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villersëxel tan
cent à tirer plus juste sur la batterie. Cinq ou six de nos artilleurs sont renversés^ et ne se relèvent pas. Alors, l'officier qui commandait la batterie fait réatteler les chevaux aux pièces, appuie à droite et vient se mettre en position, juste en face de nous.
Nous avions un sergent qui connaissait son aflàire, qui avait été en Crimée, en Italie, au Mexique, et qui s'était échappé de Sedan. Il nous dit : c Gare à nous !
> C^ va chauffer, ils changent de place pour dérouter
> les Prussiens. C*est nous qui allons être les mar- » rons. »
En effet, ça n*a pas tardé. Les obus commencent à toaiber comme grêle à droite, à gauche, devant, derrière. Un quart d'heure après, il y avait une vingtaine d'hommes qui grouillaient par terre et qui criaient avec des bras et des jambes démoUs. Le général, qui passait par là, et qui avait entendu tous ces cris, arrive au galop et demande : « Qu'est-ce que c'est ?» On lui montre le tas de morts et de blessés, c Pourquoi avez- » vous laissé là le bataillon ? dit-il à notre commandant ; » quand la batterie a appuyé à droite, il fallait appuyer » à gauche. — Ah ! je ne savais pas, reprend le com- » mandant. »
Depuis ce jour-là, nous n'avons plus eu de confiance dans notre commandant. On l'aimait bien parce que c'était un brave homme et qu'il avait de la bonne volonté, mais on n'avait plus confiance en lui.
Enfin on nous fait faire le mouvement et on nous met à l'abri. Les Prussiens cessent de tirer. On nous
dit que ooas allons attaquer an gros village qu'on voyait près de là. C'était YillerseKeK Ma section est détachée en tirailleurs. Nous faisions une grande ligne d'au moins deux kilomètres. Le colonel arrive et crie : c En avant i vive la France ! » Le commandant à son tour crie: c En avant! vive la République I » parce que le colonel disait toujours : Vive la France ! et le commandant toujours : Vive la République ! Ils n'étaient pas d'accord sur la politique. Hais ça ne les empêchait pas d'avoir bon cœur toys les deux; et on était bien libre, après tout, de crier ce qu'on voulait dans des moments pareils. Et cependant, en y pensant, ca aurait peut-être mieux valu, si tout le monde avait crié la même chose.
Au moment où le commandant levait son sabre en l'air en criant : Vive la République ! une balle lui arrive dans la poitrine et le fait tomber de cheval. Nous continuons à marcher du c6té du village. Les balles nous sifflaient tout le temps aux oreilles. Je vpis des Prussiens avec des casques qui nous tiraient par les fenêtres. C'était la première fois que j'en voyais, et il y avait deux mois que qqqs marchions dans tous les sens pour en rencontrer. Nous allons toujours en avant, malgré les balles. On éUût bien entrain ce jourlà, on était vraiment content de pouvoir se dire: c Enfin nous misons autre ebose qae do crever, de faim > et de froid. Nous voyons des Prussiens et nous tirons » dessus. ]» I^e fait est qu'on leur envoyait des coups de fusil, et si dru, si dru, qu'ils commencent à sortir
des maisons et à se glisser le loi^g des murailles, courbés en deu)(. Les offidiers criaient toi^ours : « Eu avant ! En avant I > ]St nous entrons dans le village, et nons entrons dans les maisons, et j'ai la ebance de déniçber nn Prussiçp qni était o^ché derrii^re un tas de fagots. Il croyait appareounent que j'allf^is le tuer, car il lowHb^ à genoux, et il pie dit à mains jointes : < Pas > noal ! pai; pial I bpn Français ! bon Français ! » Je ne sa^s pas trop ce qui se serait passé, si j'avais été déniché par un Prussien derrière nn U9 de fagots, mais il me semble bien cependant que je ne me serais pas niis à genoux devant lui e{ q^e je ne Faurais pas appelé : c Bon Prussien ! i^
Pendant que j'étsiis oconpé à' faire mon prisonnier, voilà que la fusill^do qui ^'était calmée reprend presque aussi fort qa*avant. Les Prussiens i^'^vaient pas quitté le village et ils occupaient encore pas mal de maisons. Le reste de 1^ jq^rnée se passe h prendre ces maisons une i( une, et presque to\i^ le village ét^it à nous quand la nuit arriva, Seulement il r^t^t m U place une grande maison toute pleine de Prussiens qni avaient fait des trous d^ng le m^r et qui (liaient par là. Ils avaient barrics^dé I^ porte, O9 leur avait fait somma*tion de se rendrai et ils p'avftient pa^ voulu. Oa de^ mande des hommes 4e bonne yolonté pour aller brûler la maison et les Prus^ens ^vec? s'ils s'obstinent à ne pa^ sortir. J'y vais et de bon cmv parce que j'ai de la faaûUe 1^ Ë^i^pa^ny, d^^ C^uro, et que j'avais appris que la maison de ma tante avait été brûlée par les
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Prussiens, sans niot if, par pure méchanceté, et que ma tante, qui est une très-vieille femme, avait manqué rôtir dedans. Nous allions, avec des camarades, prendre de grands fagots sous un hangar ; nous ies mettions sur noire tête, nous traversions la place en courant et nous déposions nos fagots sous la porte cochëre. Les Prussiens, par ies fenêtres, nous tiraient dessus, mais au hasard, parce qu'il faisait noir coomie dans un four. Personne n'est blessé ; un sapeur du génie va mettre le feu aux fegots et la maison commence à brûler. Les Prussiens alors veulent se sauver par les fenêtres du rez-de-chaussée, et tous ceux qu'on ne tue pas, on les fait prisonniers.
