I. Ce qui m'exaspère, c'est la longueur du poème
IT. Il s'en moque, lui.
M°* E. Richter (2) désigne par prelepse (du complément direct) ce que nous avons dénommé « inversion cachée de seconde espèce »; d'autre part, dans le traité de Bally (3) qui contient de précieuses observations sur la syntaxe française on trouve les termes assez commodes de reprise où anaphore pour l'inversion cachée de seconde espèce et d’anticipation pour l’inversion rompue de seconde espèce. Mais ces termes généraux ne se rapportent pas uniquement au complément direct et,;par conséquent, n’impliquent pas la présence d'une inversion ; de plus, aucun linguiste n’oppose. ces figures aux expressions construites à l’aide des formules c’est... que (inversion cachée Î) et ce que... c’est (inversion rompue Î), ni ne donne à ces dernières de dénomination spéciale.
(2) Zur Entwickelung der romanischen Wortstellung aus der lateinischen.
(3) Traité de stylistique française, -
8 3, — Accent oratoire ou rhétorique. Valeur formelle et
logique des termes syntaxiques.
L'accent oratoire ou rhétorique consiste à. mettre en lumière un ou plusieurs membres de phrase pour leur donner une importance particulière. L'accent oratoire peut être de deux natures : accent logique ou psychologique et accent émotionnel ou pathétique. Celui-ci ressortit du sentiment, tandis que celui-là tient de la raison, mais tous les deux offrent à l'orateur ou à l'écrivain une ressource des plus pré- + cieuses pour agir sur l'auditeur ou le lecteur, ressource qui n'est pas exclue non plus dé la conversation la plus familière.
Les Rosa qui suivent sont destinés. à ao r signification précise des termes indiquant les différentes
variétés de l'accent oratoire : maïs, avant de donner une : définition de l'accent logique et de l'accent émotionnel, nous Fe croyons devoir faire une digression pour Dee un\point 7% relatif à la valeur des termes syntaxiques. È Toutes les grammaires élémentaires établissent la se fication des mots des langues indo-européennes en différentes parties du discours : substantif, adjectif, verbe (all. Zeiïtwort), pronom, ete. C'est là une distinction purement formelle qui ne participe nullement de la logique, mais se . fonde exclusivement sur la morphologie et varie de langue à langue.
En dehors de cela, ces grammaires admettent une autre classification, celle des différents membres de la phrase, jouant tel ou tel rôle syntaxique : c’est ainsi que l’on distingue le sujet grammatical, l’attribut verbal ou verbe (all. Praedikat), l’attribut nominal, le complément direct, etes
À première vue, le sujet à beaucoup d'analogie avec te nom (substantif ou adjectif}, de même. que le verbe au sens syrtexique-est “toujours un:verbe au sens morphologique; et parle fait,‘les deux classifications se touchent de très près et empiètent l’une sur l’autre. Mais: un sujet n'est pas nécessairement: un nom «et un verbe-Praedikat peut
aussi bien être un eubstantif ousun adjectif; aussi les phrases du type travailler (sujet—intinitif) est une nécessité (attribut=substantif) sontelles légion.
C'est là une classification purement syntaxique. Or, puisque la syntaxe sert de lien entre la logique et la matière du langage qu'est la morphologie, et qu'elle étudie en quelque sorte comment telle ou telle langue, avec les moyens “morphologiques dont elle dispose et qui lui sont propres, parvient à s adapter à la logique üniverselle et à exprimer les multiples nuances de la pensée, il se trouve que la classification des mots suivant le rôle qu'ils jouent dans la phrase a pour base tantôt l'analyse des idées et tantôt la morphologie; elle est donc à la fois logique et formelle (4). Ainsi, le complément circonstanciel est une notion d'ordre logique. De même le rapport entre le complément direct ou indirect et l’attribut verbal est purement logique. Au contraire, la différence entre le complément direct et le complément indi-
rect ne repose que sur la forme des mots, puisqu'une expréssion telle que homme aimant le repos (complément direct) équivaut logiquement à hôémme arnoureux du repos (complément indirect) et que la tournure allemande einen Freund fragen, où l’on a un régime direct, correspond, quant au sens, à l'expression française demander à un ami, qui, elle, contient un régime indirect. (5) |
Lorsqu'il s'agit d'un sujet ou d'un attribut, la question
