‹ L'Irlande et les irlandais mémoire de Daniel OʼConnellChapitre 3 sur 9 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

§ 1 er . Cette année à elle seule demanderait un volume. Ce fut Tannée qui couronna tous les crimes que pendant près de sept siècles le gouvernement anglais avait commis contre l'Irlande. Ce fut Tannée de la destruction de la puissance législative d'Irlande. Ce fut Tannée fatale , Tannée à jamais maudite de Tétablissement deTunion.

§ 2. L'union fut infligée à l'Irlande par les moyens combinés delà terreur , de la force, de la torture, de la fraude et de la corruption.

§ 3. Les auteurs de l'union remuèrent et ranimèrent les cendres encore chaudes d'une ré-

volte presqu'éteinte. Ils excitèrent le protestant contre le catholique et le catholique contre le protestant. Ils entretinrent soigneusement les dissensions intestines pour arriver à la conquête.

§ 4. Lorsque le projet d'union eut fait quelques progrès , la loi de Vhabeas corpus fut suspendue ; — toute liberté constitutionnelle fut anéantie en Irlande. — La loi martiale fut proclamée. — Fréquemment on employa la torture; — la liberté , la vie , ni la propriété ne furent plus protégées ; — l'opinion publique fut comprimée ; — beaucoup de jugements furent rendus par les cours martiales ; — les assemblées légalement convoquées par les schérifs et les magistrats furent dispersés par la violence et la force des armes. — La voix de l'Irlande fut étouffée , le peuple irlandais fut privé de toute protection. Je le répète encore une fois, la loi martiale fut proclamée. — Ainsi l'union fut consommée en haine de la nation irlandaise.

§ 5. Mais ce n'était pas tout encore» — On

eut recours à la plus vile , à la plus basse corruption. On prétend que lord John Russell a dit, il y a peu de temps , dans un dîner public , que l'union avait coûté 800,000 livres sterl. Il se trompait grandement en parlant ainsi sur de vagues souvenirs. Les documents du parlement lui prouveront qu'un seul article, celui de Tachât des votes pour les nominations dans les bourgsconstituants et les bourgs-pourris, ne coûta pas moins d'un million deux cent quarante-cinq mille livres sterling. La corruption pécuniaire coûta en totalité près de trois millions de livres sterling.

S 6. Mais ce n'est pas tout encore. — Les dépenses du patronage étaient plus ostensibles , plus avouées, plus impudentes; la pairie était un objet habituel de trafics; — le commandement des vaisseaux de ligne et des régiments , — les charges des premiers comme des derniers juges, les sièges des archevêques comme des évèques , les places de commissaires des revenus publics et de toute espèce de collecteurs,

enfin , tous grades ou charges quelconques, — le sanctuaire des lois comme les temples de la religion servirent de trafic à la corruption et furent livrés en échange des votes dans le parlement en faveur de l'union.

§ 7. Mais ce n'est pas tout encore.— Malgré toutes les ressources d'intimidation et de terreur, — malgré la loi martiale et l'oppression militaire , malgré la plus gigantesque subornation qui ait jamais été pratiquée, — l'union ne pouvait être obtenue jusqu'à ce qu'on eût acheté différentes nominations des bourgs en faveur d'un certain nombre d'Ecossais et d'Anglais ayant tous des grades dans l'armée de terre ou de mer , ou des charges du gouvernement révocables à volonté. Le nombre de ces « étrangers » était presqu'aussi grand que celui de la majorité par laquelle le bill de l'union fut emporté.

S 8. L'union n'était pas un traité ou contrat, illustre Princesse ; ce n'était pas un accord , ni une convention. Elle fut obtenue par la force ,

la fraude , la terreur , la torture et la corruption, telle est son origine. Elle n'a encore à cette heure aucun pouvoir moral , elle n'a que celui qui provient de la force. Ce n'est encore qu'un vain mot. Les pays ne sont pas unis : les Irlandais sont encore traités comme « étrangers « par le sang et la religion. »

§ 9. Ainsi fut anéantie l'indépendance législative de l'Irlande. Ainsi fut consommé le plus grand crime que jamais le gouvernement anglais ait commis contre l'Irlande.

