‹ L'Introduction De La Langue Française En Béarn Et En RoussillonChapitre 8 sur 9 · HER RE · texte numérisé non relu

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anciens mystères *. On traduit des livres latins ou français. Exortacio a la penitencia per Claudio Viexmonsio, parisien,

traduhida de lati en catalan, per lo doctor Francesch de Queralt, canonge de la santa iglesia d’Elne y official de

Perpinya (170%); Preparatio à la mort, vertida-del frances

(1719); Horas catalanas (1733); Llibre dels miracles de Na S. del Roser (1733); Manual de exercicis y cantichs spiri- -tuals traduhit del frances, (Perpignan 1735). Quelle différence avec la pratique des autres provinces méridionales qui au XVI siècle, ont fait traduire en français leurs recueils de titres romans ou latins *

Aprés 1750, les livres de piété, qui avaient pour clients ‘les dévôts de toutes classes,sont moins abondants : on trouve encore des exercices pour les missions, des neuvaines (No- | vena del glorios sant Miquel, 1765), des catéchismes (1770 et 1791)“, des almanachs, mais ceci n’est pas propre au

pays. Les livres laïques se multiplient en français et le

témoignage le plus probant de la diffusion du français nous est fourni par la création des « Affiches, annonces, avis di-

vers de la Province de Roussillon » qui parut à Perpignan le 1% mai 1776: c’est le premier journal qui fut fondé dans

de pays, en français, au moment où les progrès de cette langue sont attestés d’autre part par l’examen de documents d'archives. |

ere

E° usage écrit et l’usage littéraire sont déjà par eux-mêmes significatifs de l’usage parlé. Le catalan maternel continue

#1 À. L. R. (1888, p. 339). Notes sur l’ancien théâtre catalan. On y signale: 7'ragedia en cinch actes els martyrs dels sants ste Llau- -rents, Hipolits y Koma, imprimée chez Comte.

42 On imprime aussi en français, mais moins: //istoire de Saint

Gauderic (1716); — Mémoires instructifs des miracles opérés ae

Saint François de Paule (1722).

48 Notons encore en 1781, Elogis de las sloriosas santas verges martyrs (Perpignan, 1781).

ne à s’employer dans la vie journalière: un procès-verbal de 0 Er ‘é:scussion à Marquexane, vers 1760, relate les propos tenus 2 1 par le bailii et ils sont en catalan “. On a vu qu’en 1785, un marchand d’Olette rédige encore en catalan sa correspondance. D'autre part, le remanieur de mystère dont nous avons parlé plus haut, fournit une indication qui limite toutes les autres “: « Los defectos en la locutio catalana <e poden excusar, dit-il, en un rosellones, puix en esta provincia hi ha diversitat eix idioma en molts terme y ninguno parla correctament cathala, sia per que se usa mes parlar lo frances, o per que no si Ilexian libres catalans, deven TEE que se francisan alguns termes quant se parla cathala… ». | Ainsi le parler local se corrompt parce que les gens instruits, ceux qui lisent, deviennent des francisants. De même, un mémoire de 1727 “ pour les Bénédictines, venues de Bé- È à | ziers, qui ont ouvert une école annexe, laisse entendre que LLERSNIE engouement pour la langue française se développe : « jus- : : que au menu peuple y envoye leurs filles par le desir empressé que l’on a pour apprendre la langue... La langue française y est parlée dans toute sa pureté et depuis les

grands jusqu'aux plus pétits, tout le monde s’y applique

F4 avec attention. » Un autre mémoire, même date, pour le couvent Sainte-Catherine dit: « Non seulement dans la

ville de Prises mais encore dans toute la province, tout

le monde s’ empresse a faire ellever les jeunes filles et leur enseigner les mœurs et la langue française: aussi peut-on

avancer sans rien hazarder qe la langue française (y est) parlée dans toute sa pureté à l'admiration du public... » Sans doute ces rappofts émanent de gens qui font leur cour

4 Jyv. som. arch. dép. Pyr.-Orient. Série G.

RIT R;(1888,-Voc. cr.)

