Nous voyons dans le fait de l'Encycli
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que, publiée pendant notre séjour à la Salette, une coïncidence extraordinaire. Notre sort semble lié à celui de l'Église et c'est à la Salette que nous le voyons.
Incident non moins extraordinaire, et assez angoissant. Nous apprenons que l'Eau de la Fontaine miraculeuse diminue et que cela ne s'est jamais vu. Tarira-t-elle, si la basilique est fermée, si tout est détruit ici, comme c'est à prévoir ?
On m'offre des journaux aussi intéressants que Y Univers ou le Peuple français, ou bien encore la Croix de V Isère, les seuls qu'il soit possible de se procurer ici.
Réponse : « Quand je veux savoir les dernières nouvelles, je lis saint Paul ».
19. — Dimanche. Une pancarte affichée à la porte de la boutique des objets de piété informe les passants que le bazar n'est ouvert, les dimanches et jours de fêtes, que pour les pèlerins qui ne peuvent absolument pas acheter un autre jour.
Cette boutique se dresse juste en face du lieu où la Sainte Vierge en pleurs est venue dire que la profanation du dimanche était une des
« deux choses qui appesantissaient tant le bras de son Fils ». Absolument! Personne ne semble remarquer la dérision de cet adverbe. Du temps des missionnaires, le comptoir était tenu par des religieuses.
[Voir sur ce point mon récent livre: Celle qui pleure, p. 167.3
Jeanne prenant en pitié les deux pauvres femmes qui font le service de la table d'hôte, les aide à laver la vaisselle, chose dont aucune pèlerine jamais ne s'avise. Ces malheureuses sont ainsi accablées littéralement pour un salaire que j'imagine dérisoire. La plus âgée disait son chagrin de ne pouvoir assister à la grand'messe.
Distinction entre le précepte et le conseil. Réponse à ce sophisme : « Le précepte, c'est ce qui ne gêne pas, le conseil, c'est ce qui gène ». Limite ad arbitrium.
20. — Un jeune séminariste, ami des Termier, qui me connaît par mes livres, me découvre ici. J'apprends que je suis l'objet de bavardages et de calomnies, car ces ecclésiastiques ne sont pas des hommes. Il paraîtrait que j'ai demandé l'aumône avec cynisme et que je suis, au fond, une canaille. Le supérieur a dénaturé mes pro-
pos, odieusement, par pure malice. J'apprends plusieurs autres choses qui me donnent l'idée dune congrégation d'imbéciles et de goujats. Juste le niveau des missionnaires leurs prédécesseurs, de puante mémoire. Dieu, qui va les disperser, sait ce qu'il fait. Leur idéal, c'est l'Académie, littérairement. Religieusement, c'est Tartufe.
21. — Fait peu connu. Il existe une gare à la Salette, une gare terminus. C'est le dessous de cette espèce d'esplanade à gauche de la basilique. Le dernier supérieur des missionnaires, paysan avide et retors que j'eus l'honneur d'engueuler avec une incomparable véhémence, en 1880, avait conçu le projet d'une voie ferrée dans les montagnes, venant aboutir à cette gare, en passant par un tunnel, au-dessous du Lieu de l'Apparition. Il fallut y renoncer, faute de millions. La profanation eût été énorme, mais on espérait un profit plus énorme encore. La gare avait cet objet spécial d'amener les pèlerins jusqu'à l'hôtellerie où on les eut immédiatement enfournés, sans crainte des concurrences possibles.
Vu l'incendie d'une montagne voisine, le feu
descendant peu à peu vers la vallée. Fumée dans le jour, flammes dans la nuit. Spectacle banal, me dit on.
22. — Le petit abbé continue d'être ma seule ressource parmi les crétins ecclésiastiques de cette montagne. Je pense avec douceur à notre départ, dans deux jours.
Farce très-spéciale. Un chapelain ordonne, du haut de la chaire, à tous les pèlerins, de promettre solennellement l'abstinence, la prière matin et soir, la sanctification du dimanche et le respect du Nom de Dieu. Cette promesse doit se faire en levant la main, comme chez le juge de paix : « Pèlerins, promettezvous? » Tout le monde beugle: « Je promets ». La honte m'a paralysé.
Combien d'autres choses me déplaisent ou me dégoûtent I Exemple, le Magnificat coupé, entre chaque verset, par je ne sais quel refrain en français...