§ 10. L'atrocité des moyens employés pour obtenir le bill de l'union ne fut égalée que par l'injustice des conditions auxquelles l'Irlande fut soumise.

§ 11. J'ai horreur de m'appèsantir sur ce détestable sujet. Je me bornerai seulement à présenter deux exemples de l'injustice commise contre l'Irlande : l'un relatif aux finances , et l'autre à la représentation.

§ 12. L'un des actes de fraude financière commis envers l'Irlande est celui-ci : A l'époque

de l'union , l'Irlande avait une dette constituée de vingt millions; celle de l'Angleterre était de 446 millions. Si l'union avait été un loyal et raisonnable traité , les dettes des deux pays auraient conservé les mêmes proportions. Peutêtre même cet arrangement aurait-il pu dans toutes circonstances être nuisible à l'Irlande. Mais quelles furent pour l'Irlande les conséquences de l'union? C'est que toutes les terres , maisons et autres propriétés meubles et immeubles de l'Irlande, sont maintenant engagées solidairement avec l'Angleterre pour le payement de huit cent quarante millions de livres sterling !!! En évaluant au plus haut, l'Irlande pourrait devoir aujourd'hui une somme qui n'excéderait pas quarante millions; mais par suite de l'union on nous a rendus débiteurs de huit cent quarante millions. Sans l'union il y a longtemps que la totalité de la dette irlandaise eût été payée, et l'Irlande, à l'exemple de la Norvège, n'aurait point de dette nationale. Il n'y a jamais eu un peuple si injustement traité nue le peuple irlandais !

g 13. La plus choquante injustice commise envers l'Irlande , en matière de représentation dans le parlement uni, fut celle-ci : Les créateurs de l'union avaient dit que la population et la propriété seraient les bases sur lesquelles on fixerait le droit de représentation de chaque pays. Les seules preuves de propriété que lord Castlereagh voulut admettre furent les exportations, les importations et le revenu. Il omit totalement le produit des rentes. — Cependant sur ses propres données l'Irlande avait droit à 108 nominations sur un total de 658 représentants.

Il en retrancha huit de son autorité privée , et ne laissa plus à l'Irlande que cent membres du parlement.

Mais dans la vérité il aurait dû faire entrer dans ses calculs les revenus relatifs de chaque pays, et alors on aurait reconnu que les droits de l'Irlande à la représentation étaient de 169 membres. Et de plus, si les éléments des rapports de la représentation avaient été basés uni-

quement sur les proportions des populations et des revenus, les droits de l'Irlande auraient été de 176 représentants.

§ 14. Si l'union avait été un traité loyal, aucune chicane n'aurait pu abaisser le chiffre de la représentation de l'Irlande au-dessous de 150 membres. Cependant un tiers fut supprimé par la volonté despotique et le bon plaisir du gouvernement anglais. Ceci était cependant une grave injustice et fut la source de tous les dangers auxquels l'union a été exposée. Toute justice sur ce point a été constamment refusée .Ainsi nous sommes dégradés , insultés par l'union .

§. 1 er . Le but prétendu de l'union ètail de réunir les habitants des deux îles en une seule nation , un seul peuple. Les espérances les plus flatteuses furent répandues à profusion, les assurances les plus solennelles furent données sous serment : — « L'Irlande ne serait plus « étrangère à la liberté anglaise. — La religion « de ses habitants ne serait plus un motif de « persécutions. — Les nations seraient identi- « fiées. — Les mêmes privilèges , les mêmes « lois, les mêmes libertés. »

Ils prodiguèrent à satiété , jusqu'à ce que les oreilles en fussent fatiguées et le bon goût of-

fensé , les citations usées de « Paribus se legi- « bus. » — « Invictœ génies. » — « Mierna in fce- « dera ! »

