‹ L'intuition bergsonienne [microform]Chapitre 29 sur 35 · I. Voir la noie ci-dessus · texte numérisé non relu

I. Voir la noie ci-dessus

L'UNITÉ RADICALE DU DEVENIR

goureuse des identités inertes de la résistance spatiale et matérielle ? D'où il suit que l'intuitive contingence et l'intuitive évolution, bien qu'elles semblent

embrasser en leur création totale, négative de tout néant, la matière elle-même, spiritualisée, laissent échapper, réiractaire, le principe négatif et nécessaire et inerte de toute résistance, par quoi la matière, non spiritualisée mais à toute spiritualisation hostile, semblait dès l'abord irréductiblement définissable. Et que, par l'intuition même, la conquête du devenir radical par l'intuition définitivement réalisée se trouve ainsi mise en péril, la nature de l'intelligence le confirme, si, orientée vers l'espace, et de géométrie naturelle comme lestée, l'intelligence, en ses démarches, se témoigne inerte cl de nécessité éprise et de toute création ennemie, donc en cela résistante vraiment à l'efl'ort libérateur et comme matérialisée elle-même.

Ne semble-t-il pas, dès lors, que l'opposition, analytiquement dernière, que nous signalions à la fin du précédent chapitre, soit réellement insoluble, et qu'entre la création spirituelle, qui doit tout comprendre en son libre progrès, et la résistance matérielle, qui, domptable peut-être par l'esprit, se révèle partout et dès le principe contre l'esprit, l'antinomie suprême soit décidément irréductible* ?

I. On retrouve donc ici, comme concentrées en cette opposition entre la création spirituelle et la résistance matérielle, les antithèses que notre premier chapitre avait dialectiquement Formulées et que notre deuxième chapitre avait travaillé intuitivement à résoudre.

A cette antinomie suprôme, qui oppose ainsi la matière à la contingence et l'intelligence à révolution, une seule réponse est possible : le principe de la résistance et TefTort créateur ne s'opposent pas entre eux comme deux contraires dialectiques, mais comme les deux aspects inversement donnés dans une même intuition. C'est donc à l'immédiate connaissance que l'on demandera ici encore de nous faire vivre l'unité radicale. Si, dans la perception, non pure mais consciente et contractée par la mémoire, nous saisissons comme en sa genèse Téparpillement matériel et immobile de la qualité, nous y sentons aussi la continuité, fluide et comme ramassée en son écoulement personnel, de la qualité qui devient. Et si, dans le souvenir, nous saisissons, vivante, l'évolution personnelle du passé irréversible, nous y trouvons aussi, comme à sa naissance, la banale expansion, en un passé impersonnel, des réversibles identités. Et cette même intuition, qui nous livre ensemble, comme inverses, la qualité détendue vers l'espace et la qualité que la durée contracte, nous livre par là même, comme inverses, le souvenir que la durée ramasse vers l'action et le souvenir que vers l'espace l'intelligence détend et matérialise. Si donc, mémoire grossie et tendue vers les créations nouvelles, l'univers qui change est une durée et une vie, l'intuition de

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notre durée vivante nous révèle, comme intuitivement, ce qu'implique la durée de la vie totale, création et résistance tout ensemble par l'inversion d'un «reste. Et si le ffeste spirituel de la vie est une évolution qui crée du nouveau, le geste inverse de la vie est donc une intelligence qui immobilise des identités. Mais si le geste créateur de la vie est une liberté spirituelle, le geste inverse de la vie est donc un éparpillement en matière et en nécessité. Si, enfin, le geste direct de la vie est solidairement évolution et esprit créateur, le geste inverse de la vie est donc solidairement intellectualité et matière*.

Il semble, toutefois, que cette création et cette résistance solidaires l'une de l'autre aient beau se produire en l'unité d'un môme acte, si, étant inverses Tune de l'autre, elles ne peuvent s'opposer dans cet acte que par une difTérence de direction vraiment irréductible. Puis, l'intuition que nous avons de notre durée propre a beau s'enfler pour rejoindre

I. Que le secret de l'unit*^ Fondanieiit:«le, en ce qui regarde les deux termes de rantinoniie formulée, nous soit donné sans doute par l'intuition qu'en nous réalisent et la perception consciente et la mémoire agissante, c'est là ce qui nous paraît ressortir des analyses de M. Bergson au sujet de la solidarité entre la perception et la matière, d'une part, entre la matière spatiale et l'intelligence, d'autre part, enfin entre la perception matérielle et l'intelligence scientifique de la matière. Les idées intuitives de icnsion et d'extension, solidaires à leur tour, nous semblent symboliquement expressives de l'unité des deux tendances. Ce qui rend peut-être la question obscure, c'est le rapport complexe des ternies que l'on oppose de la sorte, à l'ac//o/i.

