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Telle est la part du français: en maint lieu, et surtout dans les villes favorables à la Réforme, son emploi se géné-
PJ 619, #8 BATCAVE, L’instruct. publique à Orthez, (Bull. soc. Pau, 1890-01).
39 Mémoires et documents scolaires, publiés par le Musée pédagogique, (Fascicule 22). — Les lois collegiales de l'Académie de Béarn. — L'article rendant obligatoire le latin, même en récréation, se trouve reproduit ici, comme il le sera dans tous les collèges de Jésuites. « In omnibus colloquiis atque etiam in ludo lingua latina, exceptis infimae classis auditoribus, omnes utuntor.
40 Dans tous les réglements collégiaux, Zingua vernacula est l'ex-
pression usuelle, pour désigner, par opposition à lngua gallica, le parler local.
ralisa durant le dernier tiers du XVI: siècle. Mais c’est 1à un phénomène additionnel, et de second plan. Le béarnais ne perd à peu près rien de ses droits, de ses positions. Ne pas le répéter ici, en fin de tableau, équivaudrait à fausser les perspectives.
I est toujours la langue de l'Etat. Non seulement les ordonnances des souverains sont en béarnais, mais aussi celles de tous ceux, qui, à quelque titre que ce soit, détiennent une autorité dans le pays, Antoine de Grammont, le Baron d’Arros, etc... (1565-1569). Les actes innombrables provoqués par l'abolition du culte catholique, et l'instauration du culte réformé, de 1569 à 1580, sont en béarnais: procèsverbaux de saisies de biens ecclésiastiques, enquêtes, réclamations, tableaux de proscrits “. C’est en béarnais qu’on s'adresse à l’autorité, — plaintes des habitants de la vallée d’Aspe (1569-1570-1571), plaintes d’Aydius-(1569), plaintes des habitants de Larceveau (1571-1578), requête des Etats de Navarre (1571); — rien ne change avec la régente Catherine (ordonnance aux jurats de Pau, 1590, ordonnance à Monségur), ni avec Henri IV. Sous le gouvernement du Maréchal de la Force, les Etats s'adressent à lui en béarnais, et c’est en béarnais qu'il fait répondre *. Fait plus notable : les évêques de Tarbes, Aire et Dax énvoient une requête au Conseil souverain de Béarn, en 1610, au sujet des biens ecclésiastiques et, comme par déférence
#1 Un grand nombre de ces textes ont été publiés par DUBARAT, Doc. et bibliogr. sur la Réforme en Béarn, et Protestantisme en
Béarn et au pays basque, 1895.
.. 42 7bid. — Ajoutons que devant des juridictions étrangères comme
le Parlement de Paris, les gens de Béarn présentent des pièces de procédure en béarnais. Cf. H. COURTAULT, Mentions anciennes de textes béarnais et gascons produits devant le Parlement de Paris (1562). — (Reclams de Biarn et Gascougne, 1910, p. 118).
48 Actes divers sur les Cagots en 1604, publiés dans D' Fay, Cagots et lépreux dans le Sud-Ouest.
diplomatique, ils la rédigent en béarnais “. Le béarnais est toujours la langue des notaires, et bien que le français soit assez fréquent chez eux, surtout après 1610, ils ne l’adoptent jamais résolument : c’est ainsi que le contrat de mariage de Jean de Lescun, en 1610, est fait, à Pau, en béarnais, et pourtant les époux savent le français puisque la femme, en 1618, rédige une quittance en cette langue “. Enfin le béarnais est la langue du barreau, et le célèbre avocat Arnaud de Bordenave plaidait en béarnais. Scaliger, de cela, fait des gorges chaudes “ :« Fui aliquando cum fratre in Bearnis à Pau; litigant bearnice; vix potui continere risum cum illos audivi ».
Partout ailleurs les provinces du Midi avaient renoncé à l’usage écrit de leur parler propre: le symbole de ce changement, c’est, on l’a vu, l'impression, au cours du XVI: siècle, des statuts locaux traduits en français: c’est dans Île même ordre de faits que nous trouvons le symbole du contraste que le Béarn présente avec elles. Les fors et coutumes du Béarn sont imprimées en 1552, et réimprimées en 1602 en béarnais ‘’. C’est la consécration, par l'imprimerie, du béarnais, comme langue de l’Etat et de la législation.