§ 2. C'étaient des mots;— latins ou anglais, ils ne furent que des mots.— « L'Irlande perdil tout et ne gagna rien par Vunion. » Pitt montra quelque dignité lorsqu'il résigna sa charge de premier ministre , parce que Georges III ne lui permit pas de remplir les conditions de l'union, en accordant l'émancipation catholique. Mais cette dignité fut traînée dans la boue lorsque plus tard il consentit à être ministre malgré sa foi violée , malgré la rupture de ses engagements. Cependant ils existent encore « les clubs de Pitt »... Ne sont-ils pas encore ?... En Angleterre !!!

§ 3 . L Irlande perdit tout et ne gagna rien par Vunion. Il y a un grand mal dans l'économie politique de l'Irlande , une maladie incurable dans sa situation ; c'est que les neuf dixièmes du sol appartiennent à des absents. Même avant l'union ce mal fut ressenti comme une malé-

diction qui devait enfanter tous les malheurs possibles; il s'est prodigieusement accru depuis. — L'union doit inévitablement l'avoir augmenté et elle doit continuer à accroître le nombre des absents. Tous les employés nécessaires à la marche de l'administration du gouvernement sont absents, un seul excepté, le lord lieutenant.

§ 4. L Irlande perdit tout et ne gagna rien par l'union. Toutes les promesses furent oubliées , tous les engagements furent violés. L'Irlande s'agita et pria , elle cria à ses amis pour avoir assistance et au parlement pour avoir protection.

§ 5. Enfin il s'opéra un changement dans nos esprits et dans notre manière d'agir. Les Irlandais cessèrent d'invoquer le patronage et d'espérer secours de leurs amis , ils devinrent « amis d'eux-mêmes » , et après vingt-six ans d'agitation ils forcèrent la concession de l'émancipation.

Ils contraignirent les plus puissants comme

les plus artificieux , les plus hardis comme les plus adroits de leurs ennemis à leur accorder l'émancipation .

§ 6. Wellington et Peel , — le ciel en soit béni , — vous fûtes vaincus. Notre ligue pacifique et sans tache , pure de tous crimes et de toute effusion de sang , fut plus forte que la gloire militaire de l'un et les petites ruses , les vils sophismes et les spécieuses fourberies de l'autre. Tous deux cédèrent à la fin , mais sans dignité , sans générosité , sans candeur et sans bonne foi. Oui , il y eut dans la concession une petitesse qui serait presque incroyable , si elle n'était consignée dans l'histoire publique. Ils émancipèrent un peuple , mais par le même acte ils proscrivirent les individualités. Peel et Wellington , nous vous avons vaincus et vous avons arraché une libéralité forcée, et vous avez laissé derrière vous tout ce qui vous restait de earactère , comme la proie du vainqueur.

§ 7. Il y eut une période intermédiaire pendant laquelle l'émancipation aurait pu être con-

cédée de bonne grâce et acceptée avec reconnaissance. Ce fut en Tannée 1825. En celte année, lorsque tout favorisait le don de l'émancipation , — lorsqu'il aurait pu être accordé avec grâce et dignité , — lorsqu'il aurait pu être concédé comme l'émanation du grand génie des hommes d'état et des conquérants , — en 1825 Peel et Wellington triomphèrent dans leur opposition contre l'émancipation, et firent ainsi que ce qui aurait pu être alors leur plus glorieux triomphe devint plus tard l'instrument de leur propre dégradation.

§ 8. Il ne faut pas oublier que trois fois dans l'espace de ces vingt-neuf ans , la chambre des communes fit passer un bill d'émancipation ; mais trois fois ce bill fut rejeté par la chambre des lords. Les lords cependant cédèrent au quatrième assaut ; secondé comme il l'était par la puissance de la nation irlandaise. Enûn nous triomphâmes du perpétuel ennemi de l'Irlande, — la chambre des Lords.

