A un ami qui est au bagne
Pourquoi ne penseriez-vous pas que vos peines ront finies? Trente ans se sont écoulés depuis que vous avez demandé à Dieu de tant souffrir. J'imagine, je ne sais pourquoi, je suppose que vous avez alors stipulé une durée de trente ans de tribulations ou que si vous ne l'avez pas stipulée, Dieu l'a entendu ainsi. Alors persuadez-vous que tout va vous devenir lacile et favorable, ce qui paraît avoir commencé. . .
A Henry Houssaye :
Cher monsieur, je lis passionnément votre troisième vokime (1815, La 29 Abdication) reçu, il y a quelques jours. J'aurais voulu ne vous en écrire qu'après lecture complète. Impossible. Vous êtes tombé en pleine correction des épreuves de mon prochain livre devant paraître en mai; Quatre Ans de Captivité à Cochonssur-Marne. Vous estimerez peut-être qu'on a rarement vujun homme gifler ses contemporains en aussi grand nombre, avec tant de constance et d'une main plus valide. Pour parler la langue de Montmartre, c'est le livre de quelqu'un qui en a tout a fait soupe. Certains/.pourtant, sont épargnés, même à l'Institut, et vous êtes parmi les exceptions. En attendant qu'aprèspeclure et relecture de la Chute du premier Empire, j'écrive spécialement sur vous, vous ê'es plusieurs lois et très-honorablement nommé à propos du grand homme qui remplit beaucoup de me? es...
20. — On me dit que les chapelains du Sacré- Cœur ont peur de moi. Situation étonnante et un peu comique. Moi qui ne demande qu'à les admirer !
23. — Visité avec Rouault le Salon des Indépendants. Fatigue et ennui. Ces expositions attestent, une fois de plus, V affaiblissement de la Raison, la maladie dont on meurt. Peinture épouvantable. Rouault et Desvallières, gens d'un talent très-certain, ont envoyé des esquisses offertes au public comme œuvres finies. Pourquoi cette imposture qui les accable? J'ai beaucoup demandé ça à Rouault qui n'a pas eu grand'ehose à me répondre.
Avril
2. — Employé misérablement la journée entière à lire le roman de Tailhade (Fernand Kolaey); Le Salon de Mmû Truphot, honteuse défiguration caricaturale du Désespéré. Jamais on ne lira rien d'aussi bas. Le cyclope, une fois de plus, m'honore de ses injures. Je ne crois
pas, cependant, avoir perdu tout à fait mon temps. C'est quelque chose de savoir exactement où se trouvent les latrines dans la maison des lettres.
6. — A mon ami l'abbé Purgatoire, du diocèse de Meaux : « Les Cochons paraissent dans un mois. Le boudin sera pour rien, cette année. »
9. — Épreuve du chapelet quotidien à la Basilique... Recueillement impossible avec les prétendues adoratrices, qui bêlent ou roucoulent des prières en français, tous les quarts d'heure, devant le Saint Sacrement éternel... [Le reste a été malheureusement supprimé, pour complaire à une personne beaucoup trop miséricordieuse.]
16. — Paradis terrestre. Il faut toutes les souffrances de Jésus et toutes les noires pour reconstituer le Paradis.
C'est aujourd'hui le Dimanche des Rameaux. Je conduis Madeleine à la grand' messe. Patience de cette aimable enfant qui peut se tenir tranquille deux heures.