ACTE TROISIÈME
ALICE
Maman! Ah! quel bonheur! (De nouveau les jeunes filles se jettent au cou de leur mère, qu! les écarte avec un sourire un peu triste.) N'êteS-
vous pas contente de nous voir heureuses ?
ANNA
Si je pouvais l'être avec vous!...
THÉRÈSE
Pourtant vous redevenez notre mère...
ANNA
Ma chère Thérèse, vous êtes dans la peine, et je n'hésite pas à vous sauver. J'ai tué dans mon âme beaucoup de sentiments très doux, mais en tâchant d'épargner la bonté... A ce point de vue, vous trouverez en moi, soyez-en sûres, une véritable mère... Je suis comme les vieux saules creux: le bois mort du cœur n'empêche pas les branches de verdir et les oiseaux d'y trouver un abri...
ALICE, douloureusement.
Ainsi vous nous prenez rien que par charité
ANNA
La charité qui consiste à offrir sa vie, à consacrer son âme, il n'y a pas d'humiliation à l'accepter, croyez-le, mes enfants... Et puis, sait-on ce que deviendra mon cœur auprès de vous?... Il est entre vos mains, bien sec en apparence, trop tendre au fond... Las de son abandon, tenté, lui aussi, d'accepter la charité!... (souriant.) Je vous livre un secret...
THÉRÈSE
Nous saurons en tirer parti... Au premier abord, dans notre contentement d'être secourues, nous avons dû vous
paraître égoïstes... Mais nous n'en sommes pas restées là... Tenez, Alice et moi étions prêtes à nous sauver de la maison pour vous rejoindre à Vienne et vous supplier, les mains jointes, de nous garder... Est-ce du pur égoïsme?
ANNA, enchantée.
Vous aviez résolu cela?... Vous aussi, Alice?
ALICE, honteuse, jetant à Thérèse un regard mécontent.
Oui.
ANNA
Eh bien ! vous m'apparaissez sous un jour nouveau... Ah! tètes folles!... C'était vous brouiller avec votre père!... Mais vous aviez confiance en moi et, voyez, il n'y a pas tant à faire pour me conquérir... Laquelle de vous deux a eu la première cette idée hasardeuse? (silence embarrassé.) Allons, je ne le saurai pas... Me voilà forcée à partager mon admiration... Et puis, le moment d'agir est venu, (souriant.) Impossible de prolonger notre séjour ici, après votre empoignade avec madame de Raon. Thérèse, cherchez votre père et amenez-le-moi, que je lui annonce nos grandes résolutions.
J'y vais.
Elle sort.
THERESE