CHAPITRE XI
De la localisation de l’Iode dans les tissus animaux et de sa présence dans les aliments d’origine ani-
male.
Les animaux dont la chair ou les divers organes servent à la nourriture de l’homme sont, à de très rares exceptions près, des herbivores, or nous savons que la plupart des végétaux terrestres qui servent à leur alimentation sont plus ou moins fortement iodés, il était par conséquent à prévoir que cet iode qu'ils contiennent devait se retrouver quelque part dans l’organisme des animaux de boucherie. Que la glande thyroïde contienne de l’iode, ceci ne saurait être mis en doute : de nombreux savants l’ont prouvé par des expériences précises, c’est à présent un fait acquis à la science ; mais la glande thyroïde seule jouit-elle de cette propriété singulière d’emmagasiner de l’iode et ne pourrait-on pas trouver ce métalloïde quelque part ailleurs dans l’économie? Telle fut la question que je me posai, question nouvelle car je ne sache pas qu’elle ait été soulevée avant moi.
Pour la résoudre il suffisait d'examiner successivement un certain nombre d'organes provenant d’un même ani-
mal et de voir si par hasard quelques-uns contiendraient
de Piode et dans quelles proportions relatives les uns par
rapport aux autres.
La première expérience que je fis (juillet 1899) porta
sur un seul lapin mâle de 1800 grammes pris au hasard
parmi les pensionnaires d’un marchand aux halles. Ce
lapin fut tué par section de la carotide et le sang recueil-
li, puis on sépara soigneusement les divers organes qui
soumis à l’analyse fournirent les résultats suivants :
95 gr.
250 gr.
125 gr.
35 gr.
135 gr.
125 gr.
25 gr.
110 gr.
15 gr.
380 gr.
L'or.
11 gr.
18 gr.
9 gr.
65 gr.
6 gr.
3 gr.
Cette
de muscle cardiaque et de sang
de gros intestin et son contenu d’intestin grêle et son contenu d'urine et vessie.
d'estomac et son contenu . .
de foie avec la vésicule biliaire
de reins.
de graisse sous-cutanée . , de poils, JleMUuScle rer ENT
2 de glande thyroïde et glandes
accessoires de poumon. . .
d'appareil génital.
de cerveau (encéphale et moelle) +...
de peau privée de ses poils .
de globes oculaires .
de pancréas
trace d’iode
faible trace
trace
nul
trace
trace sensible faible
nul
trace très sensible
trace
très net à peine sensible
trace
nul très net nul
nul
première expérience purement qualitative me
donna immédiatement cette impression que loin de se
Bourcet
oo localiser uniquement dans la glande thyroïde l’iode devait se trouver un peu partout dans l’économie comme d’ailleurs je m’en doutais.
Comme, en opérant sur un seul lapin, même de forte taille chaque organe pris séparément, à quelques exceptions près, ne fournissait pas une quantité de matière contenant un poids d’iode facilement appréciable j'ai fait l'expérience de la façon suivante :
Trois lapins mâles de forte taille, pesant ensemble 4.200 grammes furent sacrifiés par section de la carotide, comme précédemment, et tous leurs organes isolés par une dissection soignée, les organes de même nom furent
ensuite réunis et l’analyse donna les résultats suivants :
milligrammes 200 gr. de sang contenaient, . . 0.005 d’iode par kilog 60 gr. muscle cardiaque. . . . 0.005 — 700 gr. gros intestin et contenu . (0.017 — 300 gr. intestin grêle et contenu . (0.03 — 175 gr. vessie et contenu. ... . 0.0 — 500 gr. estomac et contenu . . . (0.04 AE
400 gr. foie et vésicule biliaire. . 0.71 — So.BTr TAN ne. CS a VUE — AUD OT A TASSE MENRE 0 0 — HO STADOIIS ER MO AOERE US — G00'er: muscle, ME MMS EEE 2025 — AD ST: PouMON té NENNIE SENS UPS. 0S — 52 gr. appareil génital . . . . 0.03 — 80 rs CERTA se SAM OLO — 10igr. pancréas. ,.#2%4 0 1 0400.0 —
tr Eh
200 gr. peau (sans poils) . . . . (0.12 — léprmélobestculares sie .0.0 __- 3.716 gr. 1.939
Il ressort nettement de ce tableau que, comme me l’avait montré la première expérience citée plus haut, presque tous les organes du lapin contiennent de l’iode en faible quantité, il est vrai, mais parfaitement dosable en opérant comme je viens de le dire.
Si on compare le total des poids des divers organes examinés et le total de leurs teneurs en iode on voit que 3716 grammes de lapin contiennent 1 mgr.939 d’iode soit 0, mill. 524 d’iode par kilog. d'animal approximativement Ce chiffre énorme à première vue (surtout si on les compare par exemple à ceux du chapitre XI qui indiquent la teneur en iode des poissons comeslibles) semblerait indiquer que le lapin est un animal très iodé. Mais il faut remarquer que de ce poids d’iode on doit retrancher celui qui provient des parties non comestibles du lapin ; la peau, les poils, les intestins, l'estomac et le contenu de ces organes, l'appareil génital et on arrive ainsi à ce résultat que 1590 grammes de lapin tel qu’il figure sur nos tables ne contiennent plus que 0 mgr. 745 d’iode, soit 0, mgr. 467 par kilog., ce qui malgré tout est encore un chiffre assez élevé.
En répétant l’expérience sur un chien de taille moyenne (8 kilogs), je suis arrivé à des résultats quelque peu différents : le sang et le foie ne contenaient que de très faibles quantités d’iode et il semble résulter de cette ex-
périence que le kilog. de tissu divers d’un chien est moi-