Les Réformateurs eurent à compter avec ces conditions particulières. Quand Jeanne d’Albret, devenue veuve, fut seule maîtresse de Béarn et Navarre, elle fit venir Ramon Martin, de Genève et plusieurs autres « la plus part de langue gasconne et béarnoise pour prescher le peuple en son
44 D'UBARAT, Doc. et bibliogr.…., T, 2.
45 Bull. soc. sciences, lettres aris de Pau (1876-1877). — Documents relatifs à Jean de Lescun.
46 Cité par COUTURE, Rev. de Gascogne (1862). — Vide infra, 47 Los Fovs et costumas de Bearn, imprimidas à Pau per Johan
de Vingles et Henry Poyvre, ab privilegi deu rey MDLII: — Zors et costumas. de B., Lesca, per L. Rabier, 1602.
lengaige ‘ ». Le catéchisme de Merlin fut translaté en béarnais et imprimé à Limoges (1563). Elle fit de même en pays basque: cinq ministres y furent envoyés pour « prescher en langue du pays et le Nouveau Testament fut imprimé en même langue »°°. Jean de Lissarague, le traducteur, prêchait en basque, et l'historien De Thou l’entendit . Un peu plus tard, son aumônier, Arnaud de Salette *, pasteur à Lembeye, mit en béarnais les psaumes de David. Deux vers expliquent son intention :
Lauda Diu, poble, en ton lengoadge, Lauda u haut et publicamen.
le texte est suivi de « lo catechisme, co es-a dire lo formulari d’enseigna a los enfans en la christiantat, feit en forma de dialogue * » (1583). La même année, fut publié un manuel liturgique : « la forma de las pregaris ecclesiastiquas », à l’usage des protestants. Même dans les églises qu’elle n'avait pas osé supprimer, la reine, fidèle à un des articles de la doctrine, essaya d’imposer aux prêtres la messe en
48 BORDENAVE, ist. de Béarn et de Navarre, p. 311. (Ed. Soc. Hist. de France).
49 MERLIN, Caiéchisme extrait de celuy de Genève…., le tout avec la translation en langue de Béarn. Limoges, Guillaume de Noaillses, avec dédicace de l’auteur à Jeanne d’Albret, du 15 sept. 1563. Cf. BRUNET, art. Merlin. =
50 BORDENAVE, 09. cit., p. 116 et 311. Cette traduction fut imprimée à la Rochelle ; « Pierre Haultain » l’imprimeur reçut en 1572, 336 livres pour son travail. — 7b1d., p. 311, note.
51 Mém. de la Vie de Monsieur de Thou, Amsterdam 1713. Liv. II, p. 87: « Ce ministre qui parloit également bien basque et françois, nréchoit devant ceus du païs en sa langue ». L’historien l’entendit à La Bastide Clarence.
52 Los psalmes de David, metuts en rima bernesa, per ARNAUD DE SALETTE, Orthez, Rabier, 1583.
5% LACAZE, Les Imprimeurs et les Libraires en Béarn.
\ vulgaire, c'est-à-dire en béarnais “*. Par 1à se limite l’influence du protestantisme sur. l'usage linguistique ®: si d’une part, il a été le véhicule du français, il a, d’autre part, dû, pour être accepté, s'adapter aux exigences du milieu.
Le XVI° siècle apporte donc un. fait nouveau, dans l’histoire du parler béarnais. Malgré le soin jaloux que les représentants du pays mettent à sauvegarder la tradition, malgré l'esprit particulariste des populations, sous la pression des évènements extérieurs, sous le couvert de la Renaissance et de la Réforme, avec la connivence des souverains, le français s’est introduit, et il sert comme langue seconde, comme langue de civilisation, comme instrument diplomatique, comme instrument de la pensée. On lit en français, on parle en français, on écrit aussi en français, mais peu. Nicolas Bordenave,; ministre de la parole de Dieu, à Nay, rédige en français vers cette époque, son histoire de Béarn
et de Navarre *. En regard, le béarnais demeure invincible-
ment la langue officielle, avec toutes les prérogatives attachées à ce titre, et toutes Les affaires publiques ou privées se
%4 Voici ce que dit MIRASSOU, l'historien des Troubles en Béarn:
« L’évêque d’Oloron se rendit aussi (aux Etats de 1568), et il n'osa pas se refuser à d'invitation que la reine lui fit de traduire en béarnais les Evangiles et les Epitres.. Son intention était d’obliger les prêtres à dire la messe en vulgaire dans les églises où elle n’avait pas osé la supprimer ». Cité par DUBARAT, 09. cat, T. 2, p. o1.
