GRAVELOTTE
mourir pour son propre compte qu'on s'habitue à la mort des autres.
A trois heures, nouvelle vente aux enchères. C'est la vente des chevâux de prise qui appartiennent h l'escadron. Nous avons pour notre compte une dizaine de chevaux prussiens. Le prix minimum est fixé à 50 fr. Les plaisanteries, cette fois, sont tout à fait de saison et vont comme un feu roulant.
CagliostrOy des écuries du marquis d'Hertfort, 11 ans 1/2, se monte et s'attelle, hautes actions, 83fr.76.
Amusette^ jument de pur sang, par Monarque et Hollande, appartenant à madame X..., de Paris, 7 ans, 117 fr.
Bismarck, cheval de berline dépareillé, hors d'âge, provenant du haras de Warzin, 62 fr.
On nous présente un cheval de uhlan ; il monte tout de suite à 1 40 fr. Je dis à mon camarade M.. . : « Achète » donc ce cheval ; il est un peu étroit du devant comme » tous les chevaux allemands, mais il a de la taille, un » beau mouvement d'épaule, il sera superbe quand tu » l'auras remplumé. » M... ajoute cent sons, on lui adjuge la béte et, le lendemain, sur ce cheval prussien, il était tué devant Sainte-Marie-anx-Ghénes.
De ce qui se passe autour de nous, nous ne savons rien, absolument rien. Nous sommes occupés à reformer le régiment, à resserrer les rangs. On répare le désordre de la tenue, on reprise les habits déchirés et tailladés par les lames prussiennes, on rajuste les barna-
cbeiuents, comme on peat, avec des lanières de cair et des bouts de ficelle.
Le soir, de très-bonne heure, on se glisse sous les tenies. A. une heure dn matin on crie : Aux armes ! Alerte sdneuse. Les redettes n'avident, hélas ! que trop Uen vu. Les bois qni nous eniuuraient se remplissaient de Prussiens. Pas d'ordres. On ne bouge pas. La nuit est chaude, étoiiée. Le clair de lune admirable. On rentre sons les tentes, à deux heures du matin, mais tout habillé...
A neuf heures dn matin, ordre de tenir les cbevâDX sellés, chapes, sans abattre les tentes. On déjeane en hâte. J'avais floi de manger et je fumais un cigare, assis sur le bord d'un fossi^, quand, à travers la légère fumé« d'une bonfTée de liibac, je vois un petit nuage blanc, au niveau de la crête du bois de Lacusse, qui était en face de nous. Une détonaliou se fait entendre, et, en m£me temps, un obus éclate à quatre pas de moi, atteint en pleine poitrine le brigadier sellier et le blesse giièvement. Grand désarroi parmi les trois on quatre ouvriers selliers qui, groupés autour du brigadier, assissur leurs talons,travaillaient ii raccommoder les selles endommagées de la veille.
Après ce premier obus, un second, puis nn troisième, puis une véritable grMe de projectiles. Le clochiT d' Aman vil lers prend feu. On n'a que le temps de iliilacliiii' lo.^ cuevaux, de sauter en selle et de se former en baiaillu un avant du front de bandière. Les hommes, a piud, sous une pluie de projectiles, essayent d'en-