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la vie totale : notre vie est déjà, ainsi que toute forme de vie partielle, comme partagée entre les deux directions ; si elle monte et progresse, elle est alourdie en son eflort spirituel, et dès Torigine, par le poids qui retombe. Vainement donc essayerionsnous, au cours de l'évolution vivante, de saisir entre les deux tendances adverses le rapport qui radicalement les unifie ; c'est au principe radical de la vie universelle qu'il faut se replacer pour saisir, en ce rapport, cette unité première. Mais il n'est guère malaisé do se replacer ainsi à Torigine ; et Ton n'a pas besoin, pour y parvenir, d'une démarche dialectique, [)uisqu'en cotte démarche décisive c'est encore l'intuition personnelle qui nous donne la décisive réponse. Car notre vie partielle est distincte, sans doute, trompée qu'elle est par l'ollort do l'esprit sur la matière résistante, des autres vies partielles ; mais l'ofTort spirituel qui l'assure n'est pas seulement notre elfort : il est comme l'ébui miiversel de création, alourdi et retardé en nous par la forme même de notre vio. Tondus en notre vouloir et en notre passé, pour ramasser dans notre acte nouveau tout notre caractère et les puissances prénatales qu'il porte en soi, nous sentons on nous s'allirnior par l'acte nos propres puissances créatrices ; mais nous sentons, en ce jaillissement morne do notre génialité, le jaillissement oénial qui nous inspire, le courant de création qui nous traverse et nous entraîne '. Et,cer-

I. Au sujet du rapport entre cette Idée bergsonienne du « courant

tes, une telle expérience de la vie originaire et dynamique où notre vie se trouve immergée ne se réalise pas en tous les instants de notre durée personnelle. Presque toujours détendus de notre effort et absents de notre acte, nous travestissons matériellement, en automatisme spatial ou bien en déroulement intellectuel d'identités, notre puissance créatrice et notre évolution réelle. C'est dans les moments intuitifs, où nous agissons et pensons vraiment, que, soulevant, parce que soulevés nous-mêmes, le poids qui nous détend par sa chute, nous percevons, dans notre vouloir vainqueur, le jaillissement premier du vouloir et de la vie. Et cette expérience décisive, bien qu'elle ne réalise pas en notre acte, de faç(m entière, l'abolition de la résistance, nous laisse toutefois saisir, dans lo dérobement de celle-ci, la primauté essentielle de l'élan créateur'. Mais si les seuls moments intuitifs nous révèlent ainsi la puissance spirituelle immanente, la nouveauté géniale de chacun de ces moments, où notre devenir s'adirme en sa liberté, nous révèle l'indéfinie fécondité de ce jaillissement de création. Ce n'est donc pas à l'origine première et abolie désormais du lancement de la vie que nous reporto, comme si, amassant on sa démar-

de création qui nous traverse » et la doctrine classique de l'iramanentisme, nous nous expliquerons dans notre cinquième chapitre.

I. Il ne peut s'a^nr, en effet, pour affirmer l'unité radicale, de nier dialectiquement et la résistance et le « poids mort » ; il suffira de montrer, intuitivement, dans l'acte créateur, la ^-enèse de la résistance.

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che rétrograde les stériles suffisances analytiques, elle nous ramenait, par voie dialectique, à un passé mort, une démonstration par les causes efficientes. Et ce n'est pas à une intelligence ouvrière que nous fait remonter, comme si, assemblant en son imitation inerte de la fabrication matérielle les pièces toutes données d'un jeu de patience, elle nous ramenait, par voie dialectique toujours, à la connaissance préalable d'un futur implicite, une démonstration par les causes finales. L'intuition agissante qui, dans la durée progressive, nous fait vivre une création réelle, nous révèle, sans dialectique, en la continuité d'une mémoire où le passé ne saurait mourir, œuvre imprévisible d'artiste et non travail prévu d'artisan, l'invention réelle et jamais sommeillante d'une supraconscience créatrice et inlassable'.