55 Elle se limite aussi par une autre considération. S’il n’est pas possible de savoir dans quelle mesure la nouvelle religion s’est réellement acclimatée, il semble bien que l’ensemble de la population s'y déroba. Car la royauté ne rencontra ultérieurement aucune difficulté à restaurer le culte catholique, et à part la région d’Orthez et quelques villages épars (Osse, par exemple, dans la swallée d’Aspe), les classes bourgeoises et paysannes ont été et sont encore foncièrement catholiques. Quand on songe à ce qu’ils furent autour de Nîmes et d’Alais, les succès de la Réforme, malgré l’adhésion et l’action de Jeanne d’Albret, semblent avoir été précaires dans le Béarn.
86 L'histoire de Béarn et Navarre, portant sur la période 1517-1572
par Nicolas BORDENAVE, ministre de la parole de Dieu, à Nay. - (Publiée par P. RAYMOND 1873. Société de l'Histoire de France).
règlent en béarnais. Entre les deux langues, il n’y a ni conflit, ni rivalité, ni concurrence: on ne’ voit à aucun indice que le béarnais soit menacé, que le français soit en passe de le déposséder. Si l’un a, pour lui, le prestige de la renommée, l’autre a l’avantage d’être l’idiome maternel et, comme tel, ses ressortissants tiennent à lui. A la fin du XVI° siècle encore, Dita du français en Béarn ne signifie rien de plus qu’un accroissement de culture, il n’est pas le prélude d'une transformation politique. é
Combien de temps cet état particulier d'équilibre aurait-il duré? Sans l'assassinat de Henri IIT, il se fût singulièrement prolongé; sans l'assassinat de Henri IV, il n'aurait pas été brusquement rompu. Mais en 1610, dès l’avènement de Louis XIIT, la déchéance du béarnais, comme langue officielle d’un Etat souverain, était à la merci d’une occasion.
En 1620, dix ans après la mort de son père, Louis XIII parut en Béarn à la tête d’une armée, il prit la place forte de Navarrenx, entra solennellement à Pau et tint une séance aux Etats ‘’: « M. de Caseaux, ayant le for à la main, lut le premier article d’icelui, premièrement en béarnais, puis en français, et supplia le roi de jurer le contenu en iceluy ». En réponse, le roi publia son édit de réunion (11 octobre 1620) : le Béarn était incorporé à la France.
C'était un coup de théâtre, mais les esprits clairvoyants y étaient probablement préparés. La fiction par laquelle Henri IV, respectueux de l’autonomie béarnaise, déclarait
