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train d’étouffer dans une Bastille de leur République. »
Quelques jours plus tard, sur sa demande, j’accompagnais à Fresnes M. Alexandre Girard, que j'attendais à la porte de la prison. Bientôt celui-ci me revenait, la figure bouleversée. Il m’apprenait qu’il n’avait pu voir son frère qui était au cachot.
Le directeur était à Paris.
Nous ne pûmes voir que le Contrôleur qui confirma, la mine embarrassée, la punition infligée, sans vouloir en dire le motif et la confiscation des lettres à lavocat. Nos protestations furent des plus vives. En partant nous avisâmes le contrôleur que l’opinion serait saisie de ces scandaleux et odieux procédés et que la campagne entreprise en faveur de Girard finirait par avoir raison de l'injustice,
Le 4 janvier, nous nous rendions de nouveau à Fresnes où nous étions reçus par le Directeur de la prison.
L’entrevue fut courte — et animée!
Le directeur se vanta, comme d’une gloire, d’avoir infligé huit jours de cachot à l’innocent, sous le prétexte que celui-ci aurait eu un ton insolent envers linstituteur de la prison — traduisez l'individu chargé d'ouvrir la correspondance de Girard à son avocat! Il mentit effrontément en niant la confiscation des lettres, dont la preuve même était déjà chez M° Bonzon, à qui, la veille, après notre visite, tout avait été expédié.
La conversation finit par ma protestation véhémente. J’assimilai le cachot infligé à Girard à la double boucle du capitaine Dreyfus. Ce qui eut pour immédiat résultat de jeter le directeur de Fresnes
rares"
dans une colère compréhensible: on n’aime guère être pris en flagrant délit de barbarie.
M° Jacques Bonzon adressait tout aussitôt au Procureur général la lettre suivante que je donne intégralement comme une page de superbe indépendance d’un représentant du barreau — de ce barreau d'autrefois que la guerre a voulu réduire et que les circulaires d’un garde des sceaux au service de l’agent des fils de Philippe-Egalité prétendent murer dans le passé.
« Monsieur le Procureur général,
« Je suis obligé de vous saisir d’une illégalité très grave qui vient d’être commise à l'égard d’un de mes clients par le directeur de la prison de Fresnes, illégalité qui me touche professionnellement.
« Maurice Girard, condamné par la cour d'appel, le 18 décembre dernier, pour coups envers un commissaire de police, à un an de prison, a fait un pourvoi en cassation qui est actuellement soutenu par M° Mornard, sur la demande de la Ligue des Droits de l'Homme. Donc, Maurice Girard n’est pas encore condamné définitivement. Il doit être assimilé à un prévenu. Cependant, on l'a transféré hors Paris, sans doute pour me rendre plus difficile de communiquer avec lui. Mais, surtout, le directeur lui a interdit de nvécrire sous enveloppe fermée, a confisqué les lettres qu'il m’adressait et, comme il protestait, le détient depuis lors au cachot sous l’admirable prétexte d’'incorrection de langage envers l'individu chargé, dans la prison, d’ouvrir les lettres que Girard m'adressait:
« Le fait est d'autant plus grave que j'avais écrit moi-même il y a quelque temps au directeur de
Fresnes, pour l’avertir qu'il n'avait pas le droit d’empêcher un prévenu de m'écrire librement, directement et isolément. C’est donc, de la part de ce fonctionnaire pénitentiaire, un procédé persistant et volontaire. Obligé de me rendre à l'étranger ces joursci, je n'ai appris qu'à mon retour la continuation d’une aussi insolente pratique; je viens aussitôt vous demander, monsieur le procureur général, de faire respecter à cette occasion la liberté de la défense.
« Je vous remets en même temps que cette plainte les lettres qui ne me sont parvenues qu'après plusieurs jours de confiscation, le fonctionnaire chargé de cette mission spéciale a eu la naïveté de mettre son avis au crayon bleu sur ces lettres, ce qui rend toute dénégation du directeur de Fresnes impossible.
« J'ajoute enfin, pour vous expliquer les mobiles de ce procédé, que Maurice Girard a engagé une poursuite que je dois soutenir bientôt en correctionnelle, contre le commissaire de police qu'il accuse de subornation de témoins dans son affaire. Or, lorsque Girard n'écrit, le directeur (ainsi qu'il l’a déclaré au frère de mon client, en lui refusant de lui laisser voir celui-ci, malgré votre permis de communiquer) trouve le ton de ses lettres blâmable envers la police.