Et, c'est l'intuition également qui nous fait saisir, dans notre acte, l'inversion du geste créateur, par où la résistance matérielle se trouve engendrée. Si, au lieu de tendre son vouloir et de violenter ses sou-

I . II semble que, sur ce caractère inluss;ible de la supraconscience créatrice, il y ait eu un développement de la pensée bergsonienne. On a pu relever, dans VÉvolution créatrice, certains passages où l'impulsittn créatrice apparaissait comme une puissance limitée et même économe. Au contraire, la récente c«»nférence de Birmingham {Life and Consciousness) semble faire de la création, décidément triomphante de la matière, une œuvre inépuisable. Et cette extension sans limites est en rapport avec le développement des vues bergsoniennes sur la personnalité et l'immortalilé consciente, nous dirons même sur la spiritualité. Au reste, n'y a-t-il pas une anticipation de ces vues nouvelles dans V Introduction à la métaphysique ?

venirs pour les fondre ensemble, les adapter à l'exigence du moment et les couler dans la perception actuelle, la conscience personnelle relâche son effort et laisse aller sa mémoire, elle se sent comme dispersée par cet abandon, au terme duquel elle devine les immobilités spatiales dans les inactions du rêve. Et n'est-ce point roilice môme du comique de nous faire éprouver, dans l'abandon de notre libre vouloir, l'invasion de l'automtbtisme qui, risiblement, se plaque sur notre vie désormais régressive ? Mais le courant fluide de la vie consciente qui, par un élan intérieur, l'achemine intensément vers les imprévisibles nouveautés de l'acte libre, ne se répand-il pas, oublieux de sa propre direction et de la mobilité qui lui est inhérente, en une conscience éparpillée et spatiale des motifs figés qui nous répètent et nous déterminent ? Et n'est-ce point le propre de toute conscience, alors (jue, attentive à la vie, elle va dans le sens de l'action, que de se doubler, ainsi que d'une ombre prôte à l'offusquer, d un souvenir inutile et dont la loui'de résistance s apprête inortement à la détacher de son acte .' Le rêve qui nous menace, l'automatisme qui nous mécanise, le déterminisme qui nous fixe, le ouvenir qui nous stupéfie, tout cela n*est-il point, inclus dans notre élan, le geste qui retombe ? Si donc, au principe môme, toujours tendu en son acte, des créations dans la durée, nous devinons comme le libre vouloir d'une supraconscience, l'opération ne va-t-elle point se distraire d'elle-même et prendre corps en un souvenir, l'élan imprévisible Sfgond. — Inluit. 6

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qui se dépasse lui-même ne va-t il point se fixer dans le déterminisme de son œuvre, la vie qui progresse ne va-t-elle point s'établir en un mécanisme d'identités, la mémoire qui s'eiTorce ne va-t-elle point se détendre, comme se rêvant elle-même, en une solidité spatiale qui l'immobilise ? Que notre création consciente, dont l'élan inspirateur dérive du vouloir universel, rencontre une résistance, et, entravée par elle, y découpe, par la simplicité de son acte, les (ormes où elle s'incarne; la création supraconsciente, élan universel, va donc constituer, pour réaliser en o'uvre son acte simple, la résistance elle-même où les formes naîtront, c'est-à-dire la spatialité inerte et la matière \

,. Parcelle inlerpn^tallon du « çesle inverti », nous voudrions rendre sensible l'nnllé roucière de la tension et de la détente, de la création jaillissante et de l'œuvre fixt^e. L'expression finaliste, que nous n'avons pu éviter d'ailleurs, est toute symbolique, ainsi que la « leudanee à 1.. vision » dont Vlh^olution créatrice déveb.ppe le projrrès. Il est inconteslable, ainsi que M. Bert'son l'a maniné neltenient lui-nu-me, que cette lyenèse de la résistance matérielle, envisagée comme une détente et une sorte de cbnte, rappelle et la procession plotinienne et la métaphysique de M. Kavaisson : « Il semble , lit-on dans le Rapport. « qu'on ne saurait comprendre l'oritîlne' d'une existence inférieure h l'existence absolue, sinon comme le résultat d'une détermination volontaire, par laquelle cette haute existence a d'elle-même modéré, amorti, éteint, pour ainsi dire, quel.iue chose de sa toute-puissante activité » (p. 2G2) ; et plus' loin ; « Ce que la cause première concentre d'existence dans son immuable éternité, elle le dén.ule, pour ainsi dire, détendu et diffus dans ces coiulitlons élémentaires de la matérialité, qui sont le teinps et l'espace » (ibhl.). Mais on remarquera cette essentielle différence que l'élan créateur de M. Bergson agit, mobile lui-même.