Idée d'un pamphlet contre l'Académie : Le cimetière des Immortels.
23. — Jeanne se promenait avec les enfants. Des pèlerines venues d'Avignon s'approchent
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et louent la beauté des enfants, félieitant la mère d'être leur femme de chambre. Averties dô Terreur, il leur arrive, comme à tous les gens du Midi, d'aggraver aussitôt leur gaffe, en cherchant à la réparer, ce qui procure un peu de gaité,
24. — Long et dernier entretien avec le petit abbé qui meurt de tristesse dans ce milieu et qui va être expulsé du séminaire pour délit d'intellectualité.
Réglé notre compte. J'obtiens une réduction de 40 francs sur le -prix énorme de 300 pour quinze jours. Ils n'ont pas osé se montrer sordides jusqu'au bout et Péconome n'a pas manqué de me mettre en garde contre mon ami le petit abbé. Ce monde ecclésiastique est hideux.
25. — Avant le départ, monté, une dernière fois, au petit cimetière où gisent les rellquiœ lamentables de mon cher abbé Tardif de Moidrey qui me conduisit à la Salette en 1879 pour y mourir trois semaines plus tard, en me laissant orphelin.
Les derniers jours de ce prêtre de Marie furent amers, combien amers! Personne, excepté moi, ne l'a su. Le chagrin de ne pas voir
triompher laSalette et le spectacle incessant de la médiocrité sacerdotale rongeaient son cœur et causèrent en partie sa mort.
Combien, pourtant, il était loin de savoir toute la vérité, si cachée alors et si mal connue depuis. Les plus énormes iniquités, d'ailleurs, n'avaient pas encore été commises ou l'avaient été trop récemment et avec trop d'artificepour qu'il en eût le soupçon. Il lui suffisait de voir la Saie lie méconnue et les missionnaires infiniment au-dessous de leur tâche.,.
Adieu donc à ce cher petit cimetière, à cette basilique douloureuse, à ce chemin de croix serpentin qui trace et délimite exactement la Procession de Notre Dame des Menaces... Incertain de revoir jamais tout cela, je tâche d'en fixer en moi les images.
Voici l'aurore. Le sévère Obiou et les monts chauves qu'il garde, se teintent de rose. Une opale infinie remplit l'espace. Enchantement de quelques minutes, après quoi le terrible soleil criblera tout de ses feux. Je m'arrête encore t^ut près de la tombe de celui que j'ai aimé et je pense à l'avenir effrayant — inimaginablement, indiciblement effrayant — qui a déjà commencé.
On n'a pas l'air de savoir ce que c'est que soixante ans. Je le sais un peu, étant né Tannée même de la Salette, exactement soixante-dix jours avant l'Apparition. J'ai des contemporains qui sont des vieillards. Or je tétais pour longtemps encore, lorsque Marie déclara qu'Elle « ne pouvait plus retenir le Bras de son Fils». Naturellement on s'est attendu à des malheurs fracassants, à des catastrophes étourdissantes. On a môme cru que 1870 suffisait, comblait la mesure de la Colère.
Nul ne s'est dit qu'il se pourrait qu'il y eût autre chose que le foudroiement, car enfin c'est insupportable à la raison, ces menaces tellement précises qui ne s'accomplissent pas, alors surtout que rien n'a été fait pour en détourner l'accomplissement, et le mal qu'il fallait punir s'étant, au contraire, immensément aggravé. Il y a autre chose, assurément, et c'est épouvantable d'y penser.
Si on était mort déjà, vraiment mort et qu'il ne restât plus qu'à être enfoui comme des charognes ! Terrible vision ! Plus terrible pensée ! Il y a, dans Edgar Poe, une démoniaque et intolérable histoire. Celle d'un moribond, magnétisé volontaire, in articule* mortis. Tentative
soi-disant scientifique substituée au sacrement de rExtrême-Onction ! Le sujet meurt endormi. Sept mois s'écoulent. De temps en temps, le magnétiseur l'interroge et reçoit la même réponse formidable : « Je suis mort! — Je vous dis que je suis mort!» A la fin.il se décide à le réveiller et voici les dernières lignes de cette hideuse et stricte parabole de l'enfer, évoquée en mon esprit par le sommeil incompréhensible de la France, depuis soixante ans:
... Quant à ce qui arriva en réalité, aucun être humain n'aurait jamais pu s'y attendre ; c'est au delà de toute possibilité,
Comme je faisais rapidement les passes magnétiques à travers les cris de : — Mort ! mort — qui faisaient littéralement explosion sur la langue et non sur les lèvres du sujet, — tout son corps — d'un seul coup, — dans l'espace d'une minute,et même moins, — se déroba, — s'émietta, — se pourrit absolument sous mes mains. Sur le lit, devant tous les témoins, gisait une masse dégoûtante et quasi liquide, — une abominable putréfaction.
