‹ L'Invendable ... 1904-1970Chapitre 41 sur 64 · Commencé le livre sur la Salette · texte numérisé non relu

Commencé le livre sur la Salette

Lu un article de Ledrain sur le dernier livre de Huysmans : Les Foules de Lourdes. Il va sans dire que cet apostat de Ledrain voit en Huysmans une colonne de l'Église.

7. — Après lecture de quelques-uns de mes livres, une dame de G... m'avait écrit son admiration, demandant instamment la permission de me voir. Curieux de ce que pouvait être une personne si passionnée, j'avais donné cette permission. Elle vient aujourd'hui avec sa fille. Déception. Deux bécasses protestantes se disant très-pieuses et en très bons termes avec Dieu, mais n'ayant pas besoin d'intermédiaires, c'està-dire de prêtres ni de sacrements. Elles parais-

sent venues dans le dessein charitable dem'opé* rer de mes écailles. Je congédie ces idiotes.

8. — Pour gagner du temps, je lais usage, une première fois, de Y autobus. Ah ! je n'échapperai pas aux inv entions modernes. Il est vrai que c'était pour courir à la Nouvelle Reçue où mon Épopée Byzantine est acceptée.

9. — Ayant décidé de bon cœur d'écrire sur la Salette, il fallait que les documents nécessaires, c'est-à-dire les moins connus, vinssent à moi. Gela commence aujourd'hui. Je n'aurai me me pas à les chercher.

13. — Une personne chargée par Dieu et sa Mère, très-visiblement, de me documenter sur la Salette, inaugure sa mission en me conseillant de renoncer à mon entreprise.

14. — Essayé vainement de lire les Foules de Lourdes de Iluysmans, p'çst trop ennuyeux, trop médiocre, et si peu chrétien l

10. — Commencé le déménagement, la trans^ laiion de nos meubles de deuil et de misère, du

pavillon aimable — où, du moins, nous pouvions souffrir sous des arbres, sous ces pauvres arbres qui vont périr — dans une maison fétide et hargneuse de la rue Cortot où j'ai été [bêtement] séduit par l'abondante lumière d'un atelier. Il faut payer d'avance, naturellement, comme partout, iniquité inconnue, il y a trente ans, que la lâcheté ou la vilenie de tout le monde encourage. J'y suis donc invité avec menace de l'indignation d'une propriétaire ignoble, si je ne m'exécute pas très-promptement.

18. — Saint Luc, historien de Marie, gouffre de lumière et de douceur!...

19. — Installation définitive, rue Cortot. Nous avons un atelier et delà lumière, beaucoup trop peut-être. Mais c'est tout. Le reste est laid, incommode, sale et même sinistre,

21. — Confidence de Véronique. L'aimable enfant, me parlant de ses compositions mélodiques, me disait en substance: «Je ne peux trouver ces choses que lorsque je suis triste, parce qu'alors je suis consolée de cette manière ». La profondeur d'âme de ma chère petite me serre le cœur.

23. — Voici que nous changeons, une fois encore, de gouvernement. Chaque fois que la République ôte sa chemise, c'est pour en mettre une plus merdeuse. Le maître, cette fois, le dictateur, c'est Clemenceau, environné de ses domestiques, parmi lesquels Briand le souteneur et la fille Picquart. A quelle curée vont se livrer encore ces chiens ?

Le Pape est ostensiblement méprisé, désobéi, jusque parmi les prêtres dont plusieurs, déjà, sont schismatiques déclarés.

25. — Lettre, sur le Mendiant ingrat, d'une personne digne d'être recommandée à la Société protectrice des animaux. Elle n'a vu, absolument, dans mon livre que la lettre à de Groux du 3 décembre 1894, où je parle en effet des botes, et elle n'a vu, dans cette lettre, que les quelques lignes concernant strictement les bêtes, sans apercevoir ce qui est autour. Je voudrais que les mâles ou femelles hujus modi ne me souillassent plus de leurs louanges.

Il commence à pleuvoir dans notre atelier.

2G. — Je lis à petits coups les Foules de Loardes. Ennui toujours et bonnes intentions proba-

blés, malgré les défauts horribles signalés dans mes Dernières Colonnes, desquels l'auteur ne se guérira jamais. En voilà un qui ne se méprise pas ! Une fois do plus, la conversion de Huysmans est, de toutes mes œuvres, la seule qui ait réussi et celle dont je suis le moins fier,

27. — Apparition d'un ami de mes livres et de ma personne, que je vois pour la première fois. Que de tristesse et quelle tristesse sur cette noble figure! Il nous a touchés jusqu'à nous bouleverser. Naturellement il souffre de plusieurs sortes, en particulier de la misère, ainsi qu'il convient à un amoureux de mes pensées.

28. — Domine, non sum dignus ut intres sub tectam meum, sed tantum die verbo et sanabitur amicus meus Radulphus.

Achevé les Foules de Lourdes. Il reste cette impression d'un écrivain curieux et obstiné qui peut avoir çà et là quelques trouvailles. Sa bonne foi semble indiscutable, mais non pas sa foi. Quant à l'indigence de son esprit, c'est à pleurer. Il comprend juste au niveau de tout le monde, avec des formes admirées de Lucien Descaves, et se croit un penseur en remâchant

les plus vieux culots d'idées. Nul effort pour corriger ses défauts qu'il semble, au contraire, vouloir aggraver. Ah ! il est bien marqué du signe des sots qui consiste à s'acharner sur une gafle cent fois démontrée.

Novembre

5. — Rencontré à l'atelier Brou un millionnaire anglais qui eut, un jour, cette originalité de payer le bronze de mon buste. Je veux croire que le temps des miracles n'est pas passé et que j'ai pu ne pas déplaire. Mais il m'a été impossible de lui cacher mon mépris pour les riches qui ne récompensent pas les artistes. Ici, je ne sais pas exactement dans quoi j'ai marché. J'ai cru comprendre que cet homme répondait en alléguant le danger du bonheur pour les artistes — parole qui ne pourrait pas être dite chez moi sans danger.

7. — Dépêche terrible. Un des deux fils de Termier, aimable enfant de treize ans, vient d'être tué net par un ascenseur. Cette nouvelle m'assomme. Les pauvres gensl Est-ce là leur récompense pour le bien qu'ils nous ont fait ? .-Lugubre octave de Toussaint pour cette famille.., Notre Dame de la Salette veut que ses amis pleurent avec elle. J'ai rarement fait autre chose depuis trente ans.

8. — Vu la famille Termier. La douleur de ces chrétiens sans murmure est un spectacle déchirant. Vous savez, chers affligés, que votre enfant et votre frère vit toujours — d'une autre manière, il est vrai, d'une manière inconcevable, et c'est cela qui fait tant souffrir.

9. — H y a quelque chose de surnaturel dans la mort de ce cher enfant. Pour qui a-t-il payé et qu'a-t-il payé? Car nul n échappe à cette loi juste et misericordieuse.il faut toujours payer.

'10. — Service funèbre. Revu tout mon passé de misère et de douleur, et nos deux innocents disparus et toijt le reste. J'ai serré les mains de mes amis désolés — combien affectueuse-

ment et avec quelle volonté d'atteindre leurs cœurs !

13. — Envoi de la Femme pauvre à un homme pauvre et malheureux: « Ce livre, l'un des plus douloureux qu'on puisse lire, parce qu'il exprime éperdument la convoitise du paradis ».

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