« Je suis sûr que vous ferez comprendre à ce fonctionnaire un peu trop dédaigneux des règles judiciaires que c’est moi, et non pas lui, l'avocat de Maurice Girard et je vous prie d’agréer, etc. »
Je doïs reconnaître qu’aussitôt, le Procureur général donnait l’ordre au fonctionnaire trop zélé, de laisser M. Maurice Girard correspondre librement avec son avocat par lettre cachetée,
se.
M. Maurice Girard, d’autre part, pouvait communiquer de nouveau avec son frère, et l’on apprenait ainsi que le cachot n’avait pas satisfait la chiourme acharnée contre l’innocent et qu'on y avait ajouté un supplice nouveau.
M. Girard avait été huit jours au pain et à l’eau, privé de toute promenade; il avait subi l’énervement de l’insomnie provoquée par la lumière électrique maintenue toute la nuit; il avait éprouvé les rigueurs d’une température glaciale, qui le forçait à marcher constamment. Il avait été au secret.
Ce n’était pas assez.
Il lui fallut endurer la visite du contrôleur qui vint le narguer à son aise.
— Eh bien, Girard, lui dit-il, sur un ton de cruelle goguenardise, comment vous trouvez-vous ici?
— Comme on se trouve dans un tombeau. Les inquisiteurs d’autrefois ne faisaient pas mieux que vous.
Le contrôleur sortit en levant les bras au ciel et grommela: « Nous ne sommes pourtant pas des bourreaux! »
Cette note authentique, comme le disait M. Maurel dans l'Humanité, est la preuve du contraire.
La campagre en faveur de Girard se fit plus ardente. De grands noms passèrent dans la mêlée, A un meeting des Sociétés Savantes, Anatole France s'élevait contre « le crime judiciaire dont Maurice Girard était victime. »
Dans l’après-midi du 20 janvier, Paris, étonné d’abord, curieux, puis sympathique, vit se dérouler le
long de ses grandes artères cette première manifestation en automobiles où fut, à flots, lancée à la Rue, la première affiche du Comité de défense sociale.
Au lendemain de la manifestation, nouvelle affiche, lettre publique: « Aux magistrats indignes de la Chambre des appels correctionnels ».
Les termes en étaient outranciers à souhait. Ils laïssaient espérer aux signataires d’être poursuivis.
« La cause de Girard et de Jacquart est celle de la classe ouvrière.
Qu'elle se soulève donc contre votre iniquité ; contre vos bas auxiliaires, vos policiers menteurs qui ont osé affirmer avoir vu Girard là où il n’était pas, où il ne pouvait pas être;
Contre votre misérable commissaire de police Kien, qui n’a pas craint, après avoir violé lui-même la loi dont il se réclame, pour écraser des innocents, de suborner un témoin, six mois après la bagarre, à la veille de votre arrét;
Contre le directeur de la prison de Fresnes, le répugnant tortionnaire qui s’est acharné contre Girard, au mépris des droits de la défense, qui a employé contre lui les moyens de coercition physique et morale tels que le cachot, les menaces et le secret, au mépris des plus élémentaires notions d'humanité;
Contre vous, magistrats dépourvus de tout scrupule, qui avez, le 18 décembre, eu l'audace de forfaire à votre fonction en condamnant deux ouvriers innocents pour satisfaire au dogme de l’infaillibilité de votre justice de classe !
L'opinion publique forcera bien l'autorité à une éclatante réparation envers Girard et Jacquart inno- ‘cents. »
La magistrature n'avait garde de poursuivre! Il
était encore une opinion en République et la consigne des gens de justice, effrayés, était désormais sinon de ronfler, du moins de se terrer.
Il m’est arrivé depuis, de me trouver en présence de M. Kien et de M. Maxwell. La vérité me force à dire que M. Kien se montra ce jour-là commissaire bon enfant, J'avais été, lors de la première manifestation Ferrer en automobile, arrêté trois fois. Deux fois relâché, j’arrivais enfin en la présence auguste et redoutable de M. Kien.
