LES R KG AT IONS
toutes les veilles qui ont brisé mon corps, toutes ces luttes qui ont voûte mon dos et blanchi mes cheveux ; tout cela serait chimère et vanité !...
Et alors parfois à force d'entendre répéter sans cesse cela par les hommes positifs qui ont bien fait leur chemin dans le inonde, que l'on regarde universellement comme des hommes dans l'avis desquels on peut avoir toute confiance, qui sont les oracles de la localité, le malheureux finit par croire que tant de gens ne peuvent se tromper, qu'il a tort, qu'il doit renoncer à ses folies, et il brûle ses plans et brise ses modèles l
Mais s'il réagit bientôt contre ce découragement, si la vigueur de son caractère l'empêche de se laisser étouffer par cet amas de stupidités qu'on entasse sur lui, s'il se relève comme Galilée et s'écrie : Et pourtant elle tourne!... S'il ose s'indigner contre ses ineptes contradicteurs, abattre sous des paroles de mépris leurs honteuses théories, châtier d'un coup de fouet sanglant ces lâches égoïstes, marquer au fer rouge ces idiots, alors, on ne le plaint plus, on ne lui adresse plus de ces douces paroles, vraies jattes de lait empoisonnées, qui font bouillir le sang, de ces consolations mensongères, de ce* encouragements méchants qui commencent de la manière la plus amicale possible, mais qui se terminent par un seulement!!!... comme dans les Faux Bonshommes.
Au moins l'inventeur est débarrassé de ces pilules dorées qui brûlent la gorge.
On l'attaque ouvertement avec un mélange de pitié et de dédain; on lance sur lui des bruits calomnieux ; ces hommes disent d'un air satisfait en se frottant les mains :
— J'ai essayé de le rotirer du gouffre dans lequel il s'enfonce; mais il n'a pas compris mes bontés; il m'a repoussé comme si je voulais autre chose que son bient... cV»t un pauvre fou à qui il faut bien laisser suivre sa destinée, puisqu'il ne veut rien entendre.
Et puis concert d'acclamations sur ce brave homme si sage et si généreux ; ovation complète !
Et puis colère et mépris contre ce fou qui n'a pas écouté décemment des conseils si sages.
Et alors les railleries pleuvent, les traits arrivent de toutes parts ; on parle de l'interdire, le moyen est proposé sérieusement à sa famille.
Et puis on appelle le marquis de Jouffroy, Jouffroy la pompe, le bateau de Fulton, la folie Fulton ; on traite Papin de charlatan, etc.
Toutes ces criailleries, tous ce* croassements de corbeaux, tous ces bourdonnements de frelons, agitent les nerf», écorchent les oreilles, agacent continuellement l'homme d une grande sensibilité nerveuse que fait bondir la moindre piqûre.
Voltaire n'a-t-il pas passé sa vie dans une colère perpétuelle contre Palissot, l'abbé Desfontaines et Fréron en particulier, colère qui les a sauvés de l'oubli ?
Mirabeau ne rugissait- il pas, à la tribune, quand il était atteint par le moindre pygmée et , pour l'écraser, ■ n'ébranlait-il pas le monde entier?
C'est toujours la fable du lion et du moucheron.
Et quelque stoïcisme et quelque indifférence qu'ait un homme pour toutes ces petites misères, il n'en arrive pas moins qu'il se trouve toujours à un certain moment une parole envenimée qui le fait bondir.
Comprenez-vous l'atroce position de l'homme qui se débat au milieu de toute cette meute.
Il se sent fort et vigoureux, il écraserait entre ses dix doigt le plus robuste d'entre eux ; et, cependant comme Guliver enchaîné par les Lilliputiens, il ne peut bouger et, immobile, il est condamné à recevoir toutes les aiguilles qu'ils lui lancent.
Il est comme le lion, pris dans un Clet, qu'il ne peut briser. Il rugit, il étouffe de rage, impuissant, parfois il
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fait une pointe, un vigoureux effort; il croit qu'il va tout briser, le filet cède mais ne se déchire pas.
L'inventeur produit son œuvre au dehors, il espère que dans un cercle plus large, il ne trouvera pas les mêmes tiraillements; il pense que, de par le monde, il y a des hommes intelligents qui l'appuieront.
Vain espoir I au loin il trouve la même incrédulité qu'auprès de lui; partout les sots élèvent la voix contre son œuvre ou, chose pire encore, la dédaignent et l'étouffent sous leur indifférence.
«L'un me raille, l'autre m'injurie; un troisième m'invite à écrire un poème épique, travail aussi utile que la mise en marche d'une machine; j'écoute sans répondre. Dieu sait ce qu'il me faut pour persister quand je m'entends appeler fanfaron, charlatan, trompeur, homme avide. »
George Stephenson à son fils.
Ces paroles que disait Pascal au dix-septième siècle sont encore profondément vraies:
« Ceux qui sont capables d'inventer sont rares, ceux qui n'inventent point sont en plus grand nombre, et par conséquent les plus forts, et l'on voit que pour l'ordinaire, ils refusent aux inventeurs In gloire qu'ils cherchent et qu'ils méritent par leurs inventions. S'ils s'obstinent à la vouloir et à traiter avec mépris ceux qui n'inventent pas, tout ce qu'ils y gagnent, c'est qu'on leur donne des noms ridicules, et qu'on les traite de visionnaires. »
Il est vrai que quelques hommes se trouvent qui savent l'apprécier et en voient toute la grandeur, tous les avantages. Mais ils sont en si petit nombre qu'osassent-ils parler, ils ne pourraient se faire entendre. Et puis ils ont peur, ils
n'osent soutenir trop hautement la nouvelle invention par •
crainte du ridicule. La plupart sont atteints d'une maladie que M. de la Lantlellc a appelée la poltronnerie française, maladie que nous avons en effet au plus haut degré, mais que nous ne sommes pas, il faut le dire, les seuls à ressentir. Aussi l'invention n 'est-elle accueillie que par l'indifférence ou les huées et les sifflets.
Les deux grandes classes des rétrogrades et des consenateurs l'arrêtent.
Curieux sont les hommes qui les composent, et ils valent bien la peine qu'on les considère un moment.
Les rétrogrades invoquent sans cesse le bon vieux temps; les plus hardis remontent jusqu'au temps où l'on avait le bonheur de manger des glands, ce qui devait les constiper effroyablement, et de vivre tout nus ; mais ceux-ci sont des exceptions; il faut être Baudelaire pour le soutenir sérieusement et se fâcher si on le contredit. Le vrai rétrograde remonte à deux ou trois cents ans; il évoque le beau siècle de Louis XIV ; il parle de ses bonnes mœurs, et en les comparant aux nôtres, il s'écrie : ô temporal ô mores ! Il aime mieux la chandelle que le gaz, sans cependant suivre l'exemple de la Meilleraye ; il préfère les vieilles routes décrites par madame de Sévigné et Young aux chemins de fer, les courriers au télégraphe; la révocation de ledit de Nantes à la liberté de conscience; la roue à la guillotine.
C'est un misanthrope haïssant tout ce qu'il voit, pleurant sur les misères du présent et vantant le bonheur passé ; un Timon du moderne, un Pangloss du vieux temps.
