‹ L'Inversion Du Complément Direct Et L'Accent Oratoire Dans Le Roman De Troie dans le roman de TroieChapitre 33 sur 51 · Rien que seit“vive n'am jo plus Com jo faz tei · texte numérisé non relu

Rien que seit“vive n'am jo plus Com jo faz tei

1670. Rien nule en terre ne crembras.

Dans les phrases où le verbe est composé où accompagné d’un infinitif, il y a aussi demi-inversion : 545. Mais n’i porent nul bien trover.

(A côté de 140. Nule autre rien n'i voudrai metre.) & La même construction se retrouve dans tous les anciens textes français :

Nule chose de ce monde il ne laissierent en l’ost des Sarra-

ains. (Joinvillé)

Rien nuls a faire ne redot

Que moi vos plaise a comander ENS Por le chastel desfendre. ÿ

(Aucassin et Nicolette.) (79)

En français moderne, on auraïît en. pareil cas l'ordre direct (tu

ne craindras rien sur la terre), l'usage de l'inversion simple (rien tu craindras) ét pas plus que celui se l’inversion cachée de rs espèce (c'est rien que tu craindras) n'étant pas admis.

Toutefois, si le verbe’est accompagné d’un infinitif qu qu'il ‘soit

composé, c'est la demi-inversion qui est de rigueur, dans ce type de phrases, lors même que l'italien, l'espagnol ou le roumain se servent

LS Ÿ h è 5 à x ; TER Eee ï

de l’ordre direct : je n'ai rien vu, je ne veux rien dire, je n'ai rien pu faire (en regard de : roum. n'am vesut nimic, it. non voglio dir nulla, esp. no he pbodido hacer nada).

La mise en tête du complément direct négatif est tr ès fréquente

dans la plupart des langues indo-européennes

- Lat. Nihil agis, nihil moliris, nihil cogitàs quod.… (Cicéron Discours contre Catilina [.)

It. Nulla avrebbero essi potuto afferrare. (D'Añtinizio : Forse

che si, forse che no.) | = LV

Nessuna particolare espressione era possibile sorprendere su

quella faccia. (R. Bracco #8 ce Più nulla intesi. me - =

Nulla mi dovete (en face de « non mi dovete nulla »). ( 80). cb Nada descuidaré (=je ne négligerai rien).

Danois (avec rejet du sujet) : Intet ved jeg (je ne sais rien). (Norman-Hanson : Den Hvide Nat.) (81)

(79) À plus forte raison ne faut-il pas s'étonner de les trouver dans

les « Serments de Strasbourg » (ab Ludher nul plaid nunçquem prindrai). (80) Voici d'autres exemples tirés de Matilde Serao (Dopo li perdono) :

i due sposi nulla si eran.detto (p. 30); io nulla temo, Mary (p. 32); e nulla si chicsero alle lere anime (p. 36); anccra egli nulla vide (p. 4l); nulla egli

pao fare (p. 152).

Je relève, d'autre part, un curieux exemple de niente employé en

chiasme dans Roberto Bracco (Nell'ombra): Ma io non posso dirvi net

perchè nienté ho visto coi miei occhi. ï J'ai observé la même alternance de l’ordre diect avec l’ inversion re

; une phrase dialectale entendue à Laigueeglia (Ligurie occidentale) : u nu ga

ninte, ninte u nu ga {litt. «il n'a plus rien, plus rien il n’a »).

(81). Toutefois, en anglais et même en allemand, on a .en général

l'ordre direct : angl. 1 know nothing; all. ich weiss nichis.

x, RS :

a ne a dcr a deu dan SE

ia En Pr Se

Be

: Suédois : Ingenting gôr nâgot nu (L/ Lagerlôf, Kérkarten, p. 73.) Tchèque : Nic nevezeme (=nous ne portons rien). (82) en va de même dans les langues finno-ougriennes. Hongr. Semmit sem tesz (à rien).