§ 9. Que l'on se souvienne bien que nous

combattions pour « la liberté de conscience. » Oh! combien ils sont ignorants ces hommes qui vantentla tolérance des protestants et déclament contre le fanatisme catholique ! Cette calomnie fut un des grands maux que nous ayons autrefois endurés; aujourd'hui nous en rions et nous

la méprisons. L'histoire des persécutions exercées par l'église anglaise protestante contre les catholiques d'une part, et contre les presbytériens et autres protestants dissidents, d'autre part , est la plus sombre page de l'histoire des temps.

§ 10. Les catholiques irlandais, revenus trois fois au pouvoir depuis la réforme , n'ont jamais persécuté personne. — Que le Dieu tout-puissanten soit béni !

§ 1 er . Jamais aucun peuple sur la surface de la terre n'a été traité si cruellement , si bassement et si injustement que le peuple irlandais ne Ta été par le gouvernement anglais.

§ 2. Les catholiques étant émancipés , le peuple anglais eut tout loisir d'apprécier les illusions au moyen desquelles on l'avait fasciné en lui inspirant de fausses alarmes au sujet de la religion et de la loyauté des Irlandais. Les trompeurs avaient le plus grand intérêt à entretenir Terreur. A la fin , la monstrueuse nature de ce qu'on appelait la représentation parlementaire se démasqua entièrement devant le

peuple anglais. Ce fut peut-être la plus grande et la plus ridicule farce qui ait été jouée sur la grande scène du monde. Heureusement une faute , telle qu'aucun homme sorti d'une maison de fous ait jamais pu commettre — une % faute du duc de Wellington — jeta sur l'absurdité et la tyrannie de cette farce une lumière si éclatante , qu'il fut impossible de la continuer. En sa qualité de premier ministre d'Angleterre il déclara que dans sa conviction la nomination et les Bourgs-Pourris, d'après le système de l'Angleterre , « étaient la perfection actuelle de la « sagacité politique. — Et même, il V exalta pres- « qu'au point d'en faire une émanation d'un esprit « divin. »

L'effet en fut irrésistible. — Le sens commun se révolta. — La réforme devint inévitable.

§ 3. Encore une fois la plus grande et la plus choquante injustice fut commise contre l'Irlande. Il est reconnu que sans l'assistance des représentants irlandais la réforme ne pouvait être obtenue. Le plus malveillant de nos enne-

mis, Stanley lui-même a admis le fait. Dodc les réformistes anglais avaient contracté une dette sacrée de reconnaissance envers les Irlandais. Mais comment avons-nous été récompensés ? Nous avons été traités avec la plus basse et la plus atroce ingratitude.

§ 4. Nous souffrons encore de l'ingratitude des réformistes anglais , et de l'injustice des Tories qu'elle favorise.

Je vais en quatre articles et aussi brièvement que possible vous exposer le sujet de nos plaintes ; — non les plaintes abjectes de ceux qui

n'ont ni espoir ni conûance dans leur propre vertu. J'exposerai nos griefs avec le langage d'un homme libre. Je le fais en faveur d'un peuple qui a donné la liberté à d'autres peuples et qui mérite d'être libre lui-même. Telle est ma seule préface , je désire que ces quatre faits ne soient point oubliés.

Premièrement : Que les représentants irlandais décidèrent la victoire et firent passer le bill de la réforme parlementaire anglaise.

Secondement : Que par le même acte ils enlevèrent également le bill de la réforme écossaise.

Troisièmement : Qu'ils firent passer également et par une inévitable conséquence le bill de la réforme municipale anglaise.

Quatrièmement : Qu'ils firent adopter pareillement le bill delà réforme municipale écossaise .

§ 5. Lors même qu'ils n'eussent pas eu ces mérites de plus à faire valoir, ils avaient droit, à moins que l'union ne fût une insultante dérision, ils étaient — eux Irlandais — d'après les plus simples principes du sens commun , appelés de droit à partager également les avantages de la réforme avec l'Angleterre et l'Ecosse.