Il y a de vieux marins qui déplorent l'invention de la vapeur, sous prétexte qu'elle tue le vrai matelot, qu'elle empêche toutes ces savantes manœuvres qui constituaient la vraie habileté du métier.
Il y a de vieux officiers qui ont lu tous les mémoires des grands capitaines du passé ; ils les admirent et avec raison; mais leur admiration n'a pas de bornes; ils ont sans cesse les noms de Turenne ou de Condé à la bouche, voire môme
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ceux de César ou d'Alexandre, et ils blâment Napoléon de n'avoir pas suivi la môme tactique qu'eux dans certaines circonstances.
Le conservateur a dix mille livres de rentes, un gros ventre, une figure réjouie: il ne regrette pas le passé, on est mieux de son temps et où pourrait-on être mieux? C'est un optimiste à qui tout apparaît couleur de rose; il se trouve bien où il est et ne voudrait jamais changer de place; il peut aimer les voyages, mais au coin de son feu, et en se disant à chaque pays : Diderot avait profondément raison de prétendre que le voyageur est un homme qui, ayant un superbe palais, passerait savie à courir de la cave au grenier sans en jouir; il peut approuver la révolution, mais à la condition qu'elle ne recommence pas; il admire le chemin de fer, pourvu qu'on ne cherche pas la navigation aérienne; il trouve le télégraphe électrique fort agréable, mais tiès-suflisant; pour lui ce qui a été est mal, ce qui sera sera mal, ce qui est est bien. A force d'aller, il prétend qu'on se cassera les jambes, et comme il tient essentiellement aux siennes, il ne veut pas marcher. Il se réfugie dans son époque comme une huître dans sa coquille. Tout mouvement le trouble; les journaux lui donnent le cauchemar; les nouvelles découvertes lui font peur; qu'on fasse ce qu'on voudra après moi, mais au moins qu'on respecte ma quiétude. Il crie à l'insatiable ambition de l'homme; il accepte le progrès à la condition qu'il s'arrête où il c>t; il veut bien de la liberté de la presse, mais elle doit être sage; il invoquera l'exemple de JoufTroy ou de Fulton pour le passé ; mais il traitera de fou ou de charlatan tout homme qui se présentera dans les mômes conditions; pour lui, vivre c'est jouir; jouir demande le repos ; il faut donc se reposer : il passe sa vie à dormir et à manger; il est très-heureux ; il ne comprend pas que ceux qui n'ont pas de lit ou de pain veuillent en avoir ; il crie à l'inconduitc des ouvriers ; il prétend que tous les écrivains sont vendus ; il ne voit qu'un mobile:
l'inviktbur.
l'égoïsme ; il ne peut comprendre ceux qui sont prêts à verser leur sang ou à se ruiner pour une noble cause; il dit d'eux : ils cachent quelque chose ; bien entendu que ce quelque chose est, selon lui, quelque vilenie!
Il voudrait briser le mouvement de l'horloge des siècles à l'heure où il se trouve.
Il paraît du reste que l'homme de tout temps a eu une grande aversion pour les innovations, à en croire cette vieille histoire, et que ce n'est pas seulement en France qu'on a peur des inventions.
Timothée le Milésien avait essayé d'introduire dans Sparte une nouvelle lyre plus perfectionnée que l'ancienne. Les Spartiates rendirent un décret ainsi conçu : « Attendu que Timothée le Milésien... ayant changé la lyre heptacorde et introduit dans cet instrument plusieurs sons, corrompt les oreilles de notre jeunesse, etc. , en conséquence nous voulons que nos rois et nos éphores réprimandent ledit Timothée, lui enjoignant de couper les quatre cordes superflues de son instrument. »
Pourquoi aussi ces nouvelles cordes? Autrefois on ne faisait pas ainsi, on s'en passait bien et les choses allaient cahin-caha, tant bien que mal.
Nous ne vivons que de progrès et nous faisons encore comme les Spartiates.
Écoutez cette petite anecdote que je trouve dans le Magasin pittoresque, t. 34 : « En 1844, dit l'auteur d'un article sur l'emmanchement des outils, je voulus faire faire l'essai des manches cambrés, par un entrepreneur de travaux publics dans le Vivarais. Ce brave homme se décida à grand'peine à emmancher une seule pelle suivant le tracé que je lui avais dessiné sur un mur. Cette pelle excita d'abord une grande risée, il fallut la donner à un garçon de quinze ans, souffre-douleur de son métier, qui gagnait dix sous quand les bons terrassiers étaient payés dix francs; puis le souffre-douleur faisant, avec la pelle ù manche cam-
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bré, plus d'ouvrage que les plus forts, ceux-ci la lui enlevèrent, et, comme il n'y en avait qu'une, ils se battirent pour l'avoir. La première fois que je revis ce chantier, l'entrepreneur me dit :
— Voyez, monsieur, à quoi servent les manches cambrés? cela ne sert qu'à faire battre les ouvriers. »
Quelle magnifique réponse I et que de réponses pareilles sont faites tous les jours. Quel malheur qu'on ne les enregistre pas! ce serait un beau répertoire de la bôtise humaine.
En attendant qu'on le fasse d'une manière complète, apportons-y notre petit contingent.
J'ai lu je ne sais où une fort jolie histoire : les soufflets étaient inconnus au Chili : un voyageur croit faire une excellente spéculation en y important une cargaison complète, il fait des expériences publiques pour montrer tous les avantages de cet instrument; il en distribue, voyant qu'on n'en achetait pas; quelques gens, il est vrai, s'en servirent pour allumer leur feu... en guise de bois sec.
« On a dû dire de la première lampe carcel, dit Roqueplan : cela éclaire trop! On a dû le dire du premier bec de gaz ! On a dit certainement, en Kgypte, en voyant la première pyramide : « C'est trop haut! » On disait de Rossini que sa musique faisait trop de bruit; on dit lors de la première représentation du Juif errant que les saxtuba déchiraient les oreilles, crevaient le tympan.
Évidemment ! M. Roqueplan était bien bon de dire : « on a dû le dire ; » il eût pu affirmer qu'on l'a dit.
H en a été de môme pour le canon. Machiavel, dont Napoléon admirait le traité sur la guerre, trouve que les armes à feu sont de si peu d'effet qu'il espère qu'on en abandonnera bientôt l'usage. Montaigne est du même avis.
Et maintenant c'est bien pis; l'homme tel que l'a construit notre société, commence toujours par avoir peur de ce qui est nouveau. Ce n'est qu'à la longue qu'il s'y habitue
UH) l'inventeur.
•et pour qu'il s'y habitue, il faut un laps de temps d'une certaine étendue.
Ici c'est la religion qui s'en mêle : les Arabes s'occupèrent énormément des sciences naturelles; mais ils ne firent faire aucun pas à i'anatomie, parce ce que le prophète avait taxé d'impureté quiconque approche des cadavres.
