AU HARAS DU PRINCE S'" 1M
laissant le temps de se mettre à son trot, dont chaque foulée couvre plus de deux mètres et demi, dilater sa puissante poitrine et élargir ses naseaux profonds comme deux soupiraux rouges ; ensuite, le tenant court et cherchant à retenir l'étalon dans sa vigueur surexcitée par la course rapide et par les murmures laudatife de la foule qui l'accueille, il se laisse presque traîner sur ses semelles, répétant : Ohé 1 ohé I \ky là, mon ramier, mon roi, ohél Visapourl — puis il l'arrête d'un seul coup contre le mur éclairé par les lueurs du soir.
Visapour alors para» comme moulé en bronze, posé de telle façon que l'étonnante beauté du célèbre étalon frappe de joie le petit groupe composé, pour la plupart, de fins connaisseurs.
André Lavronn s'approche; il contemple longuement, comme s'il voulait graver dans sa mémoire , point par point , ligne par ligne , splendeur par splendeur, l'irréprochable pureté de forme et les marques distinctives de ce modèle des grands trotteurs, créés jadis par le
prince OrlofT, et dont la généalogie remonte & Smetanka, jument arabe du Nedgid, que le vainqueur de Turquie reçut en cadeau du Sultan.
Visapour avait alors trente-deux ans; i! était long, bai pommelé, marqué de feu, le dosdroit, les reins tombant un peu vers la naissance de la queue, celle-ci bien détachée des cuisses, soyeuse et épaisse, la poitrine bombée, modérément large, mais dont les muscles saillaient vigoureux et noués, l'écartement entre les jambes très vaste, les paturons bas, le bari! profond, les m&choires étroites, l'œil proéminent, le front carré et large, les oreilles longues, la peau fine sur laquelle les veines sinuaient, tracées et moulées comme en métal, les naseaun ciselés et rouges.
André s'approche de plus près et, de sa m&in calleuse, il caresse avec amour les beaux flancs sculpturaux et l'encolure nerveuse et orgueilleuse de Visapour qui hennit doucement en tournant vers lui son œil brun, humide et flamboyant.