V. — Air de la mer
Expériences faites les 22, 23, 24, 25 octobre 1888, au phare de Rochedouvres, dans la Manche, à 60 kilomètres des côtes. Air aspiré à 13 mêtres au-dessus du niveau de la plus haute mer.
Volume d’air (réduit à 0° et 760 m/m) 331 litres.
Iode fixe (soluble dans l’eau), nul.
lode fixe (insoluble dans l’eau), 0 milligr. 0055, soit par 1000 litres d’air à 0° et 760 mm., O milligr. 0167.
Tode gazeux, nul.
Il résulte de ces faits que :
4° L’air de Paris contient moins de 1/500° de milligramme d’iode libre ou à l’état de gaz iodés dans 4000 litres d’air environ. Sous cette forme liode n’existe pas, ou n'existe pas en quantité sensible, dans l’air de Paris, ni dans celui des forêts, de la montagne ou de la mer.
2 Il en est de même de liode qui pourrait, à la rigueur, se trouver dans Pair à l’état de sels solubles (iodures ou autres), en poussières extrêmement ténues ;
3 Au contraire, pourvu qu’on agisse sur 2000 à 3000 litres à Paris; sur 200 à 300 litres à la mer, on trouve dans l’air une petite quantité d’iode sous une forme fixe et insoluble dans l’eau.
Cet iode ne devient sensible qu'après que la bourre de
ns
coton de verre où il s’est déposé a subi l’action de la potasse fondante. Ce métalloïde semble donc contenu dans l'air sous forme de principes iodés complexes, peutêtre d’alques, lichens, mousses, schizophytes ou spores en suspension.
En effet sous cette forme d’iode organique en suspension dans Pair, M. GaurTiEer a trouvé :
Sur 10090 litres à Paris, 0 mgr. 0018.
— à la mer, 0 mgr. 0167.
C'est-à-dire que l’air de la mer contient treize fois plus d’iode dans ses corpuscules en suspension que l'air de la ville. Il semble qu’on puisse induire de cette constatation que la mer est l’origine principale de liode atmosphérique, et qu’étant données la forme insoluble de cet iode sa façon de se conduire avec la potasse, l’absence complète de poussières minérales à la mer quand le vent vient du plein Océan, ce métalloïde doit exister dans Pair à l’état organique, probablement même organisé. On sait que le plankton des eaux de la mer est formé d’un immense réseau d’infusoires, diatomées, alques, etc., qui vivent surtout à la surface des eaux et envoient dans l’air marin leurs spores, leurs produits et débris de toute sorte.
S'il en est ainsi, si l’iode nous vient surtout des corps organisés, non seulement les particules en suspension dans l'air des villes (et surtout de celles qui ne sont pas très éloignées des mers, comme Paris) doivent contenir un peu d’iode, mais ce corps entrant dans la composition des parties en suspension les plus légères, l’iode doit être d'autant plus abondant dans les poussières qu’elles
auront été recueillies sur des points plus élevés. En effet:
de fines poussières recueillies à 40 m. au dessus du so}, sous la colonnade du dôme du Panthéon où le public ne va pas, et où elles se déposent à l’abri de la pluie, mais non du vent qui sans cesse enlève leurs particules les plus légères contenaient :
lode pour 100 gr. de poussières. . . 0 mg. 066
Plus haut, à 77 m. au-dessus de la rue, sous le bandeau de pierre calcaire de la lanterne qui surmonte le dôme de cet édifice les poussières qui s’y trouvaient contenaient :
Iode pour 100 gr. de poussières. . . O0 mg. 1551
Aïnsi, ce dépôt poussiéreux formé à 77 mètres au-dessus de la ville contient une quantité d’iode plus de huit fois supérieure à celle que l’on trouve dans les poussières plus lourdes déposées 37 mètres plus bas.
L'iode de Pair se trouve donc accumulé dans les parties les moins denses des poussières ; il ne devient sensible qu’à la potasse ; il est surtout abondant dans Pair de la pleine mer où ne se rencontrent pas de poussières minérales insolubles, mais où sont emportées les spores, alques, et débris de plankton : toutes ces constatations nous portent à penser que la majeure partie de liode de l'air paraît surtout originaire d’alques microscopiques ou de spores iodées d’origine marine, quoique, comme nous le verrons à propos de la présence de l’iode dans les végétaux inférieurs d’eau douce et terrestres, ces derniers doivent contribuer pour une large part à la formation des poussières iodées atmosphériques.
Il ne paraît pas que l’iode existe dans Pair, du moins
en quantité sensible à l’état de vapeur provenant de la
décomposition des iodures alcalins par l’oxygène en présence de l’acide carbonique ou par l’ozone atmosphérique (1). M. Gautier n’a pu en trouver sous cette forme 1/500° de milligramme dans 4000 litres d’air. L’air de Paris, des bois, de la montagne et de la mer elle-même n’en a pas fourni davantage, soit à l’état organique, soit à l’état d'acide iodhydrique, soit sous forme d’iodures alcalins ou terreux issus de la mer ou du sol.
En résumé le très remarquable travail de M. A. Gau- TIER a donné raison à M. CnarTin, à Bussy, BarraL et Van Axkum en prouvant qu'il existe réellement de l’iode dans l'air, mais que cet iode n’est pas à l’état d’acide iodhydrique ou d’iodures alcalins ou terreux, mais à l'état de
poussières iodées, c’est-à-dire à l’état diode organique.
1. Getle décomposition a été réalisée expérimentalement par M. Berthelot,