Si une religion matérialiste comme l'islamisme faisait une pareille défense, une religion spiritualité, comme le catholicisme, devait encore se montrer plus intolérante pour les chercheurs qui iraient demander à la mort les secrets de la vie. Aussi Vésale, qui avait osé braver ce préjugé, cxpia-t-il son courage de sa vie. On prétendit, pour le perdre, qu'ayant ouvert un cadavre, on avait vu palpiter son cœur sous le tranchant du scalpel, crime que la mort devait expier. « Chose inouïe, dit Richerand, la postérité, comme les contemporains, n'a élevé aucun doute sur la réalité du fait qui donna lieu à cette accusation absurde. Quels témoins en déposèrent? Pour mettre le cœur à découvert, il faut ouvrir la puitrine, couper les cartilages, scier les côtes, enlever le sternum, faire en un mot des incisions longues, profondes et bien capables de ranimer la vie, avant que le cœur puisse être aperçu par la division du péricarde, son enveloppe. Afin de donner quelque vraisemblance à l'accusation, on peut supposer que l'un des spectateurs, penché et s'appuyant sur le cadavre, aura fait refluer le sang veineux dans les oreillettes ; un frémissement obscur , un mouvement ondulatoire en résultant, on aura vu dans cet effet mécanique quelque signe de vie et jeté un cri d'effroi, répété par les ennemis de Vésale, trop heureux de cette occasion pour le perdre.
« Bientôt l'ignorance, l'envie et la mauvaise foi dénaturèrent le fait eu l'exagérant, l'inquisition demanda la mort du coupable, et les prières de Philippe II obtinrent difficilement, dit-on, que la peine fût commuée en un pèlerinage à la'ïerre Sainte. Vésale s'achemina donc vers Jérusalem, de
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compagnie avec un Malatesta, général des troupes de Venise. Ballotté par des fortunes diverses durant ce périlleux voyage, il fut à son tour jeté par la tempête sur les côtes de l'île de Zante, où il mourut de faim le 15 octobre 1564. »
C'était bien fait, pourquoi ne s'en était-il pas tenu à l'anatomie de Galien? pourquoi avait-il voulu innover? pourquoi était-il un chercheur?
Charas, en Espagne, exerça la profession de médecin. Ses confrères cherchaient un moyen de le perdre. Or, un archevêque de Tolède meurt juste à point et est canonisé saint. Son successeur annonce que toutes les vipères de son diocèse ont perdu leur venin. Charas devant une nombreuse assistance fait mordre deux poulets par une vipère... Les deux poulets meurent. Poursuivi pour ce fait, il est pris, et languit quatre mois et demi dans les cachots de l'inquisition d'où il ne sort qu'à grand'peine.
Quand on inventa en Angleterre les vanneries, les paysans prétendirent qu'il était contre la volonté de la Provdence de produire ainsi un vent factice au lieu de demander au ciel, par une ardente prière, le vent nécessaire pour vanner le blé et d'attendre le moment marqué par le Dieu d'Israël.
La tour de la cathédrale de Sienne était souvent foudroyée : en 1776 on voulut y mettre un paratonnerre. Ce ne fut pas sans peine, on l'appelait la bayuette hérétique; et on pensait que mettre le clocher sous sa protection était faire injure au ciel.
Dans la province de Beyra, en Portugal, une famille allemande vient exploiter des pyrites cuivreuses. Comme elle emploie beaucoup d'ouvriers et fait augmenter le salaire des autres, on accuse tout d'abord la fumée de l'usine de détruire la végétation; cela ne suffit pas, on accuse cette famille d'hérésie et un jour de procession on brise tout.
Nos évêques se servent bien des chemins de fer pour aller voir le pape et ils paraissent même trouver ce mode de
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L'JN VEMfcUR.
locomotion as»ez commode; ils bénissent les chemins de fer, — leur position officielle les y oblige, — mais ils s'en vengent en prêchant hardiment contre eux. N'avons-nous pas entendu l'archevêque de Rennes leur lancer anathème à Sainte-Anne et les appeler les chemins d'enfer? Ou appelle le chemin de fer chemin d'enfer. On traite Ilomas de >orcier. Étant venu à Rordeaux, où de Nérac sa réputation l'avait précédé, pour faire des expériences, il déposa son cerf-volant chez un cafetier en atteudant un orage. La foudre tomba précisément sur cette maison. On accusa le malheureux cerf-volant d'avoir attiré le tonnerre; le peuple te porta en foule à la maison, menaçant de tout dévaster, si on ne lui livrait pas la cause de cet accident. On fut obligé do la lui jeter et il s'empressa de la mettre en pièces. Quand Homas, depuis ce jour, passait dans les rues de Bordeaux , on s'écartait sur son pacage, en le montrant avec terreur.
Ou reste, quoi dV tonnant que cette merveilleuse inuntion frappât le peuple de stupéfaction et de terreur superstitieuse? 11 était ignorant et des gens qui auraient dû être plus instruits que lui, au lieu de l'éclairer, faisaient cau.se commune avec lui. En 1783, M. Vissery, élève, à Siiut-Omer, un paratonnerre sur sa demeure. Aussitôt grande inquiétude dans les esprits ; d'étranges rumeurs circulent dans la ville. La foule se réunit menaçante autour de la maison, (pie dominait l'appareil suspect. La municipalité de Saint-Omer, au lieu de dissiper le rassemblement et d'expliquer qu'il n'y avait pas lieu à se fâcher, intima l'ordre à M. de Vissery d'abattre son paratonnerre. Celui-ci protesta et il fallut un jugement du tribunal d'Arras, en date du 31 mai 1783, provoqué par une brillante plaidoierie de Robespierre, pour permettre à M. Vissery de protéger son habitation contre la foudre.
L'inventeur n'est pas seulement traité de fou par 1c peuple. La masse accepterait plus facilement les choses
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nouvelles si elle était éclairée; mais ce sont les ignorants pédants qui croient savoir quelque chose qui repoussent les nouveautés; ce sont 1 os conservateurs.
Avec quel dédain la législation de l'État de Pensylvanie accueille, en 1786, le privilège que demande Olivier Evans pour ses voitures à vapeur. Les voyez-vous, d'ici, ces braves magistrats, souriant d'un air protecteur et se disant, en refusant à l'inventeur de mentionner sa demande : « Entre nous, le pauvre Olivier n'a pas la téte saine. » Il est vrai que la législation de l'État de Maryland ne fui pas si difficile : elle lui donna le privilège demande, a vu, avaitelle soin de mettre dans ses considérants, que cela ne peut nuire à personne. » Puisque cela ne pouvait faire ni bien ni mal, pourquoi refuser de faire plaisir à un pauvre diable?
Ou bien on rit, on pousse des huées et des sifflets. Quand Fulton monta sur son bateau, il fut accueilli ainsi : il est vrai que quelques moments après ils se changeaient en applaudissements et en acclamations!
Mais une invention a-t-clle réussi, ce n'est pas une raison pour qu'on l'adopte.
Je ne parle pas en ce moment des gouvernements qui ont rejeté successivement les bateaux à vapeur, les chemins de fer et les télégraphes électriques, je traite cette question ailleurs; je parle seulement ici du public.
Quand Labarraque dér infecta les boyauderies avec du chlore, les ouvriers s'en plaignaient très-fort : ils regrettaient l'ancienne puanteur au milieu de laquelle ils vivaient.