57 Registre du Parlement, n° 1 f. 54. Cf. Znv. som. des arch. dép. des B. Pyrénées. T. III, Introd. p. 96.
que ses deux royaumes de France et de Navarre n'étaient unis qu’en Sa personne, contrecarrait les tendances unitaires de la monarchie française et ne pouvait y résister longtemps. Les Etats généraux de 1614°° avaient demandé la Suppression de ce qui, dans le royaume, apparaissait comme une anomalie. De plus la question religieuse se greffait sur la question politique : on souhaitait l’abolition d’un état de fait, créé par Jeanne d’Albret: il fallait rétablir le culte catholique dans ses droits, ses prérogatives et ses biens. Le clergé réclamait ; une solution était inévitable, et l’on pouvait prévoir laquelle. Le roi, par un premier édit du 31 décembre 1615, décrèta l’union définitive du Béarn à la France. ;
Les Etats votèrent le 1° février 1617 une motion qui posait un principe incompatible avec l’absolutisme: Sa Majesté ne peut unir le dit pays souverain au royaume de France, sans le consentement desdits Etats, sinon en brisant « le premier caractère et fondement des fors et libertés qui leur sont plus chères que leurs propres vies.. ». Catholiques et protestants étaient d’accord là-dessus, mais cette prétention unanime, revendiquée par un peuple, de disposer librement de lui-même, était une anticipation inadmissible sur un avenir encore lointain. L’effervescence qui suivit et qui agita le pays pendant trois ans fit que le dénouement eut le caractère d’une sanction. Sans souci des traditions ou des préférences locales, le roi opposa simplement sa volonté: « Nous avons, par cet édit perpétuel et irrévocable, uni et incorporé, unissons et incorporons ladite couronne et pays de Navarre et notre souveraineté de Béarn, Andorre et Donnezan et terres qui en dépendent... à notre couronne et domaine de France, pour être dorénavant censés membres
58 Pour le détail de ces faits historiques, voir PUJOL, Louis XIII et Le Béarn. — DuBaraT: L'union du Béarn à la France (1620).
d’icelle... * », Malgré eux, sans avoir été consultés, contrairement aux lois du pays, les Béarnais devenaient Fran- Çais.
Coup d’Etat brutal, cette réunion fut ressentie comme une annexion. C’est pourquoi, comme chez les peuples annexés de temps modernes, la bouderie et l’opposition se porta sur le terrain de la langue. On prêtait à Henri IV ce propos :
| B'ira mau aous Bearnes Quan calera que parlen frances,
Et cette intuition était prophétique, puisque Louis XIII appliquait au nouveau domaine les règles d'administration ordinaires. « Voulons, en outre, ajoutait-il, et ordonnons que les ordonnances, arrêts et procédures de notre dite cour de Parlement, soient faits et expédiés en langage françois ». Cette extension, à une nouvelle province, de l’ordonnance de 1539 marquait la prise de possession. L’injonction était impérieuse, on se soumit. La Cour suprême de justive, remaniée par la réunion de la Chancellerie de Navarre séant à Pau, et dénommée, depuis juin 1624, Parlement de Navarre, employa le français à partir du 10 mai 1621, nou sans récriminations, non sans regrets ®. La chancellerie de Navarre fit valoir que les règlements en vigueur exigeaient l'emploi du basque pour les enquêtes et interrogatoires. Le Conseil du roi répondit qu’il n’y avait pas lieu de s’y arrèter: « Quant à la répugnance des Basques à plaider en français, leur langue est si difficile que la Basse-Navarre, la Soule et le Labourd emploient une langue étrangère pour
5% Edit du 11 oct. 1620. Voir DELMAS, Le Parlement de Navarre.
60 Livre Roüge 1608-1626, f. 216. Commission en faveur de M. Daffis pour présider le Conseil de Pau 10 may 1621. « Icy le conseil commence à s'appeler parlement et parler françois ». C’est le greffier Abel de Pouts qui a inauguré la rédaction en français. (Cf. Bull. soc. scienc. lettres et arts de Pau). T. 35, p. 10.
rédiger leurs contrats et leurs actes de justice ‘ ». Et dans un discours célèbre, le premier, dit-on, qui fut prononcé en français dans cette Compagnie *®, le grand avocat, Arnaud de Bordenave, se fit l’interprête du sentiment commun (3 sept. 1625). « Avant ces unions, le Béarn ne connaissait d’autre langue que celle du pays; c’est en cette langue que tous les actes étaient conçus dans les compagnies souveraines, et c'était en cette langue que l’on rendait et demandait la justice. Nous y étions même si fort attachés par affection que la seule pensée de l’abolir ou changer était odieuse ». Dans le recueil de ses plaidoyers, il met une préface qui est l’oraison funèbre du Béarnais comme langue officielle.
