‹ L'Invendable ... 1904-1970Chapitre 25 sur 64 · Au poète aveugle Emile Godefroy · texte numérisé non relu

Au poète aveugle Emile Godefroy

... J'ai pensé à vous, plus d'une fois, votre visite m'ayant laissé fort mélancolique. Vous vous étiez dit « désespéré » et moi, l'optimiste incurable du Désespéré, je me suis reproché de ne pas vous avoir répondu ce qu'il fallait. Oh ! c'est bien simple. A votre place, n'espérant plus rien des hommes, j'aurais cherché le miracle. Je dis à votre place, exactement, me supposant dénué de foi autant qu'on peut l'être. Alors, ayant beaucoup entendu parler de guérisons miraculeuses en un certain lieu, il me serait venu dans l'esprit que, peut-être, je ne sais pas tout et que, précisément parce que je n'ai pas un atome de foi religieuse, il se pourrait que je fusse une excellente matière à miracle.

Il n'y a que deux sortes de guéris à Lourdes : les croyants que la foi transporte ou les impies déclarés. Les tièdes sont invariablement vomis. Je crois donc, mon cher Godefroy, que vous êtes désigné et que ce serait un beau poème.

Vous diriez: — Me voici, Mario. Je ne vous crois pas la Mère d'un Dieu dont l'existence me paraît indémontrable et, par conséquent, je ne crois pas à voire pouvoir de me guérir. Mais, en môme temps, je sais que je suis un pauvre homme et qu'il se pourrait bien que je fusse aveugle de toutes les manière?. Je suis donc venu simplement, comme un enfant malheureux, pour que vous fassiez éclater en moi votre pouvoir, si ce qu'on dit de vous est la vérité.

Et voilà tout... J'espère que vous voudrez bien ne voir en cette letlre que ce qu'il y a réellement, une démarche très-affectueuse.

Lettre d'un inconnu de la Haute-Vienne dont je n'ai pu déchiffrer le nom. Il dit m'aimer et me demande je ne sais quoi.

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