L'union seule leur donnait ce droit. Mais en outre de ce droit légitime , leur cause avait de plus ce titre glorieux — savoir, qu'ils avaient principalement contribué à obtenir la réforme pour les deux autres pays.

§ 6. Tels sont les sujets de mécontentement du peuple irlandais.

Notre premier grief est que les Irlandais n'ont pas obtenu un bill de réforme parlementaire égal à celui de l'Ecosse ou à celui de l'Angleterre.

Premièrement. « L'Irlande n'a pas obtenu « une part suffisante dans la représentation. « Le pays de Galles a gagné une augmentation « de six membres sur une population de « 800,000 habitants. L'Ecosse, sur une popu- « lation de 2,300,000 habitants, a obtenu une « augmentation de huit membres. L'Irlande, « sur une population de 8,000,000 d'habitants, « a obtenu une augmentation de cinq mem- « bres.

« L'Ecosse augmenta sa représentation dans « la proportion de un sur cinq; — le pays de « Galles de un sur six, — et l'Irlande , de un « sur dix 11!

« Et encore un de ceux-là fut accordé contre « et non pour l'Irlande. — Le second membre « étant pour l'université de Dublin. Mais ad- « mettons un sur dix.

« Ainsi l'injustice première de l'union sous « le rapport de la représentation fut enci core aggravée par le bill de réforme. L'Ir- « lande, eu égard à sa population et à son 1er- « ritoire, avaitdroità 176 membres sur 658. — « Nous offrîmes de les réduire à 125. »

Secondement. « La suivante et encore plus « grande injustice fut dans la nature du droit « de franchise.

« Bien que la franchise soit nominativement « la môme dans toutes les villes , elle est subs- « tantiellement et réellement beaucoup plus « élevée en Irlande qu'en Angleterre. Une « maison qui rend dix livres sterling par an- « donne droit de franchise à Londres et à Lia verpool. Dans Tune ou l'autre de ces villes « combien peu y a-t-il de maisons qui ne ren- « dent pas dix livres sterling par année ?

« Une maison rendant dix livres sterling par « an donne droit de franchise dans les villes « d'Ennis et d'Youghal ! Combien peu y a-t-il , « dans ces deux villes ou autres semblables

« en Irlande, de maisons qui puissent rendre « dix livres sterling annuellement ? Pour être « juste, si la franchise est attachée à une mai- « son d'un revenu de dix livres en Angleterre, h elle devrait l'être à une maison d'un revenu « de cinq livres en Irlande. Nous nous plai- « gnons donc de l'injustice commise envers « nous en adoptant un chiffre qui est nomina- « tivemenl le même , tandis qu'il est très-diffé- « rent en réalité.

« Dans les droits électoraux des comtés , « l'injustice est encore plus manifeste. Nous « n'avons par le fait que deux sortes de fran- « chises pour le peuple , elles sont fixées toutes « deux à dix livres sterling de revenu net par « année en sus du produit de la redevance, — « taux énormément élevé; — l'une des francsce tenanciers , et l'autre des tenanciers à terme « de vingt ans.

« Contraste choquant avec l'Angleterre, qui « par son bill de réforme multiplia ses franchi- « ses jusqu'à neuf espèces différentes et dis- « tinctes.

« L'Angleterre, pays riche, a neuf espèces « différentes de franchises, aGn d'arriver à « toutes les gradations de la propriété, y com- « pris môme la plus ancienne franchise de 40 « schellings en franc-alleu.

« L'Irlande , pays infiniment plus pauvre , « n'a dans le fait que deux franchises pour son « peuple, et encore sont-elles élevées au taux « énorme de dix livres sterling net de revenu « annuel.