On appelait par dérision le chariot à support de Mandslay, la glissoire.
Quand le petit Renaut construisit ses galiotcs à bombes, on le traita de fou. Une fois construites, on prétendit qu'elles ne tiendraient pas la mer. Il répondit a ces négations en bravant un orage.
Quand, il y a dix-huit ans, un journaliste proposa défaire
i64 l'inventeur.
de la place dcCharing-Cross le centre de toules les lignes britanniques, on cria au vandalisme, à l'anarchie... maintenant le projet se réalise.
Quand Franklin voulut introduire en agriculture le sulfate de chaux comme engrais, les possesseurs de salines le combattirent de toutes leurs forces, craignant de ne plus vendre le schlot. Ils cherchaient un argument : les routiniers le trouvèrent : ils prétendirent que le plâtre attirait la foudre. On sait comment Franklin répondit à ces attaques. Il écrivit sur un champ en lettres gigantesques : « Ceci a été couvert de plâtre, » et dans cet endroit l'herbe certifia elle-même sa puissante influence.
Les paysans du Lancashire se levèrent en armes contre le premier chemin de fer.
Il y a vingt ans la ville de Saint- Amand (Nord) était en fête, faisait gronder son bourdon et illuminait tous ses murs. Elle avait remporté une grande victoire : le chemin de fer ne passerait pas près de la ville 1 il n'enlèverait pas ses vivres! il n'augmenterait pas la consommation !
« A l'ouverture du chemin de fer de Versailles , dit M. Perdonnet, il y a vingt-quatre ans, personne, pas môme le maire de la ville, ne vint recevoir le train d'inauguration : les administrateurs arrivés seuls se rendirent à l'auberge où ils dînèrent à leurs frais, avant de repartir toujours seuls pour Paris. Il y a deux ans on inaugurait un petit embranchement de Troyes à Bar-sur-Seine : à l'arrivée du train on tirait le canon; les administrateurs, escortés par une haie de pompiers, étaient reçus par le maire qui leur faisait un discours auquel répondait le président du conseil : ils étaient solennellement conduits à un banquet offert par la ville; ils avaient pour convives le préfet, le sous-préfet ; des toasts étaient portés; le soir il y avait bal et feu d'artifice. Comparez cette réception et celle d'il y a vingt-quatre ans! »
Voilà le progrès, mais il n'a pas de railway à sa disposi-
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tion; il n'a encore que l'allure de la tortue ; quand ira-t-il plus vite?
D'autrefois on n'accuse plus les inventeurs de sortilèges ; mais on fait peser sur eux d'autres accusations aussi graves et aussi stupides. Les préjugés se modifient avec le temps, mais ils restent.
Sous la Révolution, le peuple qui ne croyait plus à Dion ni au diable n'avait plus garde de fulminer des accusations de sorcellerie.
Mais les frères Ghappe ayant établi dans le parc de Lepelletier Saint-Fargeau à Ménilmontant, un autre télégraphe, après la destruction de celui qu'ils avaient élevé à la barrière de l'Etoile, la foule croit que cet appareil cache quelque machination avec le roi et les prisonniers du Temple, et il y met le feu, menaçant de jeter aussi les mécaniciens dans les flammes.
La politique s'en mêlait sous la Révolution ; elle s'en môla de même sous la Restauration. Quand le gaza éclairage eut fait son tour en Angleterre et revint en France, le parti libéral le soutenait. Il fallait entendre les reproches que lui adressait le drapeau blanc à ce sujet! Charles Nodier se met de la partie ; il publie un ouvrage contre ce nouveau mode d'éclairage, dans lequel il se livre à toutes sortes de jeux de mots et de plaisanteries sur les anciennes lumières et le progrès des lumières. Que n'invoquc-t-il pas contre le gaz? Il le regarde comme le feu grisou et il s'écrie : « Quelle audace que celle qui l'appliquerait, par une fausse bravade ou par une fausse économie à des usages inutiles et pernicieux ! m
Après la question des dangers vient celle des industries qu'il compromet. « Il ruine une branche de commerce 1» dit-il; il semble à M. Nodier qu'on ne peut rien répondre à cet argument. Les habitants du faubourg Poissonnière firent un mémoire contre l'éclairage au gaz. On alla jusqu'à prétendre qu'il était nuisible à la végétation ;
et c'est encore une opinion qui a coups aujourd'hui parmi beaucoup de gens.
Môme les machine? d'une utilité immédiate, évidente, dont chacun peut constater les effets par ses yeux, éprouvent la plus grande difficulté à être acceptées par le public; quant à espérer qu'elles seront estimées à leur valeur, il n'y faut pas songer. Ce fut ce qui arriva à la machine d'Arkwright dont tous pouvaient cependant apprécier facilement les résultats.
Voici un fait tout récent qui fait bien le pendant de celui-là.
M. Leprovost a construit de ses deniers un wagon de première classe présentant toutes les améliorations demandées par le public, tous les jours, avec tant d'instance. Il ne coûte pas plus cher que les autres wagons. On s'en est servi avec succès sur la ligne de l'Est, ce qui ne Ta pas fait adopter. M. Leprovost n'a eu d'autre ressource que d'en appeler au jugement de tous, en l'exposant dans les ateliers de la maison Godillot, puis dans la rue Saint-Ho oré,
Mais pourquoi ne l'a-t on pas adopté ? Mystère des mystères I
Peut-être que s'il allait quelque temps en Angleterre, il aurait chance d'être mieux accueilli ensuite par nous. Il faut que les inventions fassent leur tour d'Angleterre comme les ouvriers font leur tour de France. Les chemins bruneaux étaient connus, il y a trois siècles en France, le Mac-Adam nous est revenu d'Angleterre avec un nom anglais. C'est incroyable combien nous sommes Anglais. Le nom môme donné à notre bilan social est anglais : budget vient de bougette, vieux mot donné par nous à l'Angleterre et qui nous est revenu métamorphosé. Denis Papin trouve la puissance motrice de la vapeur; mais il a fallu qu'elle fût appliquée par Newcomen, Savery, Watt, Stephenson, après quoi, non sans peine, les bateaux à vapeur et les locomotives reviennent en France. J. Lebon conçoit le projet
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de nous éclairer avec du gaz : on le traite de fou et on le laisse se ruiner tranquillement. Il faut que Windsor nous rapporte cette invention. Le métier à bas est tout d'abord inventé à Nîmes d'où il va en Angleterre. La teinture du coton en rouge, un nouveau métier à gaz ont pris successivement le même chemin. Nicolas Briot invente un balancier pour frapper les monnaies; il passe aussi la Manche d'où il revient en France, non sans peine, par la protection du chancelier Séguier.
« La plupart des inventeurs français sont morts dans la misère, ou ils n ont trouvé à appliquer leurs idées que sur le sol étranger, » dit Arago.