« L'usage au reste, qui en estoit si universel, l’avoit telle-
ment poli et cultivé surtout dans le Palais que j'ose dire avec liberté qu'après la langue françoise, il n’y a pas aucun d’entre tous les idiomes du royaume qui lui fut comparable en la propriété des termes très significatifs, en la briéveté de la phrase, en la bonté de l’accent, et en plusieurs agréments qui peuvent donner de l'estime à un langage * ». Ces protestations, à la fois émues et pertinentes, font un contraste saisissant avec la passivité des autres peuples du Midi au moment de l’ordonnance de François [1*. C’est que, chez eux l’adoption définitive du français et la destitution corrélative des parlers locaux étaient la conséquence et la consé-
61 DELMAS, op. cit., Cf. F. BRUNOY, Âist, de la langue française GE AV-Ép: 00, 07).
62 Voir L. COUTURE, Æsquisse d'une histoire littéraire de la Gascogne, et Arnaud de Bordenave et l'éloquence française au Parlement de Pau. (Revue de Gascogne, 1861 et 1862) et aussi L. BATCAVE, La première remontrance prononcée en français au Parl. de Nav. (Revue du Béarn et du Pays basque, année 1905, p. 433). Il n’est pas certain que ce fut la première, puisque le nouveau Parlement fonctionnait déjà depuis quatre ans.
‘3 Notons en regard, que Jean de Bordenave, chanoine de Lescar, historien du Béarn, dit dans la préface de son livre: Estat des cours ecclésiastiques. « Personne ne doit s'étonner si je parle en termes françois au royaume de France ». — Cité par DUBARAT, 7'estament de |. de B. (Bull. soc. Sciences, lettres, arts de Pau, 1897-08).
cration d’une situation politique reconnue et acceptée: ici l'interdiction du béarnais, est le symbole d’une révolution qui substitue à l'autonomie la sujétion. Bien qu’ils n’aient pas eu à se plaindre d’être sujets français, les Béarnais ne se consolaient pas de la liberté perdue, et il est émouvant de les voir, en un siècle où le sens national est si rare, attachés à leur langue comme au drapeau de la patrie.
Les Béarnais ne s’en tinrent pas à des jérémiades platoniques : ils restèrent animés d’une sorte d’esprit protestataire. D'une part, il fut entendu que:leur idiome cessait d’être la langue officielle, il fut remplacé par le français non seulement au Parlement, dans l’administration générale de la Province ‘*, dans les actes de justice, mais aussi peu à peu dans les registres d’état-civil et dans tous les cas prévus
par l’édit, mais, d’autre part, pas au delà. Il est bien certain
qu’il se répandit dans le public, de l’aristocratie aux ruraux, de la plaine à fa montagne. Mais fidélité ou entêtement, les Etats de Béarn continuèrent à employer leur langue dans les procès-verbaux, jusqu’à la Révolution, sauf une interruption de 1710 à 1718%. Et il est plaisant de constater qu’ils préféraient cet idiome devenu un jargon francisé ‘,
54 Le.béarnais, dans la pratique n’est pas entièrement exclu des affaires administratives. Une requête des cagots de Castetner, Sauvelade, etc.…., (1642) adressée au comte de Grammont, lieutenant du roi, est en béarnaiïs, et aussi un règlement dressé par le lieutenant général Poyanne (1642). Publiés in Lepreux et cagots du Sud-Ouest. D. FAY (1909).
55 JInvent. arch. B. Pyr. T. 3. Etats de Béarn. Non seulement les délibérations, mais encore les états de dépenses et la comptabilité sont pour la plupart en béarnais jusqu’à la Révolution. Cf. JOLLY, Budget et comptabilité des Etats de Navarre et de Béarn. 1004.
56 Voici un extrait de 1743: « Sus la requeste presentade per Messire Jean de Larboirie, baron de Gayrosse, tendente a estar recebut aux Estats per reson de la terre baronie de Gayrosse, une de las doutze premières de Bearn, en qualitat de filh et hereter de M. Larboyrie, son’ pay, qui en a jouit entro son decez... ». Extrait de 1777. « Incontinent s’est presenté M. de Gayrosse, conseiller au parlement, louquoal... à prestat lou sermen accoustumat et d’aillours tant luy que dou $S. de Lassalle, huissier deus Estats, procurayre fondat de M. de Larboirie, Gayrosse, pay, donnatour, an affermat que lou contrat de donnation non es ficte ni simulat ». S’exprimer ainsi, n'est ce pas pur plaisir de faire pièce au roi ?