« Jamais peut-être les annales de l'histoire « ne montreront une injustice plus révoltante « que celle qui a été commise, parle bill de la « réforme irlandaise, contre le peuple de Tlr- « lande. »

Troisièmement. « Le troisième fait de basse « ingratitude commis par les réformistes au- « glais contre le peuple d'Irlande, fut « Vigno- « hle et sanguinaire acte de contrainte, conçu « dans le même esprit qui guida Cromwell et • Ireton. C'est sous cette même inspiration que « le premier parlement réformé reçut « Vacte

« de contrainte , » acte atroce qui fut la récoma pense du peuple irlandais pour ses heureux « efforts dans la cause de la réforme : oui , — « Jnglesey, Stanley, lord Grey , Brougham, « tous, tous se sont réunis pour nous récom- « penser de nos patriotiques manifestations en « leur faveur; ils nous en ont récompensés par « l'aboi issement de toute liberté constitution- « nelle, par l'anéantissement des jugements « par le jury, et en livrant les vies, les liber- « tés , les propriétés du peuple irlandais à la « merci du caprice militaire , de la violence ou « de la passion.

« Grand Dieu ! — fut-il jamais un peuple si « cruellement et si vilainement traité que le a peuple irlandais? Telles furent cependant les « marques de reconnaissance que nous reçûmes « des réformistes Anglais Î!I

« Le quatrième grief que je vais exposer ne « concerne que les Tories anglais. Celte injus- « tice a été commise par la chambre des lords « contre le peuple d'Irlande. L'Angleterre a ré-

« formé ses corporations municipales et l'E- « cosse a obtenu la même chose.

« Pendant plusieurs années on a obstinément « refusé à l'Irlande la réforme de ses corpora- « tions municipales.

« Et Tlrlande a été encore plus outrageuse- « ment insultée par le bill de réforme des cor- « porations qui à la fin a été , — je ne dirai « pas concédé, mais jeté à l'Irlande, — comme « on jetterait un os à un chien.

« L'Irlande a été insultée par le bill de ré- « forme des corporations irlandaises , qui lui a « été accordé après tant d'années de refus. »

Premièrement. « Parce que, d'après le bill « de réforme des corporations irlandaises , les « nouvelles corporations sont privées de tout « pouvoir réel et de toute autorité qui puissent « les mettre à même de donner protection au « peuple dans les villes et cités soumises au « régime des corporations ; de veiller sur l'ad- « ministration de la justice ; d'introduire de « l'économie dans les dépenses, et de la mode-

« ration dans la perception des taxes locales. « Enfin Pacte de réforme des corporations ir- « landaises a produit une espèce mixte de cor-^ o poration, plus morte que vivante, sans pou- « voir et sans force. »

Secondement. « Le bill de réforme des corpo- « rations irlandaises est une insulte pour le « peuple de nos villes et de nos cités, parle « contraste des franchises municipales d'An- « gleterre comparées avec celles de l'Irlande. « Dans les villes et cités anglaises, tout homme « imposé à la taxe des pauvres , quelque mini- « me que soit sa taxe , a droit aux franchises « municipales et conséquemment à faire partie « du rôle des électeurs. En Irlande, au con- « traire , aucun homme n'a droit aux franchi- « ses municipales , ni à être porté sur les rôles « des électeurs, àmoinsqu'il ne soit imposé à la « somme totale de dix livres sterling. Ainsi la ce loi comprend tous les Anglais qui payent un « impôt quelconque, et exclut en même temps « tous les Irlandais qui sont imposés à une soin-

« me moindre que dix livres, et ceux-ci cepen- « dant forment une classe très-nombreuse. Et « cette insulte est encore aggravée par ceux « qui disent qu'il y a union entre l'Angleterre et « llrlande! — Union!... »

Troisièmement. « Un autre contraste qui rend « le bill de réforme des corporations irlandaises « encore plus insultant pour le peuple de l'Ir- « lande, c'est que , dans les villes et cités an- « glaises , chaque personne portée sur le rôle « des électeurs tient son droit de voter de la « seule conditionde payer unimpôtquelconque; « et la taxe des pauvres est nommément com- « prise au nombre de celles donnant droit de « bourgeoisie; cependanten Irlande (àDublin, « par exemple ) toute personne portée sur les « rôles des électeurs n'a droit de voter qu'au- « tant qu'elle paye neuf, et quelquefois jusqu'à « onze taxes différentes : obligation qui réduit « presque d'un tiers le nombre des personnes « ayant droit aux franchises municipales. »

Il existe encore d'autres points d'infériorité

dans le bill de réforme des corporations irlandaises, je néglige de les rappeler ici. — Les griefs que j'ai exposés sont assez caractérisés pour justifier notre indignation et motiver notre aversion.