Retour à Varces où l'hospitalière maison Termier nous attendait à la fin du jour. Tel a été ce pèlerinage, très-dur pour moi et rarement adouci par des mouvements de ferveur sensible,
- — rendu méritoire tout de même, je veux l'espérer, par un cinquantième de résignation et de bonne volonté.
26. — Chaleur horrible. La végétation meurt et les bêtes agonisent. Mais quelles soirées hors de la maison, dans ce cabanon prométhéen, dans cet in pace de montagnes rougeoyantes et fumantes çà et là, sous les étoiles. Noctem sideribus illustrem...
27. — J'avais reçu bizarrement et presque ironiquement, à la Salette,une brochure d'Emile Godefroy intitulée : Critique de la Perfection. La perfection, c'est le poète Jean Moréas. Quand j'aurai fait le vœu de ne répondre à personne, je répondrai encore à Emile Godefroy:
Me voilà bien embarrassé, mon cher Godefroy. C'est donc à un pèlerin de la Salette que vous demandez ce qu'il pense de votre beau travail sur le poète païen Moréas ! Je n'ai pas lu les Stances. Je ne les connais que par vos citations. Ce n'est pas assez ou c'est trop. Peut-être aussi que je ne suis pas fait pour goûter les vers. Je me sens plein de sécurité, d'arrogance même, devant une page de prose et trèshumble quand j'essaie de lire des vers. C'est un flacon d'essence que je ne parviens pas à déboucher. Eixir de vie ou de mort, je n'en sais rien.
Voici ce que je copie dans mon journal {La Salette, 19 août):* Lecture de l'article de Godefroy. Il s'agit de Moréas, son ami, qu'il juge grand poète, « un esprit parfait ». Citations ne justifiant pas, me semble-t-il, l'énormité de cet éloge. Moréas est pathétique, si on veut, mais limité par le paganisme et ne peut, par conséquent, être parfait ni tendre à la perfection. Je ne sais comment tenir ma promesse d'uno appréciation dans la profondeur .C'est bien cela qu il attend de moi et le sujet, j'en ai peur, ne me portera guère ».
L'Océan qui « entoure la terre », on le nommait, autrefois, Mare lenebrosum. Est-ce là le « cœur de Moréas » ? J'ai peine à le croire.
Puis « l'arbre palladien » me gêne. Le « mont sinistre », rimant avec les « cygnes du Caystre », me décourage. Quoi encore ? Il y a ceci :
Moi qui porte Apollon au bout de mes dix doigts.
Oui, vous avez cité ce vers, mon cher Godefroy, je vous en donne ma parole d'honneur. Il y a enfin les « fuseaux des trois sœurs » à qui l'esprit de votre poète parfait peut « imprimer leur courbe » 1 Alors, c'est dit, j'aime mieux l'imperfection, la brutalité barbare, telle que la peuvent sentir les chrétiens. telle que l'expriment ces quatre vers admirables d'où Minerve est infiniment congédiée :
Quand je viendrai m'asseoir dans le vent, dans la nuit,
Au bout du rocher solitaire ; Que je n'entendrai plus, en t'écoutant, le bruit
Que fait mon cœur sur cette terre...
Godefroy, vous êtes un usurier de profondeur et vous avez prêté à un insolvable. Tant pis pour vous. « Cela seul existe qui est parfait, telle est la dure loi », dites-vous, et « nous serons jugés, en lin do compte, avec la plus grande sévérité ». Tant mieux pour tous. Comment pourrions-nous être des Dieux, si cela n'était pas ? Ego dixi : DU estis. Ainsi parle, dans saint Jean, Celui qui doit juger tous les hommes, avec une rigueur et une miséricorde infinies.
