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al a à en FRS Lin à
reconnaître que le système de l'ancienne langue est, au point
de vue de la logique pure, inférieur au système actuel. En
‘effet, on verrait que les avantages tant vantés (123) de la
construction libre pour l'expression des nuances de l'accent oratoire sont plutôt illusoires.
Soit un groupe de deux mots : il ne peut admettre que deux permutations (ab et ba), alors que les cas d’accentuation logique sont trois. Ainsi, si l’ordre Verbe—Complément direct devait impliquer un accent logique affectant le verbe et, que l'ordre Complément direct Verbe fût réservé au cas où le verbe est sujet logique, on n'aurait aucune construction pour. le cas d’atonie logique. De même les Six cas possibles de disposition de trois termes (abc, acb, bac, bca, cab,
cha), correspondraient à dix cas d’accentuation logique (deux cas 10g1q
d’atonie pour a, deux as pour b, deux cas pour c, un cas pour «a et
: b à la fois, un cas pour a et c, un cas pour. b et c et un cas pour a,
b et c à la fois).
Au contraire, le système des formules syntaxiques, com-
biné avec l’ordre dit « logique », procure toujours (même s'il
s’agit de mettre en valeur une proposition entière, principale
ou subordonnée) un moyen commode et général de carac-
tériser chaque terme séparément et de distinguer un mot toni-
que d’un mot atone (c’est la clef que je cherche, la clef je la
cherche, je cherche la clef). Bref, le point faible du système de l'ancien français réside en ce qu'on n'y voit jamais à première vue si tel mot mis en tête comporte un accent grave ou
aigu: pour un vers tel que :
(123) Delon: La Grammaire française d'après l'histoire, pp. 389-390. Il est certain que la syntaxe latine offre sous ce rapport « une liberté quasi illimitée et une immense richesse de construction », mais ces avantages d'ordre stylistique s’acquièrent toujours au détriment de la netteté et du caractère logique du système.
mie Rois, fait il, ensi m'a bailli
Renarz con vos poez veoir
Rio] Rs 704. A
si on n'avait le contexte (Li rois dit : (Bruns qui l a ce fait à
on pourrait hésiter entre deux interprétations (c’ est ainsi é que... et c’est: Renard qui...), alors qu'une traduction en français moderne comme celle que donnent pour ce passage . G. Paris et E. Langlois ne laisse aucun doute quant à a à valeur logique des termes : — Roi, fait-il enfin, c’est.
Renard qui m'a mis dans l état cù vous me voyez. Du reste, : 5e il est de fait que le système du français moderne se suffit à à
lui-même, alors que la pratique de nos langues montre que le système de l'ordre des mots mis au service de l’accentuation logique va toujours de pair avec les procédés purement a
phonétiques qui le complètent et qui suppléent à à son mper ee
fection.
La langue a vole vers une plus grande précision et se.
recommande aujourd'hui «par son exactitude et -sa 4 clarté » (124). D'ailleurs, sans être taxé de parti pris, on peut dire que le francais actuel se prête beaucoup. mieux que toutes les autres langues à l'expression des finesses. et des : nuances de la pensée scientifique. DES | 2 É « Tout ce qui pouvait nuire à la clarté des rapports ‘dans + la phrase la plus compliquée, dit M. Brunot dans son dis-. : cours prononcé le 7 octobre 1922 à l'Académie de Langue $ Française de Belgique, à Bruxelles, avait été recherché et
interdit : la netteté absolue: comptait parmi les vertus pre: mières, de sorte qu ‘une probité rigoureuse, qui venait seule- FLE ment d'être acquise, semblait être le génie même de |’ idiome. La pensée moderne n ‘avait jamais possédé un instrument :
si fin et si sûr. »
Maïs il ya autre chose. 2 l'on approfondit la pature de passage dE ancien système au système actuel, on s s'aperce-
(124) Vendryès: Le Langage, p. 405,
RE
via quil y a eu là une espèce de déconcrétisation des procédés linguistiques. La raison et l'élément rationnel l'empor-
tent sur la matière.
