ACTE III, SCÈNE XIII
GUSTAVE
Eh, mon Dieu! qu’il parle, ma cousine; je ne m’y oppose point.
BONNEVAL
Voyons, explique-toi. Que s’est-il passé ?
GRIFFARD.
Je conduisais donc M. Ernest , et de tems en tems, en me retournant, je le voyais livré à une désolation qui me fendait le cœur. Tout à coup nous sommes croisés par la malle-poste, et voilà un des voyageurs qui met la tête à la portière , et s’écrie : « Arrêtez ! ar- » rêtez ! c’est ma voiture ! voilà ma voiture , après la- » quelle je cours depuis Paris ! »
GUSTAVE, i pan.
Depuis Paris ! Serait- ce ?.... J’en ai le frisson !
BONNEVAL
Ensuite ?
GRIFFARD.
« Messieurs , messieurs, continue-t-il , c’est au nom » de la loi ; force à la loi. Monsieur le courrier , mes » amis, secondez-moi. Emparez-vous du fripon qui est » dedans , du fripon qui conduit. » M. Ernest et moi , nous voulons disputer , résister. « Messieurs , re- » prend-il, je suis un honnête homme ; juif de religion, » sellier de profession; voici mon passe-port, mes pa- » pîers ; mon nom est Jérémie.
GUSTAVE, i part.
Ah diable ! pourquoi lui ai-je prêté ma calèche P
GRIFFARD.
« Je ne demande qu’une chose juste , messieurs ; » c’est qu’on conduise ma voiture avec ces deux Upn-
» nétes gens , chez le premier commissaire , chez le pre
» raier juge de paix » Ce qu’il propose s’exécute j
on nous mène chez M. Bourville : moi , je m’échappe dans la foule , laissant là les chevaux, la calèche, le Juif, et les curieux, vu que je n’ai pas de goût pour les mauvaises alfaires , et que ce bon M. Bourville me fait une fra^'eur épouvantable.
GUSTAVE, i pari.
11 fallait le laisser partir à pied.
BONNEVAL
Niais qui t’avait chargé de servir de guide?
GKIFFÂRD, après aroir hésité.
. Je me décide.... C’est monsieur.
M“'. BONNEVAU
Le cousin !
GÜST.tVK.
Ah ! le traître !
BONNEVAL
Il est impossible que ce Jérémie ait eu des affaires avec Ernest; et alors quel est donc son débiteur ?