Evolution créatrice, chap. ni
3. Op. cit., chap. ii et m. — Life and Consciousness. 4- Le rire, passim. — Matière et mémoire, chap. ni. 5. Essai..., chap. u. — L'effort intellectuel.
qui peuvent contribuer à l'action présente s'oppose la richesse d'une mémoire pure et la réalité intégrale d'un passé toujours vivant1. Et c'est au cours même de la science que, donnant des coups de sonde dans l'absolu, s'adaptant à la durée changeante, exorcisant l'altération cinématographique du devenir, la connaissance pure et immédiate réalise génialement « l'inquiétude de vie » qui la tourmente et « hausse l'âme au-dessus de l'idée2 ». Ainsi s'achève, dans ce qui semblait être le domaine réservé de la pensée conceptuelle, l'opposition entre la connaissance pratique et la connaissance pure.
Et pourtant, en face de la connaissance pure, la connaissance pratique subsiste, irréductible ; car l'action subsiste, ouvrière de l'intelligence verbale, sociale et scientifique, limitative du libre élan vital, enfermant dans les réactions des corps sur la matière et l'espace la durée spirituelle3. Et, comme nous employons à penser les formes de l'action, toutes les antithèses formulées se trouvent donc comprises dans une antithèse suprême, par laquelle s'oppose à la science, appliquée aux formes de l'action et de la matière, la métaphysique, insérée, par l'effort de la réflexion et par la torsion du vouloir sur lui-même, dans l'élan de la vie et la durée du devenir pur4. Et le destin de cette métaphysique de la durée, s'oppo-
i. Matière et mémoire, chap. m.
2. Introduction à la métaphysique, — Evolution créatrice, chap. iv.
3. Matière et mémoire, passim. — Evolution créatrice, passim.
4. Introduction à la métaphysique. — Evolution créatrice, chap. m.
sant à l'illusoire métaphysique que les Grecs calquèrent sur la science de l'immobile, sera précisément de s'opposer par là, consciente en leur flux même et de la mobilité et du changement, à la science spatiale qui dénature par ses symboles et le changement et la mobilité l. Et c'est pour cela que, intuitive et intérieure aux êtres, dégagée de tout symbole, étrangère par son intériorité même, qui lui fait saisir les durées autres comme intériorisées dans la durée personnelle, au morcellement des clairs concepts sociaux2, la métaphysique progressive, délivrée des irréductibles oppositions que créait seul entre les écoles adverses le maniement social des concepts, pourra amener l'esprit, libéré du fantôme spatial, à cette dilatation sans mesure qui lui permettra enfin de se transcender lui-même et de coïncider avec le principe de la vie3.
Cette suprême antithèse dont les deux termes sont irréductibles souverainement, puisque l'effort même de la science pour se saisir de la durée n'a pu aboutir qu'à un indéfini morcellement statique de la durée qui s'écoule4, n'est que l'expression dernière et totale de l'antithèse par laquelle s'opposaient la science et l'art. Et le privilège formulé ici de la métaphysique, dégagée des symboles, sur la science,
i. Évolution créatrice, chap. iv. — La perception du changement.