LA
7 (4) F. de Saussure voit aussi un rapport étroit entre la syntaxe ét la
morphologie ‘(Ling. Gén., Ch. VII, p. 191), mais il semble prendre pour point de départ la syntaxe plutôt que la morphologie. « Pour séparer cette étude (ia morphologie) de la syntaxe, on allègue que cstte dernière a pour objet lés fonctions attribuées aux unités linguistiques, tandis que la morphologie n’envisage que leur forme. Mais cette distinction est illusoire... Linguistiquement, la morphologie n’a pas d'objet réel et autonome; elle ne peut constituer une discipline distincte de la syntaxe. »
(5) Pour le grec, le latin et l'allemand, voir aussi les exemples cités par J. Vendryès (Le Langage, pp. 125-126). « Ce n'est là, dit M. Vendryès en parlant des discordances de ce genre, qu'une différence de forme; si l'histoire en rend compte et l'explique, la raison ne la justifie pas. »
Le
est plus délicate (6). Dans le cas d'un attribut verbal (ou « verbe »), la valeur formelle des termes sujet et attribut
apparaît encore assez nettement ; ainsi, dans vivat rex, vivat est une forme qui varie suivant fes personnes, ce qui n est
pas le cas de rex. Mais toutes les fois qu'on a affaire à la distinction du sujet et de l’attribut nominal, la logique n y est plus pour rien et la différence formelle s'y réduit à bien peu de chose (par exemple, dans la rose est une fleur ; le temps est beau) pour disparaître complètement lorsque la différence du traitement ne réside plus que dans l’ordre des mots (l’arithmétique est la science des nombres, ou repe
titio—mater studiorum).
, Cette absence de distinction formelle ressort le plus nettement dans les langues sans article défini comme le latin (rosa est flos), dans celles qui n'ont ni articles ni genres, mais ogt conservé l'accord de l'adjectif comme le finlandais (talot ovat'suurit : les maisons sont grandes) et dans celles qui, tout en méconnaissant la différenciation des genres, possèdent un article détérminé dont elles font accompasner l’adjectif-attribut comme le basque (dembora ederra da, litt. le temps est le beau).
Il est vrai que parfois l’ Ab acquiert une valeur logique différente de celle des autres membres d'une phrase
donnée, mais cela n'a lieu que si cet attribut grammatical
coïncide avec ce que nous appellerons plus bas attribut
logique ; or, c’est là une notion complètement indépendante, car l’attribut logique peut aussi bien être représenté par un membre de phrase autre que ce qu'il est d’usage de considérer comme ün attribut grammatical, par exemple, dans l’ensemble de phrases où vas-tu ? je vais à la Poste.
Mais, dira-t-on, l’attribut grammatical désigne une‘classe d'objets, alors que le sujet grammatical indique un individu qui èn fait partie ou, du moins, exprime une classe contenue dans celle que représente l’attribut-grammatical, d'où l'on sera tenté de conclure à la valeur logique -de ces termes. La vérité, c'est: que cette différence r’est pas essentielle et n'a, d'ailleurs, pas toujours lieu, car à côté de proposi-
(6) « Il n’est guère facile de définir ce qu’au fond veulent dire sujet et -
attribut. » (Jespersen: Sprogets Logik, p. 42.) | ô
tions du type fout a est b (7 ), il en-existe, on le sait, d’autres du type a est identique à b (8 ) ou du type certains a sont des b (9) qui sont com plètement sy métriques (10). Ainsi si la proposition Les hommes sont mortels implique que la classe des êtres mortels comprend la classe des hommes, un rapport analogue n'existe pas dans la locution l'Etat, c'est mot, dont les termes sont parfaitement permutables; de même, si le sens de la phrase mon oncle est le propriétaire de cette maison diffère de celui de la proposition le propriétaire. de cette maison est mon oncle, cela tient uniquement à ce que le sujet logique de la première phrase est devenu attribut logique dans la seconde et inversement, sans que la question du rapport de la classe contenante à la classe contenu entre en ligne de compte (11).
-(7) G. Peano: Formulaire de Mathématiques (Revue de Mathématiques, t. Il, n° 3), page 8. — L. Couturat : Algèbre de la logique, p. 5.
(8) G. Peano: Formulaire de Mathématiques, p. 12. — L. Couturat: L'Algèbre de la logique, p. 6.
(9) G. Peano: Aritmetica Generale e Algebra Elementare, p. 24.
(10) L. Couturat : L'Algèbre de la logique, p. 7.
