LE CHEVAL DU C0SAQU
et sinuent sur sas flancs et son cou; son ceil étrange s'agrandit et se cercle de rouge.
La mère referme derrière elle le loquet, s'enveloppe la tétâ et les épaules d'un chftle noir roussi par les années et, prenant le cheval par le licol, marchant à pas pénibles, s'achemine dans les terres détrempées vers l'église, éloignée d'au moins quinze verstes de son village.
Et le soleil, percent comme à regret les noires nuées grosses de neige prête à tomber, vacille dans les hauteurs comme un cierge énorme que ies rafoles brusques, à chaque instant menacent d'éteindre. Et l'air, et la terre, et le ciel sont gris ardoise, lavés çà et là de lueurs fugaces d'un jaune huileux, et, dans l'uniformité terne, indiciblement triste de la campagne en deuil, dans le mutisme sépulcral de cette nature endolorie en proie aux cruautés hivernales, se meuvent machinalement et du pas majestueux des antiques prytanées, les silhouettes sombres de la mère et du cheval, menant à sa dernière demeure le Cosaque, le^t Reposé ».
M) L'invincible race
Ils passent comme une vision nocturne, ombre détachée d'une procession funéraire évoquée par le crayon d'un Dante qui serait peintre ; le jour taciturne se traine et s'assombrit avec les heures qui s'attardent ; et vers le soir, le clocher rustique apparaît grêle et mal d'aplomb, accoté k une coupole en cuivre terni ; l'humble groupe a'arrète au pied du péristyle vermoulu, aux marches défoncées ; la nuit déjà enveloppe l'église, blafarde sous les neiges trouant le ciel noir, et la mère, sachant que l'heure est trop avancée pour appeler le pope, n'ose déranger sa sainteté et se dispose à passer la nuit sous l'abri des murs délabrés. Elle débride le cheval, lui attache une muserolle emplie de seigle et s'assied au fond du traîneau près du cercueil, s'y appuie, s'y pelotonne, s'engourdit bientôt dans la torpeur de l'attente ; et, peu à peu, le froid l'envahissant, sa vieille tête glisse sur le couvercle. Elle s'endort. A. travers son sommeil, ses bras étreignent le cercueil, comme autrefois ilsétreignaient l'enfant, depuis si longtemps disparu dans l'homme, l'homme