Et cependant l'Angleterre est bien loin d'adopter facilement aussi, elle, une nouvelle invention. Seulement nous sommes aveugles et elle n'est que borgne. Mais elle rejette le bateau de Fulton, celui d'Erickson ; elle a aussi, elle, son bon petit contingent de négations; et je ne la ménage pas dans d'autres chapitres. Je ne cite ici que ce fait :
M. Medhurst, ingénieur danois, propose d'utiliser la pression de l'air pour le transport des lettres et marchandises. Le public ne s'y intéresse nullement. Brochures, plans, modèles furent dédaignés. Quelques années après un M. Vallance prend un brevet pour cette môme invention : il n'a pas plus de succès. M. Medhurst reprend ses projets et propose un système entièrement nouveau. En 1838 MM. Glegg et Samuda, constructeurs anglais, le perfectionnent. Ils font leurs premiers essais en France, à Chaillot et au Havre. Inutile de dire qu'ils n'obtinrent aucun succès : tous les hommes pratiques s'en moquèrent. Cependant, comme ils avaient réussi, ils établirent en grand leur appareil à la porte môme de leurs ateliers. Qu'importe? Des hommes sérieux, des hommes d'un grand nom, que j'aimerais assez a pouvoir citer, s'en moquèrent, haussèrent les épaules, traitèrent le projet de fantaisiste, et il fut
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impossible à MM. Clegg et Samuda de trouver le plus faible appui à Londres.
Oh ! les hommes pratiques, les hommes positifs, qui n'ont plus de cœur, jusques à quand donc seront-ils les obstacles du progrès? C'était Gaton qui conseillait d'abandonner les vieux esclaves et de les laisser mourir de faim; Caton qui formulait ce dicton qui a servi de texte au théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres: « ne change point de soc, ayant pour suspecte toute nouvelleté. » Ces paroles sont encore en profonde vénération auprès de tous les laboureurs. Franklin est forcé d'écrire sur un champ ensemencé le mot plâtre pour donner un témoignage manifeste de sa puissance ; la charrue Dombasle est encore rejetée par bon nombre de paysans; ils ne font pas de moyettes; ils objectent contre les piocheuses, le fumier trop pailleux et contre les faucheuses, les taupinières. Ne riez pas; j'ai entendu de mes propres oreilles deux braves gens les repousser pour ces raisons. Mais faites donc pourrir vos fumiers 1 mais détruisez donc vos taupinières!
Voyez-vous la terrible position de l'inventeur trouvant ces réponses hôtes, recevant ces pavés à chaque pas qu'il fait. Que devient son œuvre au milieu de cette légion d'imbéciles acharnés après elle? Comment peut-il l'imposer à tous les gens qui ne veulent même pas l'examiner, la voir et qui la condamnent d'avance. Quelle prise peut-il avoir sur les hommes, qui même après avoir vu des résultats pratiques, avoir palpé en quelque sorte ses avantages, ne la condamnent pas moins parce qu'elle est une chose nouvelle? Quel courage ne faut-il pas qu'il ait pour soutenir contre tous une vérité que tous renient? Quelle persévérance doitil employer pour la faire comprendre à ces hommes qui ne veulent pas l'écouter, qui condamnent son œuvre sans l'entendre, qui sont tous pleins de préventions contre elle, qui sont ses ennemis systématiques, et qui, s'il veut monter à la tribune, sifflent et poussent des huées pour couvrir sa voix.
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Quel désespoir doit-il ressentir en voyant souvent triompher le faux sur le vrai I Quels sentiments durent remuer le cœur de Jouffroy quand, jeune et inconnu, il présente concurremment avec Perrier, appuyé par Ducrest, gentilhomme très répandu à la cour de Louis XVI et dont le nom fait autorité, un projet de machine à vapeur appliquée à un bateau; et quand il voit, lui qui est seul dans le vrai sous le rapport du mécanisme et du calcul de la force à employer, adopter le projet de Perrier, et quand à la suite de l'échec qui résulte de cet essai, la compagnie aux frais de laquelle il s'était fait, se dissout, refusant de recommencer une nouvelle expérience et le condamnant ainsi à agir seul, livré à ses propres forces !
Ce doit être un désespoir dans le genre de celui qu'éprouverait Brunelleschi si, sortant de sa tombe, il voyait la manière dont ses continuateurs ont achevé son dôme à Florence ; ce doit être une rage impuissante telle que l'a représentée le Puget, ce grand artiste, aussi lui dédaigné et incompris, dans son Milon de Crotone qui plein de force et de vie ne peut cependant ouvrir l'arbre qui s'est refermé sur ses doigts et se voit dévoré vivant par les loups.
Les loups pour l'inventeur ce sont les routiniers de toutes sortes : Roger Bacon va en prison, Galilée est soumis aux tortures de l'inquisition, et son fils poussé par la superstition brûle ses papiers ; Colomb est chargé de fers, Bernard de Palissy est une des victimes de la Saint - Barthélémy , Sauvage est emprisonné pour dettes, Jouffroy meurt aux Invalides, Lebon est assassiné.
Quel effrayant martyrologe, et que M. Laboulaye fait bien de s'écrier : « L'histoire de l'humanité, c'est l'histoire des martyrs ! » Ils sont tous chassés, poursuivis, traqués comme des bétes fauves, jetés dans des fosses comme des animaux dangereux, abattus comme des chiens enragés , tous ceux qui apportent une nouvelle foi au monde. Ici ce sont des
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échifauds, là des bûchers qui se drossent contre eoi. Il faut que le progrès soit arrosé avec du sang.
Après les obstacles que la stupidité humaine a dressés devant la nouvelle invention, viennent ceux que suscitent la jalousie, les rivalités, l'amour-propre ou l'intérêt; ceux qui éprouvent l'un ou l'autre de ces sentiments ne reculent devant aucun moyen pour parvenir à leurs fins. Ici c'est le peuple, la foule, la masse qui ne croit pas à l'utilité des machines, qui se voit menacée par leur emploi de manquer de travail et qui, alors furieuse, aveugle, n'écoutant rien, se rue sur la nouvelle invention et son auteur, brise ses appareils et menace de le tuer lui-môme.
Les ouvriers du Lancashire se précipitent en armes contre le premier chemin de fer ; Arkwright est obligé de quitter Preston, parce que le bruit se répand qu'il veut diminuer la main-d'œuvre.
Les ouvriers tournaisiens tentent d'assommer Jouve ; le même préjugé fait briser le métier de Hargreaves ; de môme l'invention de Jacquard supprimant deux ou trois hommes par métier , on détruit ses premières machines et sa vie est menacée.
Il faut le dire, à la honte de notre siècle, en 1848 des mariniers, des < elusiers, des conducteurs de voitures incendièrent la station de Saint-Denis, détruisirent le pont du chemin de fer à Asnières, ses bâtiments à Saint-Germain et brûlèrent le pont de Bi game, sur la ligne de Rouen.
Les imprimeurs eux-mêmes brisèrent, il y a quinze ans, les presses mécaniques I
M. Robinson, à Dublin, veut construire une machine à clous, en voyant que la fabrication à la main, seule en usage en Irlande, ne pouvait rivaliser avec la fabrication mécani-
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que dont se servait l'Angleterre. Mais quand il essaya d'en faire usage, les ouvriers s'y opposèrent de la manière la plu» violente. Malgré toute l'énergie qu'il déploya, il ne put triompher de leur résistance. Ils croyaient avoir remporté une grande victoire : Qu'en résulta-t-il ? c'est que bientôt l'établissement de M. Robinson tomba, qu'ils furent privés entièrement d'ouvrage et que l'Irlande fut dépouillée de ce genre d'industrie.