Furce: Hix bir xey yapmaz. (83)

à côté de mem Less semmit) (=il ne fait

EST au contraire, un complément direct négatif est régi par le verbe avoir, on a généralement l'ordre Verbe—Complément direct.

8164. N'ont nul reguart d'ome qui seit.

12223. N'aveit nul heir, e por ço fu Lis reiaumes tot confondu.

29495. N'a mais enfant nul de sa femme Qui après lui tiéenge le regne.

- À plus forte raison y a-t-il ordre direct si la phrase contient en outre l'expression soz ciel, ce qui a lieu dans dix-sept

vers; l'inversion dans ce Cas ne s’observe qu'une seule fois.

2306. Soz ciel n'aveit nul meillor. :

Si le complément direct n'est pas un mot négatif, mais se trouve régi par un verbe accompagné d'une négation, le Roman de Troie pratique le plus souvent l'inversion.

1078. Damage, orgueil, Ponte die tors Ne volions faire en sa terre, :

a Ne n'avions talent de guerre.

De même au xive siècle :

Le commandement du roy n'oserions nous briser. (Froïssart Œuvres, éd. de K. de Letterhove, p. 69.) 9

Aujourd'hui on a dans ces cas l'ordre direct (} ne craint pas \la mort) ou l’inversion cachée de seconde espèce (la mort, il ne la craint

(82) Dans les langues balto-slaves, ce tour s'applique également au cas où l'accusatif est remplacé par un génitif : russe nitxevo n’e zdelayui= lith- nieko nepadarys (=ils ne feront rien).

(83) x=ch fr:

pas). L'inversion simple ne se rencontre guère que dans la traduction du Décalogue (numéros 8, 9, 10) et dans les Commandements de l'Eglise (n° 6). Ainsi, le 6° Commandement de l'Eglise se lit : Faux témoignage nc diras Ni mentiras aucunement.

Quant à l’inversion cachée de première espèce, elle ne s'emploie que si la négation porte sur un mot déterminé de la phrase : ce n'est pas vous que je crains (comparé à je ne vous crains pas). (84) .

Lorsqu'il s'agit d'une phrase négative dont le complément direct est dépourvu de négation, l’inversion cachée de seconde espèce est

assez usuelle dans toutes les langues romanes It, Cerlo quella farfalla la protezion non l'ha.

(Cavallotti : Il Cantico dei Cantici, se. v.)

Esp. La muerte no la temo.

. Roum. Tôte nu le am vezut, ÿ Par contre, les langues germaniques ont recours ‘à DER simp'é ; cette inversion Cbrat tion faite de l'anglais) y est toujours accompagnée du rejet du sujet AU. Den Dank, Dame, begehre ich nicht.

(Schiller : Der Handschuh.) Suédois d-BéRer ser man.de i0ke. - | Angl. This proposal I cannot accept. = Its excellence 1 don't dispute.

Whether he wrote it, nobody knows.

En japonais, le complément direct est en ce cas mis en valeur

par la particule wa (par ex. Mina wa mimasen =je ne les aï pas tous vus (litt. tous ? je n'ai pas vus). ;

Le mot autre servant de régime à un verbe ue ue négation se place généralement avant le verbe; il est clair - qugdans toutes les phrases négatives ce mot est oxyton.

1246. Autre parole ne voz faz.

L’ordre direct est beaucoup moins fréquent.

13158. Jo n'en- puis prendre autre conrei.

Même construction chez Rabelais :

Aultre don pour le present ne requeroit des cieulx, sinon qu'il lui

(84) Russe ya ne vas boyus (comparé à ya vas n'e boyus),.

vécue / À

ETS : fust fait grace de lui complaire en quelque service agreable. (Gargan- : tua, Livre 1, chap. xv.) : De même dans les autres langues romanes et en grec : Roum. Alta’ limb’ armonioasa’ Ca ea nu. ga’simuw. 5 : (G. Sion : Limba româneascà.) f . It. Altro non cura. £ Grec mod. vulg. Ki'allo pia dhen se sité.

