‹ L'invincible raceChapitre 13 sur 34 · AU HARAS DU PRINCE S · texte numérisé non relu

AU HARAS DU PRINCE S

ANDRÉ Lavbonn, assis à une table couverte d'une nappe en grosse toile brodée, verse sans h&te le contenu de son verre dans la sou* coupe et boit, à petites gorgées, un thé noir&ire et bouillant. Le samovar ventru dont le cuivre rouge rutile, sussure et grondaille ; le balancier de la haute pendule, en forme de cercueil, appuyée contre le papier bleu du mur, vibre en battant ; sa chaîne grince. Dans la chambre chaude, sans air, avec son plafond bas, meublée de quelques chaises, d'une armoire et d'an lit monumental à pilastres, des rais poussérieux

tM L INVINUBLE RACE

de lumière entrent, ctifTus et pailletés d'atomes flottants, à travers les vitres ternies.

L'homme est très vieux. Quatre-vingt-doq années n'ont pas courbé sa tête massive ; elles ont blanchi ses cheveux toufTus, sa barbe taillée en brosse et sa dure moustache. Les rides de sa face, carrée comme celle d'un vieux loup, sont profondes et multiples. Les os saillants .de son front 'et de ses mâchoires luisent, gris, couleur de silex ; deux prunelles jaunes, d'une fixité mystique, éclairent l'ombre farouche de son visage.

11 est seul ; chacun de ses gestes est précis, mesuré et lent ; toute sa personne est imprégnée de dignité simple et hautaine, de rectitude et d'abstraction.

Le soleil de juin est encore bas sur l'horizon, (aais André Lavronn a déjà terminé sa louméd quotidienne du haras des princes S"*, dont il est gérant.

La conscience de son pouvoir, de sa responsabilité, des glorieux résultats acquis par sa science et son expérience, sa réputation établie

Page 1