Je suis sûr que jamais il n'a été parlé d'un poète comme vous parlez de celui-ci. « Misère, Fortitude, Sérénité » !!! Vous le coiffez d'une tiare d'abîmes. Il ne pourra plus se montrer dans une rue d'Athènes...
N'y aurait-il pas ici une étrange confusion ? Cet « escalier de diamant qui s'étage depuis le gouffre jusqu'à la région de pure lumière...» ne serait-il pas en vous, très-uniquement? Et ne seriez-vous pas, vousmême, ô clairvoyant généreux et abusé, le Tragique, le Profond, l'Intérieur, l'Individuel absolu que vous supposez ?
Mais, encore une fois, je suis un Pèlerin de la Salette, un dévot, un barbare, un aveugle, un pamphlétaire et je vous prie de me pardonner.
28. — Lettre très-belle de mon petit abbé sur le Salut par les Juifs qu'il a réussi à arracher, pour quelques heures, aux ecclésiastiques de la Salette, incapables d'y comprendre un mot, mais le lisant tout de même, je suppose, dans l'espoir d'y trouver ma condamnation.
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Réponse :
Cher ami, je ne veux pas vous faire attendre ma réponse un seul jour. Votre lettre est honorable pour nous deux. Non seulement vous avez vu ce qu'il y avait à voir, mais vous avez voulu, autant que possible, réparer une injustice.
J'ai cité souvent la belle parole d'Ernest Hello : « Celui qui aime la grandeur et qui aime l'abandonné, quand il passera à côté de l'abandonné, reconnaîtra la grandeur, si la grandeur est là ». Que Dieu vous bénisse de sa bénédiction la plus efficace, la plus étendue ! Le pauvre Léon Bloy vous remercie profondément et vous aime.
Tous mes livres ont été publiés ante porcos, mais jamais les menaces de la trichinose ne se firent aussi promptement et redoutablement sentir qu'à l'occasion de celui-ci, offert pourtant à un prêtre, sur celle montagne aussi effrayante que l'Horeb, où nul n'est capable de « distinguer un lion d'un porc et l'Himalaya d'un cumul de bran ».
Encore une fois, soyez béni. II a plu à Dieu de m'affliger, comme il y a trente ans, en ce lieu des Larmes, des Chaînes et de l'Éblouissement, et vous avez été à peu près seul à me consoler. En loul vous fûtes Tunique ayant besoin d'être consolé de mon départ,
29. — Après la messe, visite au Cal \ aire, situé an peu au-dessus du cimetière. On y arrive
par un délicieux chemin sous bois et on y domine toute la vallée, d'une sorte de promontoire contourné par le Drac. Pays sublime fait pour les heureux. Il me semble que la tristesse d'un malheureux s'y aggraverait.
G est troublant, pour des chrétiens, de se demander si, en conséquence de l'Encyclique, les églises seront fermées. Quelques-uns, très-optimistes, pensent qu'il n'y a rien à craindre, alléguant une prétendue douceur de nos mœurs, une autre mentalité qu'en 1793. Je me borne à déclarer que je crois fermement à une persécution sanglante et prochaine. J'observe, une fois de plus, avec étonnement, que nul ne songe au pouvoir immense du démon, pouvoir manifesté si souvent déjà et devant raisonnablement s'exercer avec un^ rigueur inouïe sur une nation si renégate. Je suis bien revenu de Joseph de Maistre, mais son explication de 93 est inchangeable. Nous pourrions nous trouver demain en présence d'un cas de possession universelle.
30. — Devant partir demain, nous allons faire nos adieux au Drac, si bêtement méprisé par Huysmans. Ce superbe torrent roule une eau violente et dangereuse, capable d'emporter
vingt éléphants, polissant ses beaux galets, depuis des milliers d'ans, à travers l'histoire connue ou inconnue, sans savoir ce que font les hommes ni ce que pensent de lui les écrivains. Fin d'une journée torride passée à regarder fuir les heures, en rêvant avec épouvante et ravissement à notre retour à Montmartre où j'aurai, sans doute, à souffrir encore.
31. — Grenoble, Lyon, Fourvières. Revu, presque achevée, la basilique vue en 1880, les murs étant nus encore, et qui me déplaisait déjà. Aujourd'hui elle me fait horreur. C'est splendide et ignoble, comme un opéra ou un casino. C'est une de ces bâtisses dont on dit qu'elles ont coûté tant de millions. Effort de « la piété Lyonnaise ». Ce faste charnel eût été selon le cœur de Mgr de Bonald qui fut l'un des premiers et des plus redoutables ennemis de la Salette.