. (Rangabé : I epithymia.) Si c'est le complément circonstanciel ou le sujet de la phrase qui comportent un sens négatif, alors que le complé- # ment direct en est dépourvu, on a le plus souvent l'ordre “direct:

£ 8323. Onques nus hom de mere nez Ne vit ensemble tanz armez.

19020. Onc n'en preïstrent vostre escu = Ne n'eümes par vos secours.

En conséquence, bien que le complément direct tende aussi à précéder le verbe, dans la lutte pour la/mise en tête de phrase, c'est généralement le mot négatif qui a le dessus, indépendamment de la fonction syntaxique qu'il remplit. À ce sujet, il y a une observation intéressante à faire, J'ai fait la statistique de toutes les propositions du Roman de Troie contenant un cofnplément circonstanciel négatif (onc, jamais, etc.) : sur quatre cent quarante-huit propositions de ce genre, il y en a trois cent quatre-vingt-quatré cas du type Complément circonstanciel négatif—Verbe (1820, Onques mieudre forgiez ne fu) et soixante-quatre seulement du type Verbe—Complément circonstanciel négatif (27558. Hom qui vivra n’orra ja mais), ce qui donne le rapport de 85,7 à 100. Le résultat est tout à fait concluant.

Chaque mot à sens négatif est presque toujours affecté. d'un accent logique, auquel s'adjoint parfois un accent émo-

< tionnel.

$ 43. — Phrase contenant un mot interrogatif ou exclamatif. Si le complément direct est un mot interrogatif (cas dont

nous avons onze €: semples dans le Roman de Troie), il pré-

cède toujours le verbe, comme en français moderne. Le

sujet est généralement rejeté après le verbe, même dans. le

cas des pronoms personnels. |

4005. Que quiert il entre chevaliers ?

12868. Que auerez vos ne ou alez, Qui or chevauchiez a ceste hore ? REPAS

. 20703. Que vueus tu faire ?

21727. Quel parenté ont il vers vos + Ne quel vaillance ne que nos ?

Mais, d'autre part, le complément direct interrogatif peut

aussi être précédé du sujet ou du ‘complément indirect ou: circonstanciel. (85)

1429 et 13935. Jo qu'en direie.

9281. Dez faiz Hector que parlereie à à

18985 et 21539, Mais ço que chaut ?

21105. Mais ço que vaut ?

29334, E les dameiseles que diront ?

Aujourd'hui, on répéterait le Sujet sous forme de FCO : Et ce monsieur, que désire-t-il ? La mise en tête du sujet (sans répétition

de sujet) est fréquente dans les langues slaves (pol. à ten Pan. co chce=et ce monsieur, -que désire-t-il), en persan et dans certaines

(85) En revanche, on ne trouve pas dans le Roman de Troie de phrases du type fr. fam.: vous partez pour quel endroit ? pour aller où ? sans

voir quoi ? (avec ordre direct). F5

Je oà à ti rer LS

BYE fr

ECUNE

— 119 — + langues agglutinantes (ture bu cifendi ne isteyor=ce. monsieur désire-tl ? jap.

fait-il ?).

, que ano hilo wa nani wo nasatmasukazcet homimne, que

Si c'est un sujet ou un complément circonstanciel qui est le mot interrogatif, ce mot se met avant le verbe, tandis que le complément direct se rejette après celui-ci:

10435. Coment porra cuers endurer

Le grant duel qu'avons a passer ?