Voyant le résultat, on trouve que le moyeu a du bon et une douzaine de maisons s'allument dans le village. La fusillade marchait toujours. On entendait crier les blessés, craquer les murs, les charpentes tomber, les tuiles dégringoler. Ça faisait un vacarme d'enfer. On était comme fou. On continuait à tirer des coups de fusil, dans la nuit, au risque d'attraper des camarades, ce qui est arrivé plus d'une fois. Enfin, le grand château, qui est au milieu du village, se met à flamber à son tour; mais il paraît que ce n'est pas nous qui y avon^ mis le feu ; ce sont les Prussiens, avant de se sauver. 11 nous arrive du renfort. Toutes les maisons sont occupées ou brûlées. Tous les Prussiens sont tués, pris ou partis. Nos officiers nous disent que nous av(His gagné la bataille. 11 était temps que ça finît, car voilà vingt-quatre heures que cela durait cl ou n'en pouvait
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pluzi. On soupe comme on peut. Nous nous couchons par terre dans l'église, pële-méle, Français et prisonniers prussiens. Il faisait un très-grand froid , et cependant j*ai dormi comme une marmotte, roulé dans une couverture.
Et les jours suivants, au lieu d'avancer, ou s'est arrêté^ et puis on s'est mis à reculer, à aller par ici, pur là. C'étaient les caravanes qui recommençaient. Cependant, jusque vers le 1 7 ou le 1 8, on s'est assez bien tenu. La cavalerie et l'artillerie prussiennes nous poursuivaient, mais nos canons répondaient aux canons de l'ennemi, et nous aurions pu encore nous battre un peu, si on avait voulu. A partir du 1 8, on s'est mis à marcher en désordre et aussi vite que possible du c6té de Besançon.
Et c'est pendant cette route qu'une nuit, dans le bois de Chagey, nous avons trouvé moyen de faire une bonne partie de rire. Nous étions buit ou dix, assis par terre dans la neige, autour d'un feu qui ne voulait pas flamber. Notre colonel allait et venait sur la route, très-vite, à pied, pour se réchauffer. Il était justement tout près de nous, quand arrive un jeune capitaine d'état-major... c Mon colonel, dit-il, pour protéger la > retraite, faites &ire tout de suite au régiment par le » flanc droit... ou gaudie... je ne me rappelle plus.. » mais ]e sais qu'il fmi se dépécher. — Capitaine, ré- » pond le colonel, vous uevhez vous rappeler ce que » le général vous a dit. Est-ce le flanc droit , ou le » flanc gauche ? Cesl très-important. — Ah I dame.
» répODd te capitaine, j'ai oublié, et pais qu'est-oe » que vous voulez ? je n'entends rien à toat ça. J'étais » avocat avant la guerre. .. Ce que j*en fais, c'est par » complaisance. »
Alors, pendant que le colonel et le capitaine se mettent à se disputer, voilà que nous commençons à ooos interroger sur ce que c'est au juste qu'un avocat. . . Et un de nos camarades, pour nous expliquer ce que c'ese, nous raconte une histoire qui était à mourir de rire : on lui avait volé des poules une nuit, alors il avait soupçonné un de ses voisinsi il lui avait intenté un procès ; il avait fait marché avec un avocat à vingt francs si le procès était gagné, et k dix s'il était perdu ; à la fin, il avait donné des coups à l'avocat et il avait en an autre procès pour l'avoir battu... etc., etc.. Je ne vais pas vous raconter ça eo détail, parce que ça n'a aucun rapport avec la guerre, mais c'était tout ce qu'on peut imaginer de plus comique, et ce qu'il y a de sûr c'est que nous en avons bien ri... Nous étions étonnés noas-mémes d'être si gais que ça dans des moments pareils.
C'est tout à fait k la fin de Janvier que nous sommes entrés en Suisse, toujours avec les Prussiens sur nos talons. Nous avons traversé une grande forêt de sapins, et nous sommes arrivés k un petit pont en pierre, qui passait sur on torrent. C'était la frontière. De l'autre côté du pont, il y avait un petit poste de vingt soldats suisses avec de grandes capotes grises et de grosses guêtres de drap... Gomme il$ étaient chaudement ha-^