‹ L'invasion; souvenirs et récitsChapitre 12 sur 16 · VILLERSEXEL · texte numérisé non relu

VILLERSEXEL

BiCIT P'UH KOBILI

Et d*abord, Je ne peux pas dire que j*ai fait la guerre. Je n*ai jamais été ce qu'on appelle un soldat. J'étais un paysan. On m'a pris un matin, au coin de mon champ, on m'a mis un fusil sur le dos et on m*a promené pendant des mois entiers, sur les grandes routes, avec l'estomac vide et des souliers percés. Je sais bien que les Prussiens ont été victorieux et que nous n'avons pas le droit de faire les fiers ; mais enfin^ si les Prussiens n'avaient pas vaincu d'autre armée que celle ofa j'étais, ils ne seraient pas retournés chez eux avec beanco'ap de gloire. Nous avons été battus par la misère, avant d'être battus par les Prussiens.

Mous sommes arrivés à Lyon dans les derniers jours de septembre. J'avais encofe ma blouse bleue et mon

chapeaa de paille. Dans les beaux quartiers, quand nous avons traversé la ville, on s'est mis à nous faire une fête, à nous acclamer, à applaudir, à agiter des mouchoirs aux ienètres. On criait : c Vive la France! Vivent les mobiles ! » C'était si fort que ça nous étonnait un peu de faire tant d'effet que ça. Alors, en passant, j'ai demandé à unbourgeois qui étaità battre desmains . sur le trottoir, pourquoi on était si content de nous voir, n m'a répondu : « C'est pas vous qu'on applau- » dit, c'est votre drapeau tricolore, parce que nous » avons le drapeau rouge à la mairie, et que ça nous » fait plaisir de voir l'autre. »

On nous envole dans un camp» près de Lyon, on nous met avec deux antres bataillons de mobiles pour faire un régiment de marche et on commence à nous éqoi per. De temps en temps on attrapait, celui-ci un pantalon, celui-là une paire de souliers. Enfin on prenait un peu l'air militaire. Nous sommes restés là pendant un mois.

Vers la fin d'octobre, un soir, à onze heures, on nous donne l'ordre de partir tout de suite et on nous conduit à une gare de chemin de fer. On nous met dans des wagons et nous y restons enfermés pendant trois heures. Après quoi, au milieu de la nuit, on nous dit de descendre et on nous ramène d'où nous venions. Ça nous avait faii marcher toute la nuit sous une ploie battante.

Pour nous expliquer ça^ nos officiers nous racontent que tout est changé, que les Prussiens arrivent sur

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