13234. Quos en fereie plus lonc Dlaità 13982, Quos en fereie autre demore ? | La demi-inversion est plutôt Pare:

25095. E qui porreit tant duel soffrir ?

Parfois, le complément direct précède le mot interrogatif:

4671. Dame, fait il, ço que sera Ne si fait duel qui soferra ?

Voici un exemple analogue tiré du Chevalier au Lion (v. 1615) :

Vostre terre qui HR x (CÉ. Radne : Ce roi fils de David, où le chercherons-nous ? et fr. fam. et les bagages, où.les laisse-t-on ?) tte construction est usitée dans les langues slaves (russe tcb'a :kio sval=ù qui est-ce qui t'a appelé ? »), et dans certaines langues extraeuropéennes (turc, japonais, chinois ). (86) Le complément direcf interrogatif peut être résolu en une périphrase au moyen de la formule c’est....que qui l'encadre et qui n'est autre chose qu'une inversion cachée de pre-

mière espèce :

19421. Que ço séra que il diront ? —

Les ÉNpA TS de ce genre sont assez fréquentes en vieux fran> çais x

(66) Voir aussi Richter : Zur Eñtwickelung der fomañischen Wortstellung aus der lateinischen, pp: 112-113,

LA

Il ad enquis coment ço fud,

Ko cel miracle ert avenud.

(Vie de S. Gilles, 1175.) (87)

« Qu'est-ce que appartient au plus ancien fonds de la langue, est en. attesté dès RAPONE monuments de notre littérature, remonte mêmé ‘© | sans doute jusqu’au latin. » (88) - pan

Elles sont très courantes en français moderne F.

Qu'est-ce que vous dites ? (=que dites-vous ?). . <

Qu'est-ce que c'est que cela ? (—=qu'est-ce que cela ?=qu'est-ce ?). =

Mais la langue actuelle ne s’en tient pas à ce procédé, elle possède un autre moyen d'exprimer l'interrogation de façon à éviter l'inversion, laquelle tend de plus en plus à disparaître (89) :

C'est de remplacer la principale par une subordonnée et. de faire de quel complément direct un attribut grammatical. |

Quelle est la couleur que vous préférez ?.(=quelle couleur Dé férez-vous Pe art #a Re Ë

On peut aussi substituer au terme interrogatif un relatif JADE Nate duisant le verbe de la proposition subordonnée :-

Vous avez vu le ton qu'il a pris ? rene avez vu quel ton ila

ie RO VENTE A \ Le Dites-moi l'heure que vous avez fixée er quelle heure. vous avez fixée). ;

té tu le beau tour que nous . ta princesse, RUE (Musset : Les Caprices de Marianne: ÿ

“Le Lonolémint direct exclamatif (trois exemples) Le me LAS toujours le verbe : : A Fe

19033. Quelle derboisae devez désir | #

Qu'il soit interrogatif ou exclamatif, le complément direct

ne peut être que baryton (8 5). La à ‘

(87) Voir aussi Ritchie: Recherches sur la syntaxe de la conjonction « que » dans l'ancien français. One

(88) L. Foulet: Comment ont évolué les formes a l'interrogation ? p. 264. : s

(89) Sans compter les particularités de la langue populaire, tlles que l'emploi pléonastique de que: Quel âge qu'il a ? (V. aussi L. Foulet, Fc» p72682)

HAL $ 44. — Proposition subordonnée. .

Comme en français moderne, le complément direct-pronom relatif se met en tête de la phrase subordonnée; par ex.:

26331. Le cors Achillès firent rendre

Qu'il voleient a forches pendre.

Il va sans dire qu'un tel complément «direct n’est jamais baryton. | |

D'une facon générale, les « relatifs », c'est-à-dire les pronoms et conjonctions de subordination (qui, que, quand, si, etc.), occupent la première place dans toutes les propositions subordonnées. Îci, il convient de distinguer deux cas : 1° le complément direct est un mot qui, dans une proposition principale, aspirerait à se mettre en tête (mot à accent oratoire, nom accompagné d'un nombre ou d'un article défini, pronom démonstratif, etc.); 2° aucune raison d'ordre oratoire ou autre n'oblige à mettre le complément direct en

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