Qui ne connaît le triste sort du bateau de Papin?
Quand celui-ci eut visité la machine de Savery, il songea à appliquer cette force motrice à un bateau. On avait cru jusqu'en 18S1 que cette machine n'était pas sortie du domaine delà théorie. Mais une correspondance de Papin avec Leibnitz, retrouvée par M. Kuhlmann et communiquée à F Académie des sciences, a prouvé que cette machine avait été appliquée à un bateau construit sur la Fulda.
Malheureusement Papin avait à Marbour** des ennemis puissants; les dissentiments qui s'étaient élévés entre lui et eux le forcèrent de quitter l'Allemagne, et il prit la résolution de faire transporter son bateau en Angleterre.
Il demande alors, 7 juillet 1707, la permission de faire passer son bate:iu delà Fulda dans le Weser; mais il paraît que les administrations de cette époque étaient aussi lentes que celles de nos jours; car nous avons une nouvelle lettre en date du 1er août, où il se plaint du temps qu'on met à lui répondre.
Dans cette nouvelle lettre, il est enchanté de son bateau : il le montre triomphant du courant avec une telle force qu'on avait de la peine à reconnaître s'il y avait une différence dans sa vitesse en le remontant .
Mais dans le post-scriptum de cette lettre, dans laquelle il s'enivre de son succès et montre tant d'espérance, il se plaint de nouveaux tirnillements, de nouveaux échecs. Les bateliers ne veulent pas permettre h son bateau de passer dans le Weser ; il faudrait une permission de Son Alteme
l'Électeur de Hanovre, et s'il la refuse, alors que deviendra le fruit de tant d'efforts et de travaux ? Il ne lui restera plus qu'à abandonner et à détruire l'œuvre commencée ; cette nouvelle invention, appelée à révolutionner le monde, devra périr en son enfance faute d'une permission.
La permission n'arrivait pas cependant. Alors Papin, réduit au désespoir, tourmenté par cette idée dévorante, croit pouvoir s'en passer. Le 25 septembre il s'embarque sur la Fulda et arrive à Brème où, en se réunissant, la Fuldaet la Wera forment le Weser.
Là il veut faire entrer son bateau dans les eaux du Weser. Mais les mariniers s'y opposent. Et comme lui, le grand homme, l'homme de génie, s'indignait contre l'imbécillité de ces gens qui ne comprenaient pas son œuvre, et par une stupide jalousie voulaient l'arrêter, faute d'une malheureuse formule administrative; eh bien! ces gens mirent sa machine en pièces!
Ah! dites-le moi, en voyant l'ignorance et une stupide jalousie détruire ainsi le premier bateau à vapeur, ne sentezvous pas passer dans vos nerfs le frisson d'indignation qui arrête la parole sur vos lèvres, vous étreint la gorge et le crâne et ne laisse échapper qu'un blasphème contre la sottise humaine ! qu'une plainte pour le génie !
Et lui, Papin, déjà vieux, faible, malade, qui comptait sur son bateau pour s'introduire auprès de la reine d'Angleterre, pour obtenir du pain et un asile pour sa vieillesse, pour voir triompher enfin, en grand, dans la pratique, son invention, se trouve privé de toutes ressources, jeté dans la misère!
Il n'a plus de patrie : l'édit de Nantes le condamne à errer hors de France. Il lui reste l'Angleterre ; mais Robert Boyle, son ami, est mort ; les savants avec lesquels il avait des relations sont disparus ou l'ont oublié ; et s'il obtient de la Société royale de Londres quelques secours qui, en l'empêchant de mourir de faim, ne l'en laissent pas moins dans la misère, il ne peut avoir les ressources qu'il lui faudrait
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pour recommencer ses expériences, remplacer son bateau détruit sur le Weser !
L'histoire de Papin se renouvelle pour Fulton. Quand il a réussi, on objecte que le système de navigation à vapeur est préjudiciable au pays, qu'il nuit aux constructions navales. On répète les vieilles erreurs qui tendent à arrêter tout nouvel élan. Des paroles ne suffisant pas, on en vient aux faits. Des bâtiments à voile heurtèrent souvent à dessein son bateau et l'endommagèrent. La législation de l'Etat de New- York fut obligée de réprimer ces tentatives par la prison et l'amende.
Ce n'est pas seulement le peuple qui se livre à ces manœuvres insensées ; ce sont tous les hommes qui ont intérêt à ce que le nouveau progrès ne se manifeste pas. Singulier aveuglement que celui qui leur fait croire qu'ils pourront faire dérailler l'humanité en mettant une plume sur la voie.
Parmentier était traité non-seulement de fou, de monomane, mais encore d'homme dangereux. Il donnait au peuple des espérances chimériques et subversives de l'ordre public, en voulant que tout le monde mangeât. Et que d'accusations contre la pomme de terre étaient fulminées et par la cour, et par la ville, et par le clergé, et par les routiniers et par les accapareurs que protégeait Louis XV et qui avaient tout intérêt à arrêter cette nouvelle source de bien-être pour le peuple.
Les seigneurs de Saxe combattirent avec acharnement Schubart pour maintenir leurs privilèges de vainc pâture, de jachère, etc. Ils allèrent jusqu'à le dénoncer comme un démagogue dangereux. Les Sociétés d'agriculture, fidèles à leur rôle, le combattirent de toutes leurs forces.
Quand Riquet construisait son canal, tous les braves gens dont les terres expropriées n'avaient pas été payées assez cher à leur gré, faisaient de même tous leurs efforts pour entraver ses opérations et les discréditer.
Qui expliquera le fait suivant?
L'l.\ YËATfiL'R
L'abbé Chappe venait d'obtenir, à force d'insistance et de démarches, l'autorisation d'élever un de ses télégraphes sur le petit pavillon de gauche de la barrière de l'Étoile. Une nuit, des hommes ma&qués enlevèrent ce télégraphe.
M. Maccaud invente un cherche-fuites fort commode, d'un usage très-facile. Vous croyez qu'on va le mettre immédiatement en usage. Erreur! il e.^t de l'intérêt des compagnies de laisser les tissures s'entretenir, car, quand elles sont bien bouchées, le consommateur réalise immédiatement une économie de 20 à 30 0/0. Il est de l'intérêt des appareilleurs de gaz de prolonger éternellement leurs travaux de réparation; et alors on n'adopte pas l'appareil Maccaud. On ne s'en sert que dans les cas difficiles et on le contrefait.
Et puis quelles jolies petites perfidies, quelles insinuations :
Sax joue de sa clarinette par devant les membres du jury de l'Exposition de 1844 et enlève leur admiration :
— Ne voyez-vous pas, dit Habeneck, que Sax est un exécutant hors ligne? Il jouerait aussi bien sur un manche à balai.
Or ce compliment enlevait au facteur ce qu'il accordait au virtuose.