46 TOREILLES, L'enseignement en Roussillon, op. cit., p. 260, notes, D’après C. 1330.

- 8a bre

aux puissances, et sentent l'apologie. 11 y a des phrases de

prospectus dans ce qui est dit äilleurs de l” École des Bénédictines “’. « C’est la seule maison gratuite pour les filles et la seule de toute la province où la langue française soit constamment parlée et enseignée ». Mais l’objet de cette réclame non déguisée, n'est-il pas de répondre aux besoins et aux demandes de la clientèle: le public se préoccupe donc d'apprendre le français. Même l’éducation des filles est Considérée comme incomplète si elle ne comporte pas « les mœurs et la langue française ». Une môde peut-être a déter-

miné un courant d'opinion. En tout cas, cette jeunesse sera. mariée vers 1740, et la génération suivante, apprendra le

français, sans jeu de mot, comme une langue maternelle, au moins à Perpignan, et sans doute dans quelques centres importants. e

Le même souci se fait jour dans quelques communes moyennes, mais bien plus tard. A. Vinça en 1744, on demande un maître pour donner les premiers principes et

éléments de la langue française. À St-Cyprien (avril 1750), . on cherche un prêtre qui sache « enseigner aux enfants en frances » *. À Thuir, en 1763, on déplore qu’il n’ait pas été

possible jusqu'ici « de trouver un sujet en etat de donner

les premiers documents a la jeunesse. les jeunes gens sucent le mauvais accent d’un precepteur qui n’a nul usage de la langue française » . En 1780, à Rivesaltes, le conseil veut un régent qui mènera les enfants de l’atphabet à la lecture de la langue française. Un représentant du peuple, Cassanyes de Canet, dira plus tard de lui-même: « M. Pe-

47 Jnv. som. arch. Pyr.-Or. (Série G, 1330 en 1723).

48 TOREILLES, op. cit., p. 261 à 266, l’auteur qui a fort déligemment dépouillé les archives focale ne semble pas avoir trouvé d’indices plus nombreux.

#9 Jnv. som. arch. com, de T'huir, série BB.

rone. m' enseigna à lire en HAE Son successeur me fortifia dans la lecture du français » . L’ intention d’instruire “en français se manifeste donc en quelques lieux, mais on « manquait de sujets », on s ’en plaint, et on n’y trouve pas de remède. D’ autre part, les gens du Roussillon, très amis de-l’instruction, tenaient beaucoup plus au lâtin qu’au français, comme il apparaît dans les documents rassemblés par M. Toreilles. Le désir de s'assurer des régents de latin est si général, si disproportionné aux ressources des communes que les Intendants s'efforcent de réagir. Ce goût de la latinité reste tenace et primordial puisque les Cahiers du Tiers Etat n’enregistrent rien d’autre sur la question ; art. XIX : que les régents des villes et des communautés de ie puissent y enseigner le latin

Il est donc à présumer que les progrès du français furent précaires et ralentis. Quant la Révolution eut éclaté, on signale çà et là quelques tentatives locales pour assurer l’enseignement du français. À Rivesaltes, en 1790 *, les futurs régents qui se présentent au concours, pour la petite école, sont interrogés sur l’arithmétique et la langue française. Mais on se plaint partout, comme trente ans avant, des difficultés du recrutement. À Villélongue *, on-offre la régence au citoyen Monier, sergent-major d’un régiment cantonné | dans le pays, « pour detruire entierement l’idiome catalan: - que nous parlons pour le remplacer par le langage national ». Malheureusement ce sous-officier bienvenu ne peut obtenir la permission de ses chefs. Le procureur général

50 Révolution française, (14 mai 1888). Cassanyes et ses Mémoires inédits.

- 51 OREILLES, 09. cit, p. 275.

UT ps 10.

