SAS
mens more rare =
quente les sablières, où travaillent quelques jaunes. De ce côté de redoutables inconnus, épars en l’atmosphère qui pèse, attendent et guettent le Retour.
Sans tenir compte d’une légère rumeur et de cris perdus, la tête du cortège s'engage vers Villeneuve, se refusant à toute possibilité de catastrophe.
Et pleine de l’heureuse conviction que le but de l’exode est atteint, la foule, en chantant, marche lentement entre les luzernes.
J’en atteste tous ceux qui, sincères, furent de la journée; j'en appelle aux habitants de Vigneux, aux souvenirs des journalistes mêlés aux autorités présentes sur les lieux. Si je pouvais, je demanderais à la conscience des hommes qui vont dans un instant se comporter en ennemis furieux, je leur demanderais de faire table rase du préjugé militaire, de rejeter tous arguments créés pour la méchante cause et de laisser s'échapper, comme un aveu, le cri de l’'Evidence.
Au moment où nous partions pour Paris, savourant l’air pur de la plaine, des chants aux lèvres, pas un de nous qui n’ait eu le contentement viril d’avoir su faire face sans folle jactance aux gestes inutiles.
Mis en dehors l’auteur des trois coups de revolver tirés en l'air. Exception faite des sifflements de reptile de Marceau Rimbaut.
Alors...
Mais, tout d’abord, qui commandait là-bas, du côté du gouvernement, de ses troupes, de ses agents? On conçoit que le gouvernement parlementaire se préoccupe de protéger la propriété individuelle, inscrite au décalogue de la bourgeoisie.
ee. Re TR nem——
L’armée est donc massée devant les sablières, vers Draveil. Mais la route de Villeneuve est libre. En la choisissant, les manifestants tournent le dos à la Propriété. Ils vont, ils retournent chez eux. Il n’est que de se féliciter d’un mouvement qui pare à tout conflit. C’est le bon sens, la vérité, l’'Evidence.
Alors...
Maïs enfin, carte blanche avait-elle été donnée à l’Armée? Celle-ci, toute remplie d’officiers triés sur le volet d’ancien régime, obéit-elle à ce sentiment vulgaire, mais humain, qu’en vérité il n’est pas possible de se déranger pour rien? Agit-elle spontanément? N’y eût-il pas d'instructions secrètes et, dans ce cas, de qui auraïent-elles émané?
Je ne sais.
Mais, au nom des dieux aimables de la campagne et de la paix, ménagers du sang précieux des hommes, pourquoi la ruée soudaine, échevelée, imbécile de la cavalerie, si ce n’est qu’attendant en vain, près des sablières, le cortège promis à ses coups, prête au sabre pour la défense de l’Ordre et déçue de constater qu’il n’était rien à sauver, rien n’ayant été menacé, l’armée voulut monter au capitole du Tiers- Etat en écrasant le peuple qui s’éloignait?
Car, elle se précipita, bride abattue, en avalanche, au galop de ses chevaux, sur le cortège qui chantait; les cavaliers dispersèrent, sabrèrent et fauchèrent, triple charge de Reichshoffen, victorieuse, cette fois, mais d'ouvriers français.
Du haut du talus du chemin de fer, ceux qui ont pu échapper à l’avalanche regardent dans la plaine. Le spectacle est d’une intolérable ignominie. Des femmes courent éperdues, les mains à leur front meurtri; des enfants roulent à terre avec des cris
ER
EP ol
{ 1h di 1. 4 l'A
er a ESS DS
perçants. Et sur les robustes carrures des terrassiers sans défense, sans abri dans la nudité de la plaine, les fous, allumés par le soleil, le vin et la fantasia, frappent et refrappent, comme le marteau brutal sur la lourde enclume.
Voir cela, entendre cela, du haut du talus, et se figer témoins inertes ? Impossible. Dans les mains qui tremblent de rancune et de désespoir, il y a maintenant de ces revolvers de pacotille qui n’effraieraient pas à deux mètres le bandit des rues louches. Comment l’arme dérisoire ne partirait-elle pas toute seule, si inutile à cent mètres des cavaliers fanatisés ? Ces feux crépitent à peine, petites fumées évanouies aussitôt, qui ne sauraient apaiser la rage fumant dans les poitrines. J’ai vu des pleurs de rage s’épandre sous l’indifférent soleil...
Peu à peu le talus est noir de manifestants. Où est le calme, la sérénité du cortège qui chantait sur la route du retour ?
Voici venir la journée de la Barricade. Le pouvoir la tient, après la terrible manœuvre qui, en coupant le cortège qui voulait revenir vers Paris, a rendu le conflit inévitable (Jaurès).
Une série d'incidents, d’inégale gravité, suivit la ruée de la plaine. Pendant qu’un grand nombre de manifestants éclopés, meurtris, gagnaient à travers champs la petite bourgade de l'Ile-de-France, et que d’autres se répandaïent dans ses rues étroites, des dragons montaient bientôt à l’assaut. Pour être privés de la plus noble conquête de l’homme, leurs exploits
n’en évoquèrent pas moins les dragonnades de S. M. Très Chrétienne. Impétueusement chassée, la foule dégringolait au revers du talus, remontait au milieu de grondements d'orage.
J’ai recueilli, là, un exemple pathétique de l’ances- j trale brutalité que le combat fait surgir soudain des (F siècles ensevelis. |
Au cours d’une charge, un enfant de treize à quinze ans, fils d’un fermier du voisinage, avait reçu, k bien que simple et inoffensif spectateur, un coup À de sabre sur le crâne, L'enfant en était demeuré j paralysé, comme hébété. Les yeux seuls parlaient È dans un corps stupéfait. Penché sur le pauvre petit, : un dragon, fou de bataille, le menaçait encore de sa 4 | lance inhumaine, et criait, entre ses dents serrées : F « Tire-loi de là, mais tire-toi de lä, ou je te coupe !» | Un de mes amis, M. Lelong, et moi, nous nous hâtâmes vers l'enfant, muet de terreur et assommé, et nous l’emportâmes, cependant qu’au-dessus de nous, penché sur le bord du talus, le dragon répétait son geste et sa phrase, comme un dément. «Sous le masque de l'ivresse cruelle, il révélait encore — je lai bien dévisagé — une figure de prospérité cam- | pagnarde, de bon « gars » rugueux et doux, tel qu’il [F4 en est dans nos pays de Vendée. Les circonstances en faisaient un massacreur d’enfant blessé. La vio-
| lence, hélas, aboutit souvent à la pire lâcheté.