu de temps tous nos malades chancrelleux ou atteints de poradénite présentaient des réactions positives presque uniformes aux deux antigènes simultanément. Aussi ne craignons-nous pas d’insister beaucoup sur ce détail pratique, si minime, mais qui risque de fausser si complètement les résultats escomptés. »

On étudiera les réactions cutanées pendant une semaine et plus.

Dans la première demi-heure il se produit une

di

petite élevure urticarienne, réaction précoce qui ne dure que quelques minutes ou quelques heures et paraît due aux albumines de l’antigène,

La lecture de la réaction se fera au mieux le 4* jour. Si la peau est redevenue normale l’intradermoréaction sera considérée comme négative,

Chez les lymphogranulomateux on voit apparaître au bout de trente-six à quarante-huit heures une papule inflammatoire, qui atteint bientôt les dimensions d’une lentille. Elle s'agrandit pendant plusieurs jours encore. Elle est facilement visible, entourée d'un halo plus clair et surtout palpable, sous forme d’un nodule central, car le derme est fortement infiltré.

Fait capital cette réaction est très durable. Elle ne disparaît qu’au bout de huit, dix et même quinze jours à trois semaines après avoir provoqué une légère desquamation et en laissant parfois une tache pigmentaire transitoire.

Dans certains cas la réaction est plus intense, la papule rouge et douloureuse, peut se couvrir de vésicules, voire d’une pustule contenant un liquide louche (voir observation Î).

Chez certains malades plus sensibles encore on a pu voir se produire une réaction ulcéreuse, et même un véritable abcès. La eonstitution de l’allergie demande un certain temps pour que l'organisme soit sensibilisé et par conséquent pour que l’intradermo-réaction soit positive. Hellerstrôm constate un résultat positif sur huit malades trois

A. Fabre 2

semaines après ; sur quatorze trente jours après ; sur cinq sujets un mois et demi après ; et en deux occasions deux mois plus tard. Les auteurs français ont observé des faits semblables : réactions positives après un mois, un mois et demi et deux mois de maladie.

Nous dirons que si elle est parfois précoce, la réaction de Frei n'apparaît guère avant un mois et demi de maladie. Cependant si on recueille du pus de ces malades avant que se soit écoulé ce délai, on constate qu’il est déjà doué d’un pouvoir antigénique (épreuve croisée qui consiste à transformer en antigène le pus d’une adénite-et à éprouver cet antigène sur des malades déjà classés, les uns chancrelleux, les autres atteints de poradénite).

D'autre part si au lieu de faire l’antigène de Frei par voie intra-dermique on l'injecte très dilué par voie intra-veineuse (hémo-réaction) on obtiendrait une réaction fébrilé qui aurait une haute valeur spécifique (Ravaut et Maisler).

Cette période silencieuse correspond au temps nécessaire à la création de l’état d’allergie plus précocement mis en évidence par l’hémo-réaction, définitivement démontrée ensuite par l’introdermoréaction.

En eftet, l’organisme sensibilisé, la durée de la réaction de Frei est pratiquement indéfinie. Nicoiau et Banciu ont obtenu des réactions rétrospectives fortement positives 7 ans et 22 ans après la maladie.

Elle ne se transmettrait pas par hérédité. Elle

énée cp érapputique : n'a sur die aucune in-

Valeur de la réaction de Frei.

A la lumière de l’expérimentation de plusieurs années et des nombreuses observations publiées jusqu’à aujourd’hui il est aisé actuellement de se faire une idée nette et précise sur la valeur de cette réaction. >

En 1998, Kitchevatz de Belgrade connaissant la difficulté du diagnostic différentiel de la maladie de Nicolas-Favre avec les autres adénopathies, émettait l'avis suivant : on peut espérer, disait-il, qu'avec l’intra-dermo-réaction nous pourrons avoir un moyen ayant enfin une valeur diagnostique. A l'heure actuelle tout le monde est d’accord pour considérer la réaction de Frei comme ayantune valeur diagnotique de premier ordre et nous verrons par la suite combien lesfaits sont à euxseuls amplement démonstratifs.