Ce fait est, d' ailleurs; conforme à la conclusion que M. ‘Vendryès. tire de son magistral exposé des langues de la
| | terre, étudiées dans toute leur éblouissante variété.
__ COn a remarqué... une tendance générale des langues à dépouiller les caractères mystiques pour devenir de plus en . plus intellectuelles, et à laisser tomber l'expression des idées | concrètes pour s ‘élever à l'abstraction. » (125) « L'esprit d'un civilisé est plus apte à |’ abstraction que l'esprit d’un primi- |
tif, parce que les conditions de la vie civilisée orientent
T esprit veïs les considérations abstraites au détriment de ce qui est concret. » (126) Ce à quoi nous faisons allusion n'a
7 Afidemment pas trait aux idées, mais exclusivement à la
forme qu'elles revêtent et à la façon de les exprimer (127); or, même à ce point de vue, n y a-t-il pas dans l'emploi syn- … taxique des inversions cachées quelque chose de plus abstrait et de plus raffiné, au point de vue de la spéculation intellec-
Prius Dee He ë \ \ . tuelle, que la manière purement physiologique, plus ner-
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veuse, plus impulsive et plus brutale de rendre l'accent
oïatoire par des modulations spéciales de la voix ?
Il ne semble pas déplacé, non plus, de citer une réflexion . de M. Sayce (128) faisant valoir le rôle de l'évolution syn-
- taxique du langage :
« L'accent et le ton varient én raison inversé de la syn-
taxe, et nous pouvons apprécier le développement de la
syntaxe dans une langue par son accentuation plus ou moins * S ,
(125) Vendryès: Le Langage, p. 414.
(126) Vendryès: Le Langage, p. 418, (127) Voir, au sujet du rapport entre les idées et les moyèns de les exprimer, Trombetti: Elementi di Glottologia, p. 227. (128) Principes de philologie comparée, 8 17.
’ 4 = °12 Ce — # # s prononcée... Ce que la civilisation exprime par dés procédés
intellectuels, la barbarie le rend par le manège physique de la voix et des muscles. L'accent va de compagnie avec le geste: l’action est nécessaire à l’orateur qui doit faire appel aux passions et non à la raison de ses auditeurs. » (129)
M. Passy (130) voit la chose sous le même angle, quoiqu'il ne parle que de l’accent musical :
« Ce qui paraît prouvé, c'est la diminution du rôle de l'intonation ee. le langage se développe sous le rapport grammatical. ) :
Enfin, et c'est là le oieue fait qui ressort de la com-
paraison des deux systèmes, on ne saurait manquer d'être
impressionné par le trajet que le français a parcouru au point
de vue de la seule accentuation oratoire, pour aboutir à l'état actuel. Qu'il y ait eu progrès ou non, l’ancien système est sans contredit entièrement différent de celui dont se sert la langue actuelle et qui ne s'est imposé que par degrés successifs. C'est ainsi que, si à l'époque du Roman de Troie le français possédait « la plus musicale des phonéitiques », aujourd'hui il est arrivé à avoir « la plus algébrique des syntaxes »: en un mot, la langue française, dit M. Brunot dans le discours cité plus haut, « de toutes les langues humaines, est celle qui a le plus changé, c'est-à-dire le plus vécu, qui à passé par des extrémités que les autres n’ont jamais connues ».
Le latin considère l’ordre Complément direct—Verbe comme sa
construction habituelle et ne pratique guère d’inversions cachées; le vieux français, tout en conservant l’inversion, y substitue dans cer
tains cas l’ordre direct et, d'autre part, commence, quoique timide-
“(1 « il y a d'ailleurs, dit M. Vendryès, dans éet ordre d'idées (Le Langage, p. 129), dés procédés variés d'intonation ou de geste qui permettent de suppléer à l'absence de catégories. »
(130) Etude sur les changements phonétiques et leurs caractères généraux, $ 246.
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+ va EL «74