La bande des manifestants arrêtés était compacte. On avait dû requérir plusieurs commissaires. L’un d’eux, en voyant mon nom, dit malicieusement à M. Kien: « M. de Marmande. vous vous connaissez tous deux, je crois? » — « Oui, grommela le commissaire des Ternes, nous avons eu certaines. conversations! » — « Par affiches! » murmurai-je avec onction. — « C’est cela même » regrommela le bon M. Kien. Et sans même constater que j'avais domicile, le fonctionnaire sans rancune m’élargit!
Avec M. Maxwell, la rencontre fut plus « bourgeoise ». M. H.-D. Davray, ami particulier du magistrat, vint, des années après nos joutes murales, avec lui au « Cercle Carré », dont j'étais secrétaire général. Sans se douter de la « gaffe », « of no importance », d’ailleurs, qu’il commettait, M. Davray nous présenta l’un à l’autre. Il y eut de part et d’autre, un léger va-et-vient, une légère envie de rire et de légères mais franches allusions. M. Maxwell voulut bien de lui-même se souvenir que nous n’avions pas toujours eu des rapports très. affectueux. Il m’assura qu'il ne me gardait point rigueur et même indiqua une certaine sympathie pour ma sincérité juvénile et belliqueuse! Belliqueuse! Comment une sincérité ne
\ l’eût-elle pas été à l’âge des horizons purs, des rêves impétueux, et devant les spectacles d’injustice que le rideau levé sur l'affaire Girard laissait voir se dérouler!
Autre souvenir, accroché en passant.
Fort habilement alors, les Camelots de l’Action Française tentaient de mêler un filet de voix flûtée au concert d’imprécations des milieux populaires.
À la fin d’une réunion, au Palais du Travail, un de ces messieurs prit la parole pour féliciter le « camarade » Girard et opposer à la république de Draveil- Vigneux (celle de M. Clemenceau, ne l’oublions pas), la monarchie, protectrice des ouvriers!
Je ne laissai pas que de répliquer, car, pas plus alors qu'aujourd'hui, je ne confondais République avec Dictature républicaine et pas plus en 1909 qu’en 1920 je n’éprouvais le moindre goût pour la monarchie orléaniste, clemenciste ou nationaliste — trois épithètes qui, après tout, s’associent assez heureusement!
Après la manifestation en automobiles, qui provoqua une si vive curiosité à Paris, les grands journaux s'étaient émus. Le Matin me fit demander quelques renseignements de nature à l’éclairer. Je me rendis au journal, mais je ne pus arriver à trouver le rédacteur chargé de l’affaire. Je lui fixai un rendez-vous auquel il ne vint pas. Enervé par cette étrange attitude et flairant je ne sais quelle intervention, je revins au Matin et fus reçu par M. de
Jouvenel, qui me témoigna, avec une courtoisie parfaite, tous ses regrets de l’incident. « Mais, M. de Marmande, ajouta-t-il, votre client n’est guère sympathique! Notre rédacteur a pris ses renseignements à une source sûre (je traduisis « chez Paul Lepottier »), et je dois l’avouer qu’ils sont exécrables, On a dit à notre rédacteur que M. Girard était un souteneur, déjà condamné pour vols, etc., ete. » — « La police a menti effrontément, m’écriai-je. Je connais de longue date M. Maurice Girard. Il n’a jamais été condamné que pour excès de vitesse et accident d’automobilef!! J’ai vu son casier judiciaire. J’ai pu déjà obtenir pour lui, de la Commission des Grâces, une réduction de peine. Il s’agit donc ici d’une abominable calomnie pour vous empêcher, Monsieur, de combattre l’iniquité dont il est aujourd’hui victime ! »
Je dois dire que M. de Jouvenel, très impressionné lui-même de cette manœuvre de la dernière heure, s’empressa d'ouvrir une enquête complète sur laffaire Girard et, l’innocence de celui-ci lui étant apparue évidente, criante, il n’hésita pas une seule minute à publier les résultats de l’enquête dans le Matin, sous ce titre: « Il y a un innocent à la prison de Fresnes, » De cette entrevue et de cette enquête j'ai conservé un souvenir fidèle et reconnaissant.