Je termine par cet exposé la nomenclature des injustices commises envers l'Irlande depuis la concession du bill d'émancipation.

§ 7 . Reste la question des dimes , appelées aujourd'hui taxe du revenu des dîmes. L'Irlande ressent au fond de son cœur les longues et continuelles injustices dont elle a été la victime. Le peuple catholique soutient et maintient à ses frais une parfaite hiérarchie dans son église. Il entretient quatre archevêques, — vingt-cinq évèques, — beaucoup de doyens et de vicaires généraux, — avec plus de trois mille curés et vicaires chargés de pourvoir aux besoins spirituels d'environ sept millions de chrétiens. Peut-il et doit-il voir avec plaisir qu'on le force à contribuer au soutien d'une église avec laquelle il n'est pas en communion? Non! — Il

— G oogle

n'est pas, — il ne peut pas, — il ne doit pas être satisfait, tant qu'un atome du système actuel des dîmes subsistera.

Si ces dîmes sont la propriété publique, — et que sont-elles autre chose? — elles doivent servir à alléger les charges publiques , et le surplus être appliqué à des objets d'utilité publique et nationale, spécialement à l'éducation. Le sens commun et l'honneur du pays le réclament. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant qu'il n'en sera pas ainsi.

Ces pages ne contiennent qu'une faible esquisse de la triste histoire des malheurs et des misères de l'Irlande. Chaque fait de cette histoire est caractérisé par les crimes les plus odieux commis par les gouvernants de l'Angleterre contre le peuple irlandais; rapines, confiscations , meurtres, massacres, fourberies, sacrilèges , — dévastation générale et injustices de toute sorte qui ont conservé jusqu'à ce jour une grande partie de leurs formes les plus odieuses.

Si le mode de persécution est changé, l'esprit reste le même. Ceux qui autrefois se seraient servis du poignard et du couteau de l'assassin , emploient aujourd'hui la langue et la plume du calomniateur; et au lieu d'assassiner les

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corps, ils en paralysent l'énergie en tuant les réputations. La calomnie a remplacé le meurtre , et la faction qui s'est si longtemps baignée dans le sang irlandais console ses passions violentes et méchantes par une fourberie toujours variée, toujours vivante, et par une barbare imposture.

Dans quelle position se trouvent aujourd'hui les esprits en Irlande ? — et quels doivent être les projets des patriotes irlandais ?

Nous sentons et nous comprenons que si l'union n'existait pas, — si l'Irlande avait un parlement à elle propre , la majorité populaire aurait depuis longtemps fait adopter les mesures de salutaire et utile réforme. Au lieu d'être en arrière de l'Angleterre et de l'Ecosse , nous aurions marché à leur tète , et nous aurions fait pour nous-mêmes autant , et plus même, que ce que nous avons contribué à faire pour les autres.

S'il n'y avait pas d'union , l'Irlande serait la partie de l'empire britannique dans laquelle la

liberté civile et religieuse aurait fait de plus* grands progrès que dans aucune autre des parties soumises à la couronne d'Angleterre. Si l'union n'avait pas été adoptée , il y a longtemps que l'Irlande aurait payé sa dette nationale, et aujourd'hui elle serait presque entièrement affranchie d'impôts.

L'union , et l'union seule nous barre le chemin , et nous empêche d'accomplir par nousmêmes l'œuvre du bonheur politique.

L'injustice et la dégradation , — la faiblesse qui en est la conséquence 1 , la pauvreté qui s'étend partout et une infériorité politique intolérable , tels sont les fruits de l'union.