{11) On peut assimiler à ces phrases celles que M. Brunot indique comme exemples d'expressions d'identité”{La pensée et la langue, p. 294) : mon désir est de le rencontrer seul; son plan était d’entourer son entreprise de mystère. Mais on admettra difficilement le point de vus de ©. J&persen, qui considère que le sujet est l'expression « la plus spéciale qui puisse se ‘rapporter au plus petit nombre d'individus, alors que l’attribut; comparé au reste, est l’idée la plus générale et peut se trouver appliqué à plusieurs individus » (Sprogets Logik, p. 56): Si det er jeg (« c'est moi qui le suis ») n'a pas exactement le même sens que det er mig (« ceci, c’est moi »), cela dérive de ce qu'ici il y a identité (ceci=moi), et là « inclusion » (moi : ceci) (v. L. Couturat: L'Algèbre dé la logique, $ 3, p. 5). La même remarque
- concerne les phrase fyven det er ikke mig (« le voleur, ce n’est pas moi »)
opposé à tyv det er jeg ikke (« voleur, je ne le suis pas ») ét moder var ikke den acldste kvinde i landsbyen (« mère n'était pas la femme la plus âgée du village ») opposé à moder var den aeldste kvinde i landsbyen ikke (« la femme la plus âgée du village n'était pas mère »). Ainsi fyven det er ikke mig est une négation d'identité : affirmer que « le voleur... qui à commis le vol déterminé dont il parle est quelque chose d'encore plus spécial : que le mot déjà très spécial et individuel je » (Sprogets Logik, p- 59) est une subtilité qui tient du paradoxe et qui repose sur une conception devenant absolument inutile lorsqu'on introduit la notion du sujet et de l'attribut logiques. Du resté, dans ces phrases lés mots moder'et dèt sont employés chacun dans deux sens différents (ma mère et une mère, etc], de même que fyv est dans un cas accompagné et, dans l’autre, dépourvu de l’article (-en). Il est aussi très dangereux de raisonner sur\des phrases négatives comme les deux dernières qui viennent d'étre citées sselles sont
a 18 ad
Enfin, l’objection qui consistérait à dire que la distinction formelle du verbe et du sujet correspond à la division logique des idées en actions (il mange) et ên êtres vivants ou inanimés (livre, chien) se détruirait d'elle-même, puisque les mots tels que étude, étudiant, lutte, lutteur sont des formes à déclinaison pouvant servir de sujets grammaticaux tout en exprimant des actions et que, inversement, les mots vit (=est vivant), gît (—est couché), brille (—est brillant) remplissent les fonctions de verbes bien qu'ils désignent des états. D'ailleurs, une simple analyse des verbes exprimant des éfuts et des actions « suffit déjà à ruiner la classification » de ces termes (12).
La classification syntaxique susmentionnée ne relevant pas exclusivement de la logique et même s’en écartant bien des fois pour redevenir purement formelle comme l'est toujours la classification morphologique, les grammaires supérieures, sans toutefois faire table rase des classifications précédentes malgré leur caractère parfois boiteux et factice, ont »,7 . ,. . - HT LOS été contraintes d'introduire en outre une troisième distinction, celle du sujet et de l’attribut logique, distinction, celle-
là, de nature beaucoup plus parfaite parce que reposant uniquement sur l'analyse logique de la pensée, indépen-
damment des habitudes de tel ou tel idiome.
toujours sujettes à caution, puisque la négation, on le sait, conduit aisément aux sophismes et peut soulever les plus grandes objections.
La distinction fondée sur le degré de généralité des idées semble être encore plus illusoire et plus arbitraire dans « c'est Pierre qui
vient » (1. c., p. 60), car notre esprit ne reconnaît pas volontiers que « celui
qui vient » soit une idée « beaucoup plus déterminée et plus spéciale que celle de Pierre, laquelle le comprend à tous les moments de sa vie et dans un nombre infini de situations » (pour s’en convaincre, il suffit d’ analÿser une phrase - analogue, telle que c'est le jeune homme que vous voyez maintenant qui. vient tous les matins ; maintenant est évidemment moins € général. » que tous les matins et la phrase ainsi construite se prête par conséquent encore moins à l'explication du philologue danois, qui,
d'ailleurs, reconnaît lui-même que dans certains cas le sujet et le verbe
grammaticaux sont permutables ‘et peuvent être considérés « tous les deux comme des sujets ») (l. c., p. 60).
(12) Brunot: La Pensée et la Langue, p: 206:: = Hire:
Sd Atibut et sujet logiques.