Puissance de la pressel Quelques jours après, M. Maurice Girard était libéré.
À Il était, prisonnier encore, présent à l’audience du 3 février, lors du procès intenté par lui-même à M. Kien, pour subornation de témoins.
Je n’ai pas, on l’a vu, conservé de haïne envers
M. Kien. Je ne lui en veux pas du mal que j'ai dit et signé de lui. Mais, en toute équité, le postulat de la libération de M. Maurice Girard, innocent, exigeait la condamnation de forme tout au moins, du fonctionnaire responsable et qui, par une subornation de témoin, avait endossé et couvert le faux témoignage de son roquet, M. Paul Lepottier.
Maïs la justice, vaincue, veillait à sauver la face — en l’espèce, celle de M. Kien.
La plainte de M. Girard avait été envoyée à la 9% Chambre, c’est-à-dire la Chambre qui avait, le 20 octobre, condamné M. Girard. Le président, M. Guépet, le magistrat du Parquet, M. Gaïl, avaient déjà, l’un présidé, l’autre occupé le 20 octobre.
La plus élémentaire notion d’impartialité exigeait la récusation volontaire de ces magistrats.
La pensée ne leur en vint pas. Ainsi, dans l’affaire Girard, et jusqu’au bout, jusqu’après le bout, on se heurte à des incessants et scandaleux dénis de justice.
Dès le début de l’audience, se produisait un incident des plus violents. Le président, d'accord avec le substitut, voulait rendre le jugement avant d’avoir donné la parole à M° Jacques Bonzon, avocat de M. Girard. On devine sa protestation foudroyante. Frappant le sol de la canne et du pied, frappant la barre de la main et de la toge, redressant sa tête pâlie de fureur sacrée, avec hauteur, avec netteté, l'avocat, tout entier à sa proie attachée, invoqua les droits de la parole dans le prétoire.
Deux fois le tribunal se leva. Deux fois il se rassit, inquiet, effaré, hésitant. Et quand, pour la troisième fois il se leva pour se retirer, M. Gaïl lui ayant demandé de rejeter les conclusions de l’avocat, celui-ci
dut crier: « Je veux répondre au substitut. Vous allez obliger mon client à vous prendre à partie! Et c’est ce qu’il va faire », conclut-il d’une voix tonnante, comme les portes de bois peint se refermaient sur la justice de carton-pâte.
La prise à partie! Vieiïlle chose. Très rarement exhumée. Mais redoutable en somme. Un huissier, que je fus chercher, courant, d’aise à travers le Palais, étant arrivé pour constater incident, le Tribunal s’avoua vaincu. En rentrant en séance, les juges donnèrent la parole à M° Bonzon. M. Kien dut, pendant vingt-cinq minutes subir la parole cinglante, acérée, de l’éminent avocat qui ne ménagea pas d’autre part le substitut et qui évoqua, avec l’âpre ironie de lettré qui lui est familière, la condamnation inique, l’erreur judiciaire où avait si fortement trempé M. Gail.
Ce dernier, gêné, embarrassé, quasi-balbutiant, se borna, dans sa réplique, à demander au tribunal de se déclarer incompétent. Ce qui fut fait — et ce ne fut pas justice!
Ainsi se termina cette affaire Girard: l’innocent, gardé de longs mois en prison, mis en liberté à la suite d’une campagne énergique et persévérante, reconnaissance officieuse des mensonges de l’inspecteur Paul Lepottier et des manœuvres de M. Kien, impunité absolue assurée à tous les deux.
Je n’ai plus entendu parler de Paul Lepottier; je ne doute pas qu’il ait obtenu de l’avancement,
Quelle leçon retirer de ces faits? Plus d’une sans doute. Mais à quoi bon? Qui se soucie, à l’heure actuelle du droit, de la justice, de la vérité, toutes
lointaines, misérables et désuètes personnes, à remiser au magasin des vieilles lunes ?
Il y a tant d'années que les accusés réclament contre les juges chargés d’instruire leurs cas et portés à croire tout le mal dit par gens de police, à nier tout le bien dit par Jacques Bonhomme!
Au temps du gentil poète Clément Marot, il en allait tout de même que de nos jours.
