‹ L'Inversion Du Complément Direct Et L'Accent Oratoire Dans Le Roman De Troie dans le roman de TroieChapitre 42 sur 51 · PRE PR PEN · texte numérisé non relu

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Ainsi que nous l'avons dit maintes fois au couts du présent ouvrage, — au risque de répétitions — et ainsi, que le prouvent de nombreux exemples justificatifs. tirés.des langues étrangères qui peu- ‘ vent sembler accumulés à plaisir, mais qui ne sont cités que pour les besoins de la démonstration, la plupart des langues indo-européennes (et même: des langues nonsindo-européennes), et. en particulier les langues romanes, suivent le système de l'ancien fr ançais en mettant le mot à accent logique en tête de la phrase (114). Nous avons vu également que si dans ces langues, tout comme dans le Roman dé. troie, les mots barytons et oxytons se placent avant le verbe, par contre l’inversion est loin de devoir. nécessairement faire conclure À la présence d’un accent logique.

Ajoutons seulement qu'il est une langue. centale qui diffère en cela des autres langues étrangères et se raproche au contrairé du système du français actuel; c'est le japonais, qui, non seulement ($- 49)

se comporte comme le français moderne au point de vue de l'accent phonétique ($ 49), mais a ceci de commun avec lui, sous le rapport syntaxique, que, d’un côté, il n’a pas la ressource d’enfreindre l’ordre des mots- (et doit toujours s’en tenir à l’ordre Complément direct— Verbe), et que, d’un autre côté, il a très souvent recours aux particules montrant que tel mot est attribut logique et tel autre, sujet logique; c'est-à-dire emploie des figures syntaxiques analogues aux'inversions cachées du français moderne. Ainsi, koso et ga mettent en relief les mots barytons; par exemple :

Aruite wa anata koso tsukaremashtarô (si l’on va à pied c’est vous qui serez fatigué);

pan ga umetai (c'est le pain qui est bon).

De même, pour montrer que tel membre de phrase est oxyton et pour le détacher du reste de la proposition, sans qu'il soit besoin de répéter ce membre sous forme de pronom, on se sert de la particule wa, à telle point courante dans la conversation qu'on ne peut, pour

ainsi dire, former une phrase sans l’employer. Par exemple

{114) Autres éemples caractéristiques de la mise en tête de termes

barytonis :

lt. Ma di lontano Pace dicono le tue colline ee est la paix que. ) (Carducci). :

à: Angl. League with you I seck (—c’est une alliance que...) (Milton). AIl. Gift hast du in den Wein geworfen te est du poison que...) (Schiller).

Tégami wa yonda, — la lettre, je l'ai lue; Tokio ni wa ikimasen, — à Tokio, je n’y suis pas allé; pan wa umetai, — quant au pain, il est bon. -

Or, si, de relativement (115) libre qu'il était, l’ordre des

mots s'est fixé en des types de phrases ne comportant guère

d'exceptions, en particulier pour ce qui concerne le complé-

ment direct et le verbe, à quoi attribuer cette frappante cris-

tallisation de construction qui s’est établie en français ?

On dit généralement que c’est « en perdant complètement

les cas » que « le français a résigné cette liberté », et qu'il s'est vu privé de la faculté de dire, par exemple, à volonté, li rois fiert le baron et le Loir li rois (116).

Certes, il serait absurde de nier que l'adoption de l'ordre

fixe, ainsi que le développement qu'a pris le système des for-

mules c’est... que, etc., fût en rapport avec la disparition des

flexions des cas et la chute du s du cas sujet (117), puisque

dans les langues qui distinguent le cas sujet du cas régime

par la désinence, « les rapports entre les diverses parties de la phrase » sont « suffisamment indiqués par la flexion et par l'accord », de sorte que « dans la plupart des langues modernes de l’Europe » l’ordre des mots ne sert qu'à « indiquer ces rapports » (118). Et c’est ainsi que, dans les langues

anciennes, « les mots étaient placés de manière à attirer

l'attention sur la partie de la phrase essentielle pour le sens.

Ainsi l'ordre des mots avait une valeur expressive et non

(115) Brunot: La Pensée et la Langue, p: 319, et Vendryess Le Langage, p. 167. ;

(116) C. Delon: La Grammaire française d'après l’histoire, p. 390.

(117) Millardet: Linguistique et Dialectologie romanes, p. 150.

(118) Meillet: Introduction à l'étude comparative des langues indo-

européennes, p. 349.