M. Oscar Comettant, sous le titre d'un inventeur an dixneuvième siècle y nous a raconté la très-curieuse biographie du célèbre facteur d'instruments de cuivre; elle est pleine de faits instructifs. (Juand Sax voulut renouveler la musique militaire, il n'y eut pas d'injures qu'on ne lui lançât. Je compris bien, les facteurs se croyaient menacés dans leurs plus chers intérêts.
Aussi comme les injures ne suffisent pas quand on veut prouver quelque chose, attaquaient-ils la réforme tentée par Sax avec les plus curieux arguments, dont voici quelques-uns :
et Avec les instruments de Sax, dit {'Europe musicale du
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21 avril 1845, les musiciens seront bientôt sur les dents et une partie sera constamment à l'hôpital.
« On réduira les musiques militaires à un déplorable état d'uniformité.
a On sait que le système S;ix consiste eu une combinaison de bugles de tout calibre. Ces instruments sont généralement sourds, et en tète d'un régiment on ne les entendrait pas. »
Et puis vient enfin cette fameuse question morale qui se reproduit devant toute nouvelle invention : « Voyez-vous la ruine de milliers de familles qu'apporte le nouveau système. Dix mille maîtres, contre-maîtres, ouvriers, femmes et enfants seront réduits à la misère; plus de dix mille musiciens seront forcés de recommencer leur éducation instrumentale. Les marchands de musique militaire seront également ruinés, car la musique qu'ils ont gravée deviendra désormais inutile : tout le répertoire musical de l'armée, composé et arrangé* pour notre système, ne sera plus bon qu'à être livré aux flammes ou vendu au poids. Cette perte peut être estimée à un million. Car chaque régiment possède des archives musicales, dont le prix d'achat seul est évalué à 12,000 francs. »
Voilà ce que disait la protestation des facteurs : « Il faut avouer, dit Oscar Comettant, que si messieurs les facteurs étaient sincères en attribuant aux instruments de Sax une si funeste influence, ils se sont montrés bien coupables, puisqu'à une certaine époque ils ont laissé les anciens instrumenU pour contrefaire les nouveaux, avec une touchante unanimité, au mépris de tout le mal qu'ils en avaient dit... »
Et puis à leur intérêt si touchant pour eux-mêmes, pour les ouvriers, pour les musiciens, ne pouvait-on pas répondre :
Et les marchands de cuivre? et les ouvriers graveurs? et les marchands de papier?
L'iN VENTEUn.
Sax venait en France précédé d'une réputation non pas seulement d'habile facteur, mais d'inventeur. Le premier titre eût été jusqu'à un certain point une bonne recommandation : on eût bien pu l'envier, être jaloux de lui, mais on eût cherché à l'employer ; il y avait des ressources avec lui dans ce cas.
Mais il était inventeur 1 chose grave, tort impardonnable pour les facteurs et les ouvriers et qui devait immédiatement les animer de toute la malveillance possible à son égard : car il substituait les chemins de fer aux routes et, par conséquent, il devait avoir contre lui tous les maîtres de poste et les postillons.
Cela ne manqua pas d'arriver : c'était un homme dangereux qui fabriquait les instruments de bois et les instruments de cuivre à la fois, — choses que se partageaient auparavant les maisons spéciales; — qui faisait entièrement fabriquer tous les instruments chez lui, au lieu de les faire passer par trente-six ateliers; — qui, enfin, apportait des instruments tels qu'on n'en avait jamais vu.
Haro sur lui donc ! Et alors voici qu'une vaste conspiration s'ourdit; une ligue avec président, délégués, trésoriers, s'organise savamment et fait des appels de fonds pour l'accabler sous le poids des procès; on le ruine, on le vole, on abuse de sa confiance, on brise ses outils, on le force à se soumettre à la main des usuriers, on le discrédite, on l'empêche d'avoir des fonds, on lui enlève ceux qu'il a: il lutte énergiquement, alors on a recours aux grands moyciis : un jour on essaye de l'assassiner !
Donizetti veut employer ses instruments; on le force d'y renoncer.
Quand on a tout épuisé, on arrive à la calomnie, arme commode qui ne coûte rien, et dont il est impossible de parer les blessures : la calomnie, cet excellent moyen dont parle Beaumarchais :
« La calomnie, monsieur! vous ne savez guère ce que
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vous dédaignez : j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville eu s'y prenant bien ; et nous avons ici des gens d'une adresse... d'abord un bruit léger, rasant le sol comme l'hirondelle avant l'orage, pianis?imo, murmure, file et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille et piano, piano aussi le glisse dans l'oreille adroitement. Le mal est fait : il germe, il rampe, il chemine et rinforzando de bouche en bouche, il va le diable; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraine, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait?»
Avec elle on fait perdre le crédit; on dit qu'un billet que veut négocier Sax est un billet de complaisance qui ne sera jamais soldé, et on l'empêche de le négocier; on discrédite des actions qu'il émet.
L'absurdité n'arrête pas; au contraire, la calomnie est crue en raison de sa stupidité. On accuse Bernard Palissy de fabriquer de la fausse monnaie, et on renouvelle cette accusation <tupide contre Sax.
On comprend tous ces faits, à la rigueur, en y mettant de la bonne volonté, il est vrai, mais enfin on les comprend; l'intérêt est une influence si grande sur nous autres pauvres mortels l Mais on ne comprendrait certainement, pas les faits suivants, si on ne savait que l'amour p opre sur certains esprits a une non moins grande influence. Est-ce lui ou l'intérêt qui a dicté aux dames de la cour la petite méchanceté suivante? Gomme il me semble assez difficile de juger l'intention, je place ici le fait comme transition naturelle entre ceux que je viens d'exposer et ceux qui vont suivre.
Les dames de la cour étaient chargées de tricoter les bas de laine que portait Marie de Médicis. C était un grand honneur et dont elles étaient fort jalouses. Aussi quand William Lee menaça de les remplacer dans cette fonction par son métier, décousirent-elles clandestinement les bas de la reine qui lurent jugi s mauvais. Le crédit de l'inventeur fut perdu et il mourut de chagrin.
Quand le télégraphe de l'abbé Ghappe eut enfin triomphé, Bergstrasser qui s'en était aussi occupé le mutila, et plaida tant qu'il put auprès de ses compatriotes, pour prouver qu'il ne valait rien et n'était bon qu'à amuser les badauds.
Mais voici un fait pour lequel le doute n'est pas possible; il ne relève que de l'amour-propre. Quand parut le paratonnerre, l'abbé Nollet avait à Paris le monopole de l'électricité ; il s'en était fait sa chose à lui. Malheureusement il avait eu beau s'en occuper toute sa vie, soit qu'il lui manquât cette étinrelle qui doit s'allumer dans le ceneau pour qu'il y ait invention, soit que le hasard se fût refusé à lui fournir une occasion de faire une invention, il n'avait pu rien apporter de nouveau h la science. Cela le chagrinait fort et le rendait fort envieux des hommes qui, comme Franklin, sans s'occuper entièrement de cette question, l'éclipsaient complètement par l'éclat de leurs découvertes. Aussi l'abbé Nollet était-il l'adversaire systématique de l'Américain, et quand une traduction des lettres de Franklin parut, il prétendit qu'elles ne venaient pas d'Amérique, mais qu'elles avaient été fabriquées à Paris par ses ennemis. Puis ne pouvant plus se flatter de cette illusion, il se mit en devoir de les réfuter, l'homme troublant le physicien, et le faisant par conséquent aller un peu à tort et à travers. Je détache le passage suivant contre le p iratonnerre, qui le prouve suffisamment.