2 RER Et NRA qu PR SE CE CS EE LAURE EUR Os ES ! As -
à celui qu’ils parlaient dans le privé, mais qui avait le tort À + . . , : A d’être celui du roi, Ils mirent un point d'honneur à ne pas reconnaître le fait acquis.
Ê Pour affirmer ces tendances, on réimprime les Fors du RE Béarn en langue du pays, tout le long du XVII* et du XVIII siècle . Une édition en est faite à Lescar en 1625, avec autorisation du Parlement du 11 février 1622: « Il est permis audit Sarride d’imprimer dès à présent les fors et coutumes du païs en langue vulgaire comme ils sont présentement ». En 1673, les Etats arrêtent que le for sera imprimé en b'arnais et en français, « en la premiere page le bearnais, et en l’autre opposée à icelui en françois ». C’est l’édition de Jean Desbarratz imprimeur à Pau. En 1682, nouvelle publication du même. En 1715, son successeur les réimprime, sur décision du Parlement, avec le texte béarnais demandé par les Etats. On cite encore, en 1723, une édition de Jérôme Dupoux, à Pau, (1723), et une autre de 1781 par Vignancourt « imprimeur deu-Rey et deu Parlement ». — Sous le titre « Compilation d'auguns priviledges et reglements deu Païs de Bearn » est publié le Corpus des documents qui constituent la législation traditionnelle du pays: édition de Lescar 1633, d’Orthez 1676, de Pau 1716 *. En 1694 Dupoux publie à Pau les privilèges 4 l
87 LACAZE, Les Imprimeurs et les libraires en Bearn. — Catalogue d'une exposition des arts rétrospectifs, Pau 1801. — Catalogue de la Bibliothèque Communale de Pau, voir à partir de la page 122. — Voici une liste qui montre la continuité de la tradition: los Fors et costumas de Pearn, imprimidas à Pau per JOHAN DE VINGLES et HENRY FOYVRE, ab privilegi deu rey. MDLII. — Zos Fors et Costumas de Bearn, Lescar, per Louis RABIER (1602). — Zos Fors, etc... Lescar, JOAN DE SARIDE, 1625. — Les éditions suivantes portent le même titre. Celle de 1715 comporte en outre un Styl de la justicy deu païs de Bearn, publicat en l’an mil cinq cens sixante quouate... Ces indica-
tions prennent toute leur valeur par le contraste avec ce qui se constate dans les autres pays du Midi.
58 Ajoutons les éditions du Style de la justicy deu Pais de Bearn, 1662 (Orthez), 1715, 1723,
spéciaux de la vallée d’Aspe *”. Si l’on rappelle, en comparaison que les « coutumes générales du pays et vicomté de Sole » sont imprimées en 1690 (Dupoux, Pau) et en 1740 (Dugué et Desbarratz) en français, on jugera mieux de l’obstination des Béarnais: si l’on rappelle encore que les gens de Gascogne, Provence et Languedoc s’empressent de. faire traduire aussitôt après 1540, leurs vieux titres en lanyue française, on est autorisé ici à parler d’attitude protestataire. Et tandis que les autres provinces du royaume ont renoncé non seulement à la langue locale, mais encore aux antiques privilèges du Moyen-Age, les Béarnais maintiennent le souvenir de leur langue et de leurs lois propres, et se servent de l’imprimerie pour en nourrir l'esprit et la mémoire des générations qui se succèdent ”.
Et ce ne fut pas qu’une opposition de principe, dont l’organe représentatif du pays se serait constitué le mandataire. Entre le pays et ses députés aux Etats, il y eut accord. Est-ce à dire que l’opposition fut de la rebellion, qu’on fit la guerre au français, qu’on se déroba à la culture française, qu’on eut le dessein avoué ou latent de perpétuer des causes de conflit, ou de préparer la revanche et un séparatisme éventuel ? Non, le pays se francisa, et son nationalisme était sans animosité. Les cadets de Béarn étaient cousins des
5 Seguense lous priviledges, franquesses et libertats dounats et autreiats aus vesins, manans, habitans de la montaigne et val d’Aspe, etc... -— De même, réimpression des «#ors et costumas deu
4 Royaume de Navarre de ça Ports, » — Desbaratz 1681, Dupoux 1722. — En 1673 ,le syndic avait représenté « que les exemplaires du for sont si rares en Navarre qu'on a peine à en trouver ». Sur quoi les Etats avaient arrêté que « le for sera imprimé en béarnais et en françois à même volume ».