. Supposons un jugement tel que la terre est ronde ou tel que mon ami chante. Le rôle logique des mots la terre et ronde — il ne s'agit plus de la forme des mots — n'est évidemment pas le même, celui-là exprimant une idée dont on affirme une chose, celui-ci représentant la chose affirmée elle-même. Logiquement, quoique les périphrases qui suivent paraissent un peu bizarres à première vue, on pourrait remplacer la première phrase par en ce qui concerne la terre, elle est ronde, ou bien vous savez ce que c’est que la terre, or je vous annonce qu’elle est ronde, où encore: la terre ? (c'est-à-dire voulez-vous que je vous parle de la terre ?) ch bien elle est ronde (13). Quant au mot chante du second jugement, il équivaut, au point de vue du sens, à est chantant et dès lors on n'a qu'à appliquer à la seconde phrase ce qui vient d'être dit au sujet de la première. (14)
Le ou les mots qui expriment l’idée au sujet de laquelle on affirme un fait seront désignés par le terme de sujet logique (15), alors que le ou les mots contenant la chose que
(13) « Si je dis : L'homme que vous voyez là-bas.assis sur la grève est
s? 2 . « Q | 2 ]2 Gi ak celui que j'ai rencontré hier à la gare », je me sers des procédés de la langue écrite et je ne fais qu'une seule phrase, Mais en parlant, j'aurais dit:
« Vous voyez bien cet homme, — là-bas, — il est assis sur la grève, — eh bien! je l’ai rencontré hier, il était à la gare. » (Vendryès: Le Langage, DAS #
(14) Il est même des langues qui traduisent presque tous les verbes, actifs ou neutres, par des expressions analytiques de ce genre; par ex. en basque, on a couramment des phrases telles que nere adiskide escuaraz mintzatcen da (litt. mon ami le basque parlant est), où etche ikhusten‘duzu, « voyez-vous la maison » (litt. la maison voyant êtes ?). Inversement, il vst des langues où l'adjectif et la copule se fondent en une seule forme verbale, par ex. : en arabe kabara signifie il est res saghara, il est petit, ee ë à
. (15) Nous: nous dorend donc bien d'eiployer :ce “terme dans le, sens
de sujet apparent (il faut partir) ou réel (il faut partir), comme on le fait
souvent, pas plus que dans celui de « sujet grammatical avec toutes ses dépendances », ainsi que le fait H. Brelet (Grammaire française, 8 753); de même, contrairement à la Grammaire de Brelet, nous ne donnerons jamais
aux mots « attribut logique: » le sens d’ « attribut grammatical avec loules
ses dépendances ».
l'on communique constitueront l'attribut logique. Dans les.
propositions ci-dessus le Sujet et l’Attribut logiques coïncident avec le Sujet et l’Attribut grammaticaux dont il a été
question plus haut à propos de la classification syntaxique (8 3); mais il n'en est pas toujours ainsi.
Prenons les phrases fortissimi omnium sunt Belgae . ce sont les Belges qui sont les plus courageux de tous Sn (16) et
reste le côté économique de la question. Les grammaires nous disent que Belgae et le côté économique de la question sont ici des sujets grammaticaux, que fortissimi est un attribut nominal et reste (—est restant) un attribut verbal (ou « verbe »). Mais en nous mettant au point de vue de l'analyse logique et en procédant comme tout à l'heure, nous nous apercevrons aisément que la première de ces phrases équivaut à « les plus courageux ? (— vous tenez à ce que je vous dise quel est le peuple le plus courageux ?) eh bien ce sont les Belges », ou « quant à la question de savoir quel est le peuple le plus courageux, apprenez que ce sont les Belges ».
De même, le mot reste est le point de départ du second jugement, qui signifie ( ce qui reste, c'est le rôle é économique de la question ». Nous sommes donc fondés à conclure que fortissimi et reste sont des sujets logiques tout en étant des attributs grammaticaux, alors que Belgae et le côté économique constituent des attributs logiques bien que représentant des sujets grammaticaux.
Il surgit ainsi une contradiction intéressante qui Fe à l’inconscience de l'évolution du langage. « La morphologie indo- européenne fait apparaître une distinction profonde entre deux séries de formes, les unes nominales et les autres verbales. Si la phrase ne comporte que le rapportide deux noms, elle est dite nominale ; si elle comprend un verbe, ou du moins un verbe autre que le verbe « être » ou copule, elle est dite verbale. » (17)
« La seule idée de les confondre Pod une absurdité. La morphologie indo- opene Prés sente en effet pour l'un et pour l’autre
: HOrbese De Bello Galliés. chap. I.
(17) A. Meillet: Introduction à l'étude comparative des langues indoeuropéennes, p. 340. Le