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Au lieu donc que, tendances Tune à l'autre étrangères, création et résistance s'opposentl'une à l'autre, irréductibles, c'est, au fover même des créations, la résistance que nous voyons naître, dans l'acte qui crée. Et par une intuition encore, celle que l'artiste réalise, nous pouvons pénétrer de cet acte créateur, qui par son œuvre semble à lui-même hostile, non l'intelligente finalité qui le dirigerait en l'anéantissant, mais l'innovation radicale et l'invention spirituelle, dont la simplicité, féconde inépuisablement, contient en soi, latentes, les multiplicités produites qui indéfiniment s'aligneront, inertes et ensommeillées, en chaînes de souvenirs. Si les formes que l'artiste ordonne ne sont autre chose que la fixation du mouvement qu'il produit, ce mouvement n'cst-il pas lui-même, en la matérialisation d'un geste, la résistance, matérielle déjà mais immanente, par laquelle l'élan spirituel se réalise ? Et c'est en vain que l'immobile multiplicité de la forme prétendrait immobiliser et diviser le mouvement qui l'enrrendra ; c'est en vain aussi que l'apparente finalité, par où le mouvement semble se déterminer en forme prévue, prétendrait développer fidèlement les intellioentes prédéterminations de l'élan inspirateur. Le mouvement développe le geste, et la forme arrête le mouvement ; mais l'élan simple du geste traverse le mouvement et inspire, mobile et nouveau toujours,

dans la durée, et que cette création « volontaire » ne procède pas d'une « détermination » finaliste.

la forme génialement produite. L'immobilité multiple de la forme et l'artificielle finalité d'un mouvement qu'elle achève ne sont, dans la détente du vouloir lassé, que l'éparpillement de l'élan sincère travesti en dessein par l'intelligence qui se souvient et la mémoire qui rêve. Ainsi, mais plus radical en son acte, l'élan universel, étranger aux desseins qui prédétermineraient son geste et stériliseraient son invention, développe dans la durée sans ellipse la simplicité toujours nouvelle de sa génialité inépuisable. Et cet élan qui, imprévisible, ne reconstruit pas, sagace etdéductif, une œuvre rationnelle et préconçue, s'exprimera toujours, par cela môme qu'il est inépuisable de fécondité active, en inépuisables séries d'ordonnances immobiles et d'ajustements rationnels'. L'o-uvre produite, dont la matérialité intelligible et les formes achevées ralentissent l'élan créateur et

I. Nous ne pn'teiuions point, par tous ces rapprochements entre tlivers piissajres «le l'œuvre ber^jsounlenue, avoir expli(Hi(^ analytiquenient et l'acte «le cn-ation et la résistance qu'îl porte en lui. Il y a là peut-ctre, inforniulable, le mystère même de l'œuvre ou Je l'action. Mais nous espérons avoir montré que cette unité première d'une (loul.lc HMulance, loin d'être une construction métaphysique, est bien, proloudément, une véritable expérience intuitive. Kt c'est pourquoi nous ne pouvons admettre que, trompés sans doute par l'iippareil su^^^îcstll' des imajjes, sur lequel pourtant M. Ber^rson s'est nettement expliqué, certains critiques i.lTectent de traiter sa pensée comme s'il s'agissait d'un poème. Et nous sommes surpris de trouver un ju{;emenl dédai{;neux île cet ordre, à propt»s du geste qui se défait, sous la pliimo de M. F»uiillée, si expert lui-même dans l'invention des sijrnlficalives alléjjories, ainsi qu'en témoigne son beau mvthe de Prométhée.

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semblent convertir le jaillissement primitif en un véritable effort de conquête, ne se matérialise donc vraiment en obstacle et ne s'hypnotise sur ses propres formes que par une sorte de distraction, oublieuse de l'élan même qui, simple et efficace, la constitue en un mobile devenir. Et le corps, instrument d'action spatiale et de choix, est-il autre chose, en sa matérialité diverse, qu'une coupe instantanée, et comme une mémoire solide, dans le devenir fluide et simple de notre action spirituelle ?

Nous pouvons pénétrer, dès lors, par l'intuition de notre spiritualité agissante, dans les eifusions spirituelles de l'action radicale et divine. Jaillissement continuel de nouveautés imprévues, mais flot continu de jaillissements qu'emporte, fidèle, le courant d'une mémoire où nulle création ne s'évanouit jamais, l'action divine s'éparpille en mondes ou en atomes; mais d'elle, féconde toujours, et nullement asservie aux identités conceptuelles d'une œuvre close, le geste nouveau s'exprime en nouvelles sommes d'atomes incalculés et en mondes nouveaux et imprévus. Immense symphonie qui, développant en notes et en accords inconnus jusque-là une inspiration simple et originale, livre aux formules des techniciens futurs l'àme informulée d'un Beethoven. Poème sans limites qui, répandant par les strophes,