79 Pour la Soule, voir notre ouvrage, Recherches historiques, etc…., chapitre 8, 2n fine.
71 Sans doute ces réimpressions de fors et de privilèges sont dictées par des soucis d’ordre proprement juridique: maïs il est notable que les questions juridiques, et la question de langue apparaissent comme sclidaires, |
cadets gascons: ils vinrent à la cour, ils occupèrent des emplois dans la monarchie, et le prestige des choses françaises était tel qu’on ne pouvait lui bouder: au moment où l’Europe civilisée se faisait honneur de goûter nos écrivains et nos artistes, comment le petit pays de Béarn se serait-il confiné dans un exclusivisme intraitable ? il devint tout aussi policé, tout aussi cultivé que n'importe quelle province. Mais son adhésion comportait une réserve: cette réserve s’exprima par la persistance du béarnais comme langue des administrations municipales, et des relations privées.
Aussi en faisant une tournée parmi les localités béarnaises, il faut, non pas suivre à la trace les progrès du français, mais plutôt marquer les obstacles qu’il rencontra: de même le problème spécial qui se pose n’est pas tant de deviner à travers les textes d’archives ce que fut l’usage parlé, que de montrer comment le béarnais, déchu de sa prérogative officielle, fut, autant qu’il se pouvait, retenu comme langue écrite.
Dans les villes, d’abord: à Pau‘, si les textes et les actes reproduits sont en béarnais, toutefois l’infiltration du français est apparente dès 1596, comme il est inévitable dans cette « autre Genève » * qui est, en même temps, résidence de la cour royale et des organes administratifs. Les termes bocher, bocherie remplacent dans les ordonnances municipales le mot local « maset ». Dans les délibérations, les annotations marginales sont en français. Après une lacune
dans cette série entre 1600 et 1640, le français est générale-
72 Pour les communes du Béarn, j'ai fait moi-même le dépouillement des archives.
73 C'est le terme employé par la reine Marguerite, femme de Henri IV,
ment employé‘, pourtant des réglements de police, des décisions relatives aux « cagots » (1641), des textes relatifs à la boucherie (1644) sont en béarnais; après cette date le français s'impose. Les comptes sont de même en béarnais ”, mais l'influence corruptrice du français est très sensible à la fin du XVI° siècle; il en est ainsi jusqu’en 1642: cette année là, les vérificateurs des comptes, écrivent « verifié » au lieu du barbare « verificat » et les annotations de contrôle sont en français. En 1644, le béarnais est définitivement exclu. L'Etat civil catholique est en français au XVII: siècle ‘*; quant aux notaires, ils obéissent, mais sans précipitation à l’ordre du roi. Dans les registres du notaire Soberbie ”’, par exemple, le béarnais est ‘la langue de fond jusqu’en 1624; le français demeure un accessoire, jusqu’en 1627, rarement adopté dans les actes courants, ventes, accords, mariages, testaments. Le nouveau régime avec prépondérance du français, s'établit peu après, sans que l’ex- clusion du béarnais soit absolue. Ainsi les archives paloises ne sont définitivement francisées que vingt ans après l’édit de Louis XIII. Si on avait voulu l'appliquer d’enthou- . siasme, le style des écrits atteste que secrétaires de la mairie ou notaires en eussent été capables: les attermoiments ne sont imputables ni à l’inertie, ni à l'ignorance, comme en Provence ou en Rouergue, mais à la mauvaise volonté, plus exactement à un parti pris d'opposition. On ferait les mémes observations à Orthez dont les délibérations conser-
T4 Arch. com. de Pau, BBz2.
75 CC 88-91. — Voici des formules de 1611-12: « despence commune de la precedente recepte pagade comptant per los comptables, durant lor charge. — 1613, a condition éoutes bets de adiustar ou diminuer audit compte so qu’y pourien aber obmetut ».
76 On a vu que les registres protestants GG: sont en français depuis 1571: