LE CHEVAL DU COSAQUE "T
Le visage de Marco était rajeuni ; un sourire grave entr'ouvrait ses lèvres, il était mort sans secousses, sans terreur, sans refus, comme meurent les êtres et les plantes que la vie abandonne et qui se dérobent devant l'inutilité de la lutte.
Le Cosaque et sa mère n'avaient ni parents, ni amis dans le village. Le soir môme du décès, le charpentier seul aida la pauvre femme à mettre son fils dans la boite en minces planches de sapin qu'il posa ensuite, selon l'habitude russe, sur la table des repas.
Et voici que le clair obscur maladif du pâle
matin d'hiver blêmit Vingt-quatre heures
à peine se sont passées depuis que le soldat s'est laissé tomber sur la paille du hangar pour mourir, tel un enfant lassé s'endort après une longue course. Lavieille, desesbraschétifs, fait glisser delà table et traîne vers le seuil le long cercueil en bois blanc j elle s'y reprend à maintes reprises; la porte ouverte à la bourrasque du vent laisse entrer des paquets tournoyants de neige. La mère s'attarde un instant
pour s'essuyer le visage, trempé de sueur et de larmes, avec le revers de sa manche.
Elle abandonne la bière en travers du seuil et va chercher le cheval de Marco. Elle lui passe le licol déchiré et le collier dont le cuir usé, en s'effritant, a dénudé le bois. Le vieux coursier se place de lui-même entre les brancards du traîneau bas, en forme de demi pirogue, l'amène avec efTort devant la chaumière; il baisse la tête jusqu'à terre, traîne les jambes et somnole, engourdi sous l'air glacé. Mais soudain, apercevant cette chose immobile dans sa longueur blanche en travers du porche, il renâcle et dresse les oreilles ; l'odeur de la mort, humée par lui sur maints champs de combat, emplit ses naseaux palpitants et l'effraye ; il s'arrête cependant, docile à la main tremblante qui le conduit, et attend que la paysanne trébuchante, essoufflée, ses mèches grises flottant aux rafales qui semblent se jouer d'elles, fasse couler le cercueil au fond du traineau.
A chaque secousse il sursaute et frémit ; ses veinesendormies par l'âge se gonflent, courent