« Et en parlant un griffon j'advisay
Qui de sa croche et ravissante patte Ecrivoit là l'an, le jour et la date
De ma prison, et ce qui pouvoit duyre
À leur propos, pour me fascher et nuyre Et ne sceut onc bien orthographier
Ce qui servoit à me justifier.
Si quelque esprit de gentille nature Vient là dedans tesmoigner d’adventure Aucuns propos, ou moyens, ou manières, Justifiant les âmes prisonnières,
Il ne sera des juges escouté,
Mais lourdement de son dict rebouté.
Et escouter on ne refusera
L'esprit malin qui les accusera! »
Les juges de M. Girard n’avaient pas refusé d’écouter l’esprit malin de Paul Lepottier qui l’accusait.
Mais dans une loge maçonnique, n’ai-je pas entendu jadis un juge d'instruction — ïl en est qui se souviennent d’avoir été des hommes — au cours d’une conférence, reconnaître avoir pris fréquemment en flagrant délit de mensonge des agents de la
sûreté, des inspecteurs de police, dont les dépositions pouvaient avoir une importance capitale,
— Quelles étaient les sanctions? demanda l’un des auditeurs.
— Hélas! l’agent était déplacé et- allait continuer ailleurs. comme le nègre! répondit avec mélancolie l’honnête juge. :
‘Combien de bandits de cette sorte, policiers menteurs et faux témoins, dans la mêlée?
Les bombes de Tourcoing.- Histoire édifiante de Maurice Caffier, dit le Calaisien.
L’indicateur politique est le plus redoutable bandit au sein de la mêlée sociale. Voyez en cet agent secret et tout à la fois, le dissolvant et l’empoisonneur, le « familier » de la nouvelle Inquisition. Les mobiles auquels obéit l'indicateur sont de tous ordres. L'intérêt, quelque argent, la haine personnelle, la vengeance d'amour. la vanité blessée, que sais-je.
Ce n’est même pas un professionnel. Il ne souffre guère de risques. Son anonymat l’autorise à tous les brigandages. La lèpre est sur lui et le ronge, mais, invisible, il souille tout sur son passage.
Les chefs de la sûreté, eux-mêmes, redoutent la puissance nocive de cet Inconnu masqué, caché derrière leurs agents officiels et qui les oriente, les dirige, les manœuvre. Songez que l’indicateur est le plus souvent le complice des misérables qu’il livre. Heureux quand il n’en est pas le corrupteur! Quand il dénonce un coupable et ne perd pas un innocent!
M. Goron a signalé dans ses mémoires les dangers de l'indicateur. Il n’admet pas l’impunité de l’indicateur dénonçant un complice. « Quant à celui-ci, dit-il, je nm’hésitais pas, je le fourrais froidement
au bloc. Il n’y a pas d’autre façon de procéder avec les indicateurs, sinon ils deviennent rapidement des provocateurs. »
L'ancien chef de la sûreté ajoute: « En matière politique, le danger est plus grand encore. »
Ces quelques lignes étaient utiles en manière d’épigraphe aux pages qui vont suivre et dont elles souligneront le caractère véridique.
Le 11 août 1908, une bombe éclatait à la porte du domicile particulier de M. Niederst, commissaire de police à Tourcoing. Une information fut ouverte qui ne donna d’abord aucun résultat. Soudain, reprise plus d’un an après l’attentat, elle amenaït l’arrestation de trois ouvriers anarchistes, Bernard, Constant et Descamps.
Et ce fut l'affaire Caffier. Elle permet de saisir sur le vif les procédés de certains agents secrets à la solde des brigades mobiles et qui sévissent parmi les milieux anarchistes « illégalistes. »
Maurice Caffier, dit le Calaisien, naquit à Calais, où il résida plus de vingt-cinq ans et exerça — peu souvent — la profession de moyenneur tulliste. Maigre et efflanqué, le malheureux était affligé de douloureuses disgrâces physiques. Il était né avec les mâchoires soudées. Caffier garda de l’opération qui dut être pratiquée, des cicatrices apparentes. Doiton chercher dans ces souffrances, dont les marques indélébiles le défigurèrent, la cause première de son esprit vindicatif et sombre? Quoiqu'il en fût, on vit à bientôt le jeune «moyenneur» s’introduire dans hi les groupes anarchistes de Calais, où il reçut un fra-
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