‹ L'inversion du complément direct et l'accent oratoire dans le Roman de Troie, texte français du 12e siecleChapitre 10 sur 29 · Ll N I I ^i Ll i · texte numérisé non relu

Ll N I I ^i Ll i

«lie se rencontre pour - les démonstratifs — régimes dans toutes les langues romanes, en grec moderne et en bulgare.

Port. Aqiiillo o tem feito o doittor [u ceci, c"- • teur qui

Ta fa;.

Bulg. Tova sew go o{ davno zuaya] (h ceci, je le savais depuis longtemps »).

La mise en tête du démonstratif— complément direct baryton (sans inversions cachées) s'observe très souvent non seulemc/U dans les langues germaniques (avec ou sans rejet suivant la langue), mais encore dans les langues romanes autres que le français : Oucsia casa atroce egli ha detto ?

(M. Serao: Dopo il pcrdouo, p. 33.) Such joy ambition fiuds.

(Milton: Paradise Lost, iv, 92.) Such place ctcrual justice had prepared For those rehellious. (Ibidem)

De même en grec ancien : to de kai tetelesnieuou estai (-^c'est cela qu'il faut accomplir), (73)

Certains passages sont su.sceptibles de doux interprétations différentes, selon qu'on attribue au démonstratif un accent logique grave ou un accent logique aigu. Par exemple, les vers de Dante {Enfer, ch. m) :

Queste parole di colore oscuro Vîd'io scritte al sommo d'una porta, pourraient se traduire « ces paroles, je les ai vues écrites », ou bien « ce sont là les paroles (ou « voici les paroles ») que j'ai vues écrites ». Cette indétermination dans le -cas des démonstratifs explique que l'on ait en français moderne deux formules très voisines au point de vue de la forme pour marquer le démonstratif-baryton et le démonstratif-oxyton : c'est cela que et c'est ce que.

Par exemple, c'est cela qu'il faut démontrer (=:c'est là ce qu'il faut...=voilà ce qu'il faut.,.), en regard de c'est ce qu'il faut démontrer ( = or ceci, il faut le démontrer); c'est cela que je vois (angl. « that I see ))), en face de- c'est ce que je vois (angl, « that I see »); c'est cela que vous avez dit (russe « vot eto vï skazali »), à côté de c'est ce que vous ave:^ dit (russe <( eto vï i skazali »).

En d'autres termes, par suite de l'usure qu'elle a subie, la formule c'est ce qui (ou que) ne sert plus aujourd'hui à encadrer un attribut logique, mais s'est réduite au rôle de figure ne mettant en relief qu'un sujet logique. Dans l'ancienne langue, au contraire, c'est ce que avait la même force que c'est cela que.

Est-ce ce cjue vous demandez ?

(s= Est-ce là ce que vous demandez ?)

{Le Jeu de Rabin et Marion, v, 38.)

(73) Exemple cité par Meillet : Introduction à l'étude comparative des langues indo-européennes, p. 350.

Dans le Roman de Troie, nous avons un exemple d'inversion de première espèce destinée à mettre en relief un complément direct à sens démonstratif :

26656. Sont ço li gré e li merciz

Qu'ai deservi, que me rendez ?

Traduction : « Est-ce là la reconnaissance que j'ai méritée et que vous me témoignez ? >>

\). >.'.]- .<Ttainscas, on i>eut hr- deux interpiV-taticnis (niiî^e

en relief du complément et détermination).

Ainsi :

(^'(•st ri! ctii iihi J'ni:i ^r,'n<l)''

(du....... .i.i Lu>H. -lOQl)

iMiurrait signifier aussi h;- « lui-là que prendra ma dame »

(lat. hune eliget domina nua), qut- u c'est celui que prendra ma dam<' >) (lat. hic est is quvm domina mea eliget).

Même hésitation en français moderne dans c'est l'enfant que j'aime (ail. das Kind liehe ich et das ist das Kind 'a'elclies ich liehe).