les vers et les vocables, dont nul jusqu'alors n'avait eu le pressentiment, une éruption géniale et indivise, livre aux arrangements verbaux des linguistes futurs l'âme inexprimée d'un Homère. Doctrine aux perspectives sans bornes qui, déroulant à travers les thèses et les concepts dont la pénétration mutuelle ne s'était jamais encore atlirmée une intuition unique et indéfinissable, livre aux reconstructions éruditcs ou savantes des disciples futurs l'âme neuve d'un Berkeley ou d'un Spinoza. Vraiment spirituelle, l'action divine est comme Tefiort par lequel une pensée dynamique, concentrée en sa propre tension, se cherche à travers les images et les termes, consciente de ses virtualités indistinctes et de son inefTable richesse intuitive. Mais la spiritualité de cette action ineilable se marque surtout en ceci que, jamais éprise paresseusement delle-môme et surtout de son immobilité à la manière du Dieu aristotélicien, elle demeure action toujours et inquiète transcendance, et comme dilatation sans fin de sa propre victoire. En sorte que la montée même de la vie, dédaigneuse des vivants endormis qui se laissent river à leurs formes satisfaites, essayeuse déçue des formes souples par lesquelles s'allirme la mobilité vivante rusant avec la matière, créatrice enfin de l'homme par le machinisme de qui la matière sera domptée, n'est autre chose que l'ambition, vigilante et insatisfaite et souple et créatrice sans mesure, de la divine supraconscience. Et l'orientation de la vie, qui se révèle, conquérante, dans la destinée immortelle des dépas-

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sements humains, n'est autre chose que l'orientation vers la conquête sans terme des autonomes et progressives créations de création, par quoi se poursuit et s'affirme la destinée supraconsciente de la divine et inlassable transcendance. Et la joie de la vie, qui éclate dans l'elTort même de l'exaltation, marque sûre du triomphe de l'esprit, n'est autre chose que la joie divine de l'ambitieuse et autonome et transcendante spiritualité *.

Mais si, par l'intuition de notre durée que nous dilatons immensément, nous pénétrons ainsi les ambitions divines, en cet élan de transcendance qui nous emporte et cet océan de vie qui nous baigne et nous entraîne, en cette unité radicale qui, créant par la genèse même de la matière et de la résistance notre elTort et notre victoire ambitieuse, nous crée personne et esprit, en tout cela qui est supraconscience et absolu, saisissons-nous l'impersonnalité d'un vouloir universel et d'un pur devenir, ou bien l'autonome et personnelle action d'une éternité vivante ? A cette question répondent de façon dialectique les philosophies dédaigneuses de la durée ; niant la réalité profonde du devenir et concentrantla science dans une métaphysique intemporelle, que

, Ici encore, nous nous sommes efforcés, en rapprochant les intuitions éparses, de montrorsous l'aspect réel d'une vis.on dilatée cette unité spirituelle et divine qui, dans le raccourci de Lije and Consciousness, ou dans les discussions au sujet de la pensée cinématographique des métaphysiciens, pourraient apparaître faussement sous le jour dune doctrine dialectique.

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leur advient-il sinon de constituer en être universel la science parfaite divinisée ? L'éternité immuable qu'elles atteignent par là, identité abstraite qui s'oppose à l'abstraite poussière du pur phénomène, qu'est-ce autre chose sinon le concept figé d'une éternité de mort? L'intuition de la durée, telle que nous la vivons en notre elTort, nous livre une réponse bien difTé rente. Ne percevons-nous pas, dans les transpositions par nous réalisées du courant de nos souvenirs, les multiples tensions et les attitudes diverses que, plus ou moins énergique, notre vouloir agissant nous permet d'adopter tour à tour ? Et si, sur chacun de ces plans, la durée consciente s'organise en un rythme défini ; qu'est-ce donc que dilater sa conscience sinon multiplier les rythmes du devenir, s'initier aux tensions multiples, élargir avec la vie de notre mémoire Tintérieure sympathie pour les réalités vivantes qu'elle imite ? Que, par une torpeur croissante des souvenirs, la conscience détendue se laisse tomber vers les lentes vibrations que la qualité recèle, elle pressentira donc, sans sortir de soi, la durée infiniment lente de la matière. Que, par une compénétration croissante des souvenirs, la conscience tendue sans cesse davantage se hausse toujours vers les rapides courants de qualités pures, elle pressentira donc, se transcendant soi-môme sans sortir de soi, la durée infiniment rapide du devenir intégral, la supraconscience al)solue de l'éternité vivante V

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