Si syntaxique: il relevait de la rhétorique et non de la grammaire. » (119)

Housse ilne faut pas exagérer l'importance db chute

À des désinences pour la syntaxe, puisque la liberté relative

Lane disposition des mots peut coëxister avec cette chute.

N'a-t-on pas l'exemple de l'italien, de l'espagnol et du portugais

dont l'ordre des mots est beaucoup plus libre que celui du français et

qui pratiquent assez couramment l'inversion du complément direct,

surtout en poésie (120), bien que sous le rapport de la distinction for-

melle des cas, ces langues soient absolument comparables au fran- Ë 5 à

çais(121) ? N'a-t-on pas celui de l'anglais qui accuse certainement

" : PE 5; une préférence pour l’ordre direct, quoiqu'il n’exclue pas l’inversion,

= } À ROUTE x \ .

mais observé en même temps l’ordre Sujet—Verbe là où le français. use de l'inversion et où aucune confusion ne serait à craindre si Île verbe précédait le sujet (he said pour dit- il, ete; v. $ 17).

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Du reste, en français moderne;|on n'a point éliminé l’inversion

| > à ë - 3 = DÉC Ÿ De » < A dans les hrases interrogatives, bien que l’absence de flexion y prête

souvent à double sens (quel sort attend. cel homme ?).

Et, au contraire, les comp léments circonstanciel et indirect ne sont pas restés, dans la grande PRO des cas, étrangers asla régula risation de construction (il - descend à térrea.. ra terre descent), quoique le plus souvent ils se reconnaissent facilement à première vué.

- D'autre part, dans bien des langues, qui distinguent l'accusatif du nominatif par des morphèmes spéciaux, l’ordre du complément direct par rapport au verbe est pourtant invariable (turc sizi tani-yorum=jap. anatà WO shirimasu).

(119) Meillet, loc. cit.

” (120) Ainsi, pour l'italien, dans le Cantico dei Cantici de Cavallotti, j'ai relevé 27 cas d’inversion (sur 48 cas d'ordre direct). Dans les langues

en question, il en résulte parfois une ambigüité pour les propos itions subor- . données, par ex. il bambino che chiama la baglia (= qui appelle la nourrice

où qu'appelle la nourrice). Mais l'anglais, qui- est dans le: même. cas, y

remédie en distiriguant that calls the nurse de that the nurse calls.

(121) L'inversion est admise même dans la langue chinoise, a la syntaxe est pourtant fondée sur la succession régulière des mots de la phrase; v. Vendryès: Le Langage, p. 177, et Kainz: Grammatik der Chinesischen Sprache, p. 41. :

Enfin, les langues qui admettent l'inversion et qui ont consérvé la distinction des cas, confondent le sujet et le complément direct dans bien dès types de déclinaison, ce qui souvent ne manque pas de rendre la construction obécure, sans que cela serve de motif pour adopter des constructions immuables (all. Die Mutter liebt das Kind;

lat. animalia conspiciunt pastores; Sanserit kavt hatas gurt).

J'hésite donc à considérer la chute des finales en fran-

. » « , . , * - Ÿ Age, à çais comme l'unique explication que l’on puissé apporter à la rigidité syntaxique qui a remplacé l’ancienne liberté. En …

revanche, il ne serait pas arbitraire de prétendre que la nais-

sance et le développement des formules c'est... que, etc.,

dussent également être attribués à l’affaiblissement du rôle

de l'accent phonétique en tant qu'exprimant l'accent oratoire. C'est la disparition des procédés phonétiques (renforcement de l'accent tonique, intonation musicale), qui a pu aussi déterminer l'extension de l'emploi des inversions cachées et des figures analogues, à moins que, chose moins

vraisemblable, ce ne soient ces figures qui, surgissant tout

d'un coup à l’horizon de la syntaxe française, aient sonné

l'heure de la disparition de l'ancien système phonétique.

Reste à comparer les deux systèmes d'accentuation ora-

toire que nous venons d'examiner, au point de vue de leur

valeur logique et expressive. Le système du français actuel

est-il supérieur ou inférieur au système de l’ancien français

et des langues étrangères modernes (122), et la langue actuelle

a-t-elle subi un progrès ou un retour en arrière, en adoptant ” le système si particulier des inversions cachées et autres

figures analogues, système lié (sauf dans quelques cas isolés) à l'emploi obligatoire de l'ordre Verbe—Complément direct ?

2 à à \ : 5 Une enquête impartiale et approfondie nous amènerait à

(122) Autres que le japonais.

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