Si c'est le sujet ou le complément circonstanciel de la phrase qui est un mot démonstratif, il se met en tête de phrase, ce qui entraîne presque toujours le rejet du complément direct non-démonstratif après le verbe.

6672. Icist défendront la cité.

6683. Cist défendront l'onor Priant, E por lui trairont maint ahant.

10098. Des or fera des Greus martire.

30273. Puis en fîst chevalier novel.

Au point de vue du sens et de l'influence qu'ils ont sur la question de l'ordre des mots, on pourrait assimiler aux mots démonstratifs le mot chacun (lorsqu'on peut sousentendre d'eux), la conjonction mais ( = malgré cela) et même, jusqu'à un certain point, la conjonction et (-^en plus de cela); dans les propositions introduites par ces mots, il y a toujours ordre direct en ce qui concerne le complément direct ;

4498. Chascuns a trait nue s'espee.

747 1 . Chascuns porta son arc tendu.

10812. E ou Greu orent grant damage. 16612. Si ( = et) sevelirons noz Grezeis.

L/inversion dans des cas analogues est tout à fait exceptionnelle; ainsi, le rejet du mot démonstratif après le verbe dans le vers qui suit n'est déterminé que par la présence du mot à accent émotionnel honte réclamant à tout prix la première place :

27206. Honte li fist ici] e lait

Qui son autel ensanglenta :

Laidement Tespeneira.

Voici un autre exemple du même genre, mais avec accent logique grave affectant le complément direct :

1362. Vostre mort port en ces dous mains. Traduction : « c'est votre mort que je tiens en ces mains. » Lorsqu'un complément direct à sens démonstratif dépend

d'un infinitif régi par une préposition, on a toujours l'ordre

Préposition — Complément direct — Infinitif :

4439. O de ço faire o del laissier, O d'autre chose comencier.

Cette dernière construction n'est pas inconnue non plus du français actuel, du moins dans les tournures un peu archaïques comme pouf ce faire (à côté de pour faire cela).

Si le complément direct signifie le même, égal, autant et qu'il serve de sujet logique, on le place toujours avant le verbe ; ici encore, ces mots rattachent la phrase à ce qui précède :

13901. Autretel font en l'ost defors.

19919. Autretel dist reis Ulixes.

27215. Autretel ravront li plusor.

Cette construction <^tait encore tout à fait régulière au xvi- siècle. Autant en firent les aiiltres hergiers et moutonniers, les prena}iS uns par les eorv.es, aultres par les jambes, aultres par la toison. (Rabelais : Pantagruel, livre iv, chap. \iii.)

Et c'est cnrore d-e la même façon que Ton dit aujourd'hui avec in\€r«ion simple : autant vaut ne pas y aller.

Mais on n'emploie plus dans ce ^ens l'adverbe aussi ( = de la mêm<^ m.!ni<'!v) nirniTi' > mi le faisait encore au xvi'^ et même au xvii^ siècle Aussi jaict Vaction de l'esprit. (Montaign?)

Si l'Oîis entrez partout, aussi fait le profane.

(La I^\)ntaine. v. 3.) La mise en tête de le même taisant partie d'un complément direct (st aussi souvent pratiquée par les lang-ues romanes autres que le français.

It. /.<» sttsso liai fatto tu eon me: Il ineâesimo è agevnle pro'eare per i

la mêm<

Igual plaet > ■ ST'd).

Port. .4 mesma . dé-

sire la même chose).

Roum. Acelus* / u i.i im'iii.'

. 1,.,.... ...1 |^,>iir»v>n;^'Ç

§ '^hrase contenant / démonstratij accompagné

de DE ou de QUE, QUL

L'expression celui de, suivie d'un nom, ainsi que la proposition subordonnée introduite par ço que, celui que, sont traitées, au point de vue de l'ordre des mots, comme les noms définiT (v. Chapitre II) et tendent, par conséquent, à précéder le ^^erbe.

1341. Celui qu*i gist m*ameir

^^ ' ^ Cil de Logres font la disair:'. O Aïaus le pro qiiis meine.

8312. Ceus de Miceines conduiseit.

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