Vainement j'essaie de prier au milieu de ces marbres et de ces dorures. Je ne sens que de l'indignation et de l'amertume . Pour moi, l'église la plus pieuse doit ressembler à une étable. C'est peut-être le secret des sublimes bâtisseurs du Moyen Age qui ne savaient pas autre chose
que d'élargir et de surélever, comme ils pouvaient, Tétable de Bethléem restée dans leur cœur, où ils avaient adoré Jésus dans leur enfance.
Réfugions-nous dans la vieille chapelle, à peine éclairée, pleine d'ex-voto ridicules et touchants où parlent et pleurent des guéris, des secourus, des consolés, morts depuis une ou deux générations. Aucune place pour ces pauvres images dans l'orgueilleuse basilique dont les murs sont couverts de mosaïques bondieusardes et infiniment coûteuses. Ici, du moins, on peut prier. Existe-t-il en France une ville où le pharisaïsme bourgeois soit plus manifeste qu'à Lyon ? Question vaine, je le sais, et qui peut rester sans réponse jusqu'au Jugement.
Antiquaille. Hôpital Saint-Pothin. Caveau de sainte Blandine et de saint Pothin. Quelle émotion pour moi, en 1880! Il est vrai qu'alors il n'y avait pas eu les embellissements déplorables qui me sont révélés soudain par la lumière électrique et les religieuses n'avaient pas encore été remplacées par des employés municipaux tels que ce portier bel-esprit, nécessiteux de gifles et de coups de pieds dans le cul, lequel ricane lorsqu'on a la simplicité de demander à,
voir le caveau de sainte Blandine. Aujourd'hui je suis vieux, exténué de misères et de chagrins, sans autre espérance que celle du martyre sanglant, laveur immense, sortie privilégiée de cet affreux monde, constamment demandée par moi... Nous redescendons vers Saint-Jean par une des ruelles en escarpe, rapides et sombres, du vieux Fourvières. Tristesse incomparable de Lyon, vérifiée, une fois de plus,
Septembre
1er. — Enfin, voici Montmartre et nos chers arbres, malheureusement calcinés. Lettre de Brou qui m'attend au Tréport, espérant que je vais m'élancer dans le premier train.
5. — Le Tréport. Trois jours à passer avec mon cher Brou. La Manche que voulut dompter Napoléon et la très-vieille église indomptable, contemporaine de Guillaume le Conquérant. Treille générations ont passé sous sou
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beau portail et sa tour est un antique joyau de pierre d'un très-grand prix... Brou interroge lo vent et me fait espérer une tempête.
Visite à la iorèt d'Eu. Jouissance extrême. Illusion facile du Paradis. Il y a si longtemps que je n'ai vu de forêt ! Et je préfère tellement les hautes futaies à tous les aspects ou parfums de la montagne ou de la mer. Je suis un sylvestre.
6. — Admirable lettre de Jeanne [utilisée dans Celle qui pleure, chap. XIV , La Plainte d'Eve]. Cette lettre est pour moi l'assurance ferme, donnée de Dieu, que ce livre sur la Salette est coula et, par conséquent, faisable. Certitude plénière, magnifique, introublable. Malheureusement la mer aussi est sans trouble. La tempête désirée ne s'annonce pas. C'est bien fait! Désir de touriste, désir méprisable.
Voyage à Eu. Dans la cathédrale odieusement restaurée, subsiste par miracle une trèsbelle mise au tombeau, respectée trois ou qua tre siècles, on ne sait pourquoi. Les révolutionnaire» ou calvinistes l'ont épargnée. Que vont (aire les socialistes ou francs-maçons, quand ils achèveront d'étrangler la France? Quant aux
sépultures des comtes d'Eu, elles ne peuvent être visitées, dans une crypte absolument ténébreuse, qu'à la suite d'un sacristain qui débite sa monotone leçon, en promenant une lampe sale sur chacun de ces nobles marbres endormis que n'éclaire jamais le soleil.
9. — Un journaliste, Charles-Henry Hirsch, m'écrit tout exprès pour réapprendre — sans nécessité apparente — qu'il est un sot. Je ne le savais pas.