58 Jbid. p. 325.

syndic résumait exactement la situation dans son rapport ee au Comité du Salut publie, 3 germinal an II %: « L’établissement des instituteurs de langue française dans nos RES campagnes est le seul véritable moyen de révolutionner tous

les esprits... mais, citoyens représentants, l'effét d’un si. salutaire décret sera nul peut-être par le manque d’instituteurs ». Il n’y eut qu’un palliatif: « le passage continue d'étrangers et de troupes de toutes armes, dit un émigré, | obligea les Roussillonnais à s'occuper de la langue générale

de leur pays » *. Érn

En terminant cette étude, on constate que la question du français en Roussillon est dominée par celle de l’enseignement, et que depuis la conquête jusqu’à la fin de l'Ancien Régime, ni l’une ni l’autre n’a été résolue: à l’origine, le. pouvoir a marqué une volonté qui fut catégorique, mais non opiniâtre; par la suite, l’acquisition du français et de maitres idoines a été abandonnée au hasard. À Perpignan seulement, par les Jésuites, par les Bénédictines et autres congrégations féminines, une partie de la jeunesse a pu s’ini- tier avec succès à la langue nouvelle. Les campagnes dé +: meurent déshéritées sur ce point, à moins que les maîtres libres, dont on signale, avec force récriminations, la concurrence, en face du régent officiel, n’aient suppléé à l’incapacité de celui-ci **. En tout cas, ce n’est pas avec des moyens

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54 TOREILLES, 0. cit, p. 326-27, d’après.L 27r. PE

55 Jbid., p. 350, d’après les Mémoires de M. Jaume, Introd., peLVIT NE Ra À Le

55 TOREILLES, 0. cit., p. 281 et sqqs. En 1745, à Perpignan même on parle « d’un nombre infiny de religieux, pretres, et abbés et autres tenant ecolle ouverte ». — L’instituteur de Rivesaltes se plaint . «que plusieurs personnes regentent sans avoir aucun titre » (1768 et

1783). À Sorède, on voit deux chirurgiens tenir école (1775), à Illetrois beneficiers (1763), à Banyuls (1780), un brigadier de douanes. — Mais c’est une simple conjecture que d'imaginer en eux des professeur de français, £ LA

de fortune qu’ on assimile une population, quel que soit son

bon vouloir. Aussi, bien que la propagation du français se manifeste dans les textes à partir de 1740, c'est peu avant : Ja Révolution que le catalan paraît condamné comme Îangue écrite, Sans qu’on puisse encore parler de déchéance irrémédiable. Quand la crise éclata, on ne saurait prétendre que le Roussillon fût aussi avancé dans la francisation que

létaient, vingt ans après l'ordonnance de Villers-Cotteréts,

les autres pays du Midi: et dans la législation scolaire, on

voit les Conventionnels placer cette province au rang de l’Alsace, de la Corse, du Comté de Nice, comme parlant

normalement un idiome étranger.

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Le Roussillon fournit donc, à l’histoire de la pénétration

française un chapitre original: en Provence, en Langue-

doc, en Gascogne, on a accepté le français sans résistance,

et on a renoncé brusquement à l’emploi écrit des idiomes Jocaux ; en Béarn, on a résisté dans la mesure où il se pouvait, et sciemment. Ici, sans qu’on puisse parler de résis-

tance délibérée, un état d’équilibre se fixe, où le français prend ses positions, où le catalan maintient une notable

partie des siennes, un bilinguisme s'établit, très spécial,

puisque le parler local ne cesse ni de s’écrire ni de s’imprimer, et la victoire définitive du français comme langue écrite n’est assurée que cent ans environ après l’édit du Conseil Souverain.

D'un point de vue plus général, c’est en Roussillon que

l'autorité royale pense pour la prémière fois à appliquer aux

peuples méridionaux un système d’assimilation par la langue fort bien entendu. C’est justement ici que le catalan s’éternise, que les populations sont le plus lentement ga-

gnées, que le français S’introduit par progrès pénibles, et : | 6

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non comme ailleurs par irruption brutale. Et de cela il y a plusieurs raisons: celle qui les contient toutes c’est que, entre la fin du Moyen-Age et l’apogée de l’absolutisme, si d’une part les doctrines de gouvernement et les méthodes d'administration se sont complétées en s’organisant, d’autre part, les attaches qui unissent les peuples à leur pays et à leur langue sont moins lâches qu’à l’époque féodale, par l’effet d’un nationalisme encore obscur: ce sentiment, très vif en Béarn, et aussi en Alsace, est en Roussillon, à cette date, plus confus, moins explicite, mais il est également efficace.

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