Récemment encore Nicolau a écrit : « La réaction de Frei constitue un moyen de diagnostic biologique des plus sûrs qui permet de différencier d’une façon précoce pour ainsi dire infaillible la maladie de Nicolas-Favre de toutes les autres aftections avec lesquelles on peut si facilement la confondre. »

Ecoutons ce que pense Sézary de cette réaction :

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« Je crois pour ma part, dit-il, à la grande valeur de la réaction de Frei. La pratiquant, en effet avec M. Lenègre chez 63 malades apparemment indemnes de maladie de Nicolas-Favre, je ne l'ai trouvé positive que deux fois. Or dans un cas il s’agissait d’un sujet qui avait dans la région inguinale des cicatrices consécutives à un ancien bubon qui était vraisemblablement lymphogranulomateux. L'autre cas concernait une femme atteinte d'une petite adénopathie et dontle mariétait soigné pour une maladie de Nicolas-Favre. »

Cependant les critiques ne manquent pas à son égard. On a accusé la réaction de Frei d’être tantôt positive dans des cas qui ne sont manifestement pas des maladies de Nicolas-Favre et négative dans des cas avérés de cette maladie.

C'est ainsi que E. de Gregorio a écrit que l’infection syphilitique pouvait donner une réaction de Frei positive sans qu’il y eu maladie de Nicolas- Favre. Or Sézary et Lenègre s'inscrivent contre cette opinion, car dans tous les cas de syphilis primaire pure qu’ils ont étudiés à ce point de vue, la réaction s'est toujours montrée négative. Ils s'inscrivent également contre une autre opinion de ce même auteur qui prétend que la lymphogranulomatose peut s'accompagner de séro-réactions syphilitiques nettement positives. Îls ont pratiqué ces épreuves chez tous leurs malades et pas une seule fois il les ont trouvées franchement positives chez des sujets

indemnes de syphilis.

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Comment faire et interpréter une réaction de Frei.

Nous ne reviendrons plus sur les précautions de technique pratique dont nous nous sommes déjà occupé antérieurement. Trois points retiendront actuellement notre attention. é

I. La QuaLiré pes aAnTIGÈNES. — Nous avons déjà vu, au début de ce travail, les différents antigènes préparés et employés actuellement : l’antigène obtenu par broyage de la pulpe ganglionnaire, l’antigène préparé à partir du pus, l’antigène simien. Auquel donner la préférence ?

Nicolas prétend que l’antigène préparé avec le pus paraît seul avoir une valeur sinon absolue du moins très grande. En effet, lorsqu'on se sert d’antigène préparé avec de la pulpe ganglionnaire, il sembie qu'il puisse y avoir des réactions d’origine tissulaire. C'est là une cause d’erreur qu'il faut connaître. « Je crois cependant, ajoute-t-il, qu'une réaction bien caractéristique, nettement accusée dans ses éléments essentiels, pratiquée avec l’antigène préparé avec du pus, possède une très grande valeur.

Aussi, l’antigène préparé à partir de la pulpe ganglionnaire n'est-il plus employé à l’heure actuelle.

Quant à l’antigène simien, préparé par Levaditi,

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il paraît donner entre les mains de Ravaut, qui l’a particulièrement expérimenté, les mêmes résultats que l’antigène au pus ; Laederich et Mamou ont également constaté cette identité d’action.

Le degré de la réaction semblant aussi dépendre de la qualité de l’antigène employé, il est donc utile en pratique de se servir, surtout dans les cas récents, de plusieurs antigènes à la fois.

Il semble par ailleurs que les possibilités d’obtenir des antigènes actifs d'origine animale ouvrent des perspectives d’avenir importantes pour l’extention et la pratique de la réaction de Frei, et le diagnostic de certaines formes ou localisations encore peu connues de la maladie de Nicolas-Favre gagnera en précision le jour où il pourra être fait un usage courant de cette réaction si précieuse.

Deux remarques importantes sont à faire à propos des antigènes. [l ne faut pas oublier en eflet que :

a) un antigène excellent devient moins bon et même mauvais quand il vieillit (donc, employer toujours un antigène frais) ;

b) un antigène excellent peut donner des réactions seulement légères et même douteuses pendant les deux où trois premières semaines d’une poradénite typique.

En effet, l'allergie cutanée, apparaît plus vite chez certains sujets que chez d’autres. Il est par conséquent indispensable, dans les cas douteux, de

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