« Quelle apparence y a-t-il que la matière fulminante contenue daus un nuage capable de couvrir une grande
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ville se filtre dans l'espace de quelques minutes par une aiguille grosse comme le doigt ou par un fil de métal qui servirait à la prolongerl À quiconque aurait assez de crédulité pour se prêter à une pareille idée, ne pourrait-on pas aussi dire d'ajuster de petits tubes le long des torrents pour prévenir les désordres de l'inondation? S'il ne fallait que des corps pointus ou éminents pour nous garantir des coups de tonnerre, les flèches des clochers ne su fïi raient-elles pas pour nous procurer cet avantage ? car, outre que la plupart ont une croix dont les bras sont presque toujours terminés en poiote, ce que l'on met au bout est si peu de chose, par rapport à la grandeur des objets, que ces édifices sont plus pointus vis à vis un nuage, qu'une aiguille a coudre ne peut l'être a l'égard d une barre électrisée. Cependant on sait de tout temps que la foudre ne les i éjecte guère, non plus que la cime la plus aiguôdes moutagm feriunt... summos fulmina montes, »
Et voilà cependant par quels arguments, dont il est inutile de démontrer la fausseté aujourd'hui, il engageait la plupart des physiciens français à combattre le paratonnerre. Quelques-uns même dépassèrent son ardeur belliqueuse : lui se contentait d'appeler le paratonnerre un petit écart de M. Franklin, fort à déplorer. Un de ses disciples, l'abbé Poncelet, voulait qu'un règlement de police défendit de terminer les édifices en pointe, et ordonnât de leur donner des surfaces convexes; bien plus encore, on devait, dans un intérêt public, interdire de planter des arbres de haute îige auprès des habitations. Il reprend pour motiver son arJeur les arguments de l'abbé Nollet, en essayant de les rendre plus forts par les hyperboles avec lesquelles il les couvre.
Essayer d'éviter les accidents du tonnerre avec une petite barre de fer, u c'est comme si, disait-il, je voyais un charlatan, muni d'un vase contenant environ une pinte, entreprendre dévider l'immense bassin de l'Océan, pour pa^er à pied sec eu Angleterre. »
l'inyestegr.
Et tous tant qu'ils étaient honnirent si bien le paratonnerre, qu'ils en arrivèrent à en faire un objet d'exécration publique.
Et à l'amour-propre de Nollet se joignit sans doute un peu d'amour-propre national. Quand donc les hommes comprendront-ils qu'ils sont tous solidaires et que peu importe que telle chose vienne d'Asie ou d'Afrique, pourvu qu'elle soit bonne? Malheureusement jusqu'à présent chaque peuple a regardé les autres pcuples"comme ennemis. Longtemps on a cru qu'une nation ne pouvait prospérer que si ses voisines étaient pauvres. Montesquieu est allé jusqu'à dire qu'il était de bonne politique de les attaquer si on voyait qu'elles étaient trop puissantes. Au lieu de grouper les intérêts communs, on a cherché à les diviser. Jadis, un peuple se privait de sel parce qu'il ne pouvait en obtenir que de ses voisins. L'Angleterre, par esprit national, a voulu se servir de paratonnerres à boule, parce que les paratonnerres pointus venaient d'un Américain. Les Anglais sont des types eu ce genre. Leur orgueil ne souffre pas qu'une autre nation les dépasse en quoi que ce soit. Ils sont à la piste de toute- les revendications. A les entendre, ce sont eux qui ont tout découvert et tout inventé.
Ainsi le docteur Hobison dit : « Papin n'était ni physicien ni mécanicien. » Mais en revanche Robert Stuart célèbre leolipyle de l'évéque Wiikins; le docteur Hobison, le Dr Uees, MM. Millington, Nkholson, Lardner, Alderson, Tregdod, Tuomas Young, Paidington, font dater l'histoire de la machine à vapeur du marquis de Worcester.
Mais il y avait un document qui gênait singulièrement ce système historique.
En lG9o, Denis Papin avait publié un ouvrage intitulé : Recueil de diverses pièces touchant quelques machines. Les écrivains anglais ont feint d'ignorer l'existence de cet ouvrage dans lequel étaient développées les idées de Papin, el qui établissait d'une manière certaine ses droits à l in-
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vention de la machine à vapeur : cela ne suffisait pas; il n'existait à Paris, en 1830, qu'un exemplaire de cet ouvrage appartenant à M. Molard. Cet exemplaire passa ensuite à la Bibliothèque royale.
Eh bien I il y fut volé par un Anglais!
Il n'y a pas de fait, vous voyez, devant lequel recule un Anglais pour satisfaire sa vanité nationale. Il n'y a pas de stupidité qui lui fasse peur quand ce sentiment le domine. Aniger a fait un long plaidoyer tendant à prouver qu'Héron d'Alexandrie était inventeur de la machine à vapeur, pour enlever cette gloire à Papin.
Les télégraphes employés en Angleterre sont tous d'orir gine anglaise. Il est vrai qu'en France, au lieu de nous servir des télégraphes américains et anglais, nous avons voulu tout d'abord appliquer à la télégraphie électrique le système de signaux des télégraphes aériens.
Les Américains rendent aux Anglais l'exclusion dont ces derniers les frappent : la taxe pour l'obtention des patentes est, aux Etats-Unis, de 300 dollars pour les étrangers, et de 500 dollars pour les Anglais.
Tous les peuples partagent plus ou moins ce faux esprit national : Que de nations ne veulent pas adopter le système métrique parce qu'il est né en France!
A coté de ces faits, plaçons-en un qui fait honneur à la France, et que l'on est heureux de pouvoir citer au milieu de toutes ces petitesses, que j'irais môme jusqu'à appeler des infamies, car ce sont des crimes de lèse-humanité.
Un prix avait été fondé par l'empereur, destiné au physicien qui ferait la plus importante découverte sur l'électricité. C'était Davy qui le méritait : En 1808, au milieu de nos guerres contre l'Angleterre, on eut le courage de le lui décerner. Il est vrai qu'on ne lui donna pas le prix de 60,000 fr., auquel il avait droit, et qu'on ne lui octroya que 3,000 fr.; mais il n'en fut pas moins beau et noble à nous de reconnaître ainsi sa supériorité.
Maintenant les jalousies, les haines nationales, sont de plus en plus en voie d'apaisement. Les rapports des délégués des ouvriers à l'exposition de Londres, de 1862, les discours tenus au congrès de Genève, le prouvent. Ils ne parlent plus de la perfide Albion ; ils rendent justice à ses produits; ils se montrent impartiaux. Tous commencent à comprendre qu'au delà de la patrie, il y a l'humanité.