CHAPITRE II Le premier invérifiable
Le territoire de la métaphysique
Le problème que nous venons de dégager une fois formulé, on se trouve en face, non pas de notions claires, mais, au contraire, d'une question grosse de controverses : celle* de savoir comment doit être déUmité le territoire de la métaphysique. Après le labeur des philosophes du temps passé, on peut, en effet, concevoir deux façons opposées de la résoudre. Or, entre les deux, il n'est pas possible de choisir, je ne dis pas pour des raisons infiniment 'probables, je dis pour des raisons rigoureusement démonstratives. Nous appellerons ces solutions : la solution réahste et la solution soUpsiste. Les réaUstes admettent, indépendamment de la conscience de l'individu qui pense, d'autres réaUtés, soit d'essence différente, soit de même essence, soit inconnaissables. Le solipsiste conséquent se refuse à supposer aucune réalité, si ce n'est celle de sa propre conscience : il réduit, par conséquent, tout ce qui n'est pas
66 l'invérittable
Nous voici donc en état de préciser la façon dont se pose le, problème que nous nous proposons de traiter. Nous avons dit comment se formulent les questions de la métaphysique. Nous venons d'énumérer les seuls moyens dont nous disposons pour nous faire, sur un sujet quelconque, des convictions raisonnées et prouvées. Etant donné, dès lors, et la nature des problèmes à envisager, et celle des moyens de connaissance et de démonstration qui sont en notre pouvoir, est-il donc possible d'affirmer, soit que nous pouvons en découvrir une solution vérifiée, soit que leur solution est nécessairement inconnaissable pour un esprit d'homme, soit que nous ne saurions établir si, parmi les solutions que nous en concevons, il y en a une dont nous ayons le droit de dire qu'elle est la vraie ? Toute notre discussion doit tourner autour de ces trois points capitaux.