Le rire, chap. ni
sera donnée1. — De là une neuvième opposition sortira inévitablement : la pensée conceptuelle et verbale, toute spatiale et matérialisée, s'opposera, sous le nom d'intelligence, à la pensée intuitive, « qui se passe de concepts et de symboles », progresse dans la durée spirituelle, saisit en eux-mêmes le changement et la mobilité et, sympathisant de l'intérieur avec les êtres qui durent et deviennent, donne des coups de sonde dans l'absolu2 ; d'où il suit que, de ces deux termes antithétiques, Y intuition, effort libre d'une pensée vivante et individuelle et de qualité artistique, sera bien le terme privilégié3. — Mais le sacrifice habituel de la pensée vivante à la pensée verbale est l'œuvre des besoins, si c'est bien aux exigences de la pratique que l'on doit rapporter les tendances géométrisantes et la spatialisation, et si la méconnaissance et la stabilisation intellectuelles du mobile et du changeant résultent bien aussi des commodités symboliques de l'action + ; d'ailleurs, entre la mémoire spirituelle qui rêve et n'oublie rien et « la matérialité » du corps agissant « qui, selon le mot de Ravaisson, met en nous l'oubli », un contraste s'affirme5 : une dixième opposition se déclare, dès lors, impliquant les neuf précédentes entre l'action
i. Essai... y chap. n.
2. Introduction à la métaphysique (Revue de métaphysique et de morale, janv. 1908). — La perception du changement.
3. Introduction à la métaphysique. — L3 intuition philosophique. 4- Evolution créatrice, chap. ni et iv.