De ses effets sur le peuple d'Irlande, je ne citerai qu'un fait , — c'est que , sur une population de huit millions d'habitants , i 1 y a deux millions trois cent mille individus dont la subsistance ne dépend absolument que de la charité publique !!! Et cela dans une des plus fertiles contrées du globe.

Les Irlandais ont soutenu et soutiennent que

l'on ne pouvait leur faire subir un plus grand outrage que de les soumettre à la dégradation et aux charges de l'union avec un autre pays, et en même temps les priver de toute égalité de privilèges et de franchises avec ce même pays. Cette égalité est la conséquence forcée du mot « Union : » Toute autre union est une fausseté permanente , un mensonge vivant.

Premièrement. L'union accordait aux catholiques irlandais — nommés emphatiquement le peuple d'Irlande — l'égalité religieuse avec les Anglais et les Ecossais. Ceci était clairement expliqué et même consigné dans des écrits avoués par Pitt, lors de sa négociation avec les Pairs catholiques et autres qui s'appelaient euxmêmes les chefs du peuple catholique. Mais ce qui est mieux encore , c'est que ce droit était partie essentielle de la nature de l'union.

A cet égard l'union fut pendant vingt-neuf ans un « mensonge vivant. »

La réalisation partielle de l'union sur ce point, après vingt-neuf ans de débats, est entiè-

rement due à la vertu du peuple irlandais , et non au bon sens ou à l'honneur du gouvernement anglais.

Mais aussi longtemps que le peuple d'Irlande sera contraint de faire ce que ne font ni le peuple anglais , ni le peuple écossais , — c'est-àdire , de soutenir à lui seul l'Eglise de la minorité ; aussi longtemps l'union continuera d'être à cet égard « un mensonge vivant. »

Secondement. L'union donnait droit au peuple d'Irlande de posséder les mêmes franchises électorales que le peuple anglais. Sur ce point l'union accordait au peuple d'Irlande une parfaite égalité , non-seulement de nom ,'mais de fait, pour lajouissance des franchises électorales.

A cet égard l'union est encore aujourd'hui « un mensonge vivant » , un mensonge aggravé par une basse ingratitude , une vile injustice.

Troisièmement. L'union donnait le droit au peuple d'Irlande d'avoir une part égale de représentation dans le parlement. Mais cette juste proportion lui a été refusée avec mépris et dé-

daio. L'union est donc sur ce point essentiel « un mensonge vivant. »

Quatrièmement. L'union donnait droit au peuple irlandais à une égale protection avec l'Angleterre contre le monopole des corporations , le fanatisme , le pillage et les abus de toutes sortes. J'ai déjà démontré combien est insultant le contraste entre la réforme des corporations d'Angleterre et celle d'Irlande. L'union est donc encore sur ce point « un mensonge vivant. »

A l'égard de la réforme municipale, à l'égard des franchises électorales , à l'égard de la représentation au parlement , — mais pardessus tout et avant tout à l'égard du maudit système

des dîmes, — l'union est « an mensonge vivant. »

Le peuple d'Irlande demande donc le rappel de l'union et le rétablissement de son parlement national.

L'association qui se forma sous le titre de ' Précurseur déclara , au nom et avec l'assenti-

ment du peuple irlandais , .qu'il aurait pu consentir à la continuation de l'union, si justice lui avait été faite, — si les franchises avaient été simplifiées et beaucoup étendues, — si les corporations avaient été réformées et conservées, — si le nombre des représentants de l'Irlande avait été augmenté dans une juste proportion , — si le système des dîmes avait été aboli et la liberté de conscience complètement rétablie.

Mais d'un autre côté ces justes réclamations étant repoussées , — ces justes demandes étant refusées, — nos justes droits étant méconnus , — le peuple irlandais est trop nombreux , trop sage et trop grand , pour désespérer de sa cause , ou pour hésiter sur la ligne de conduite qu'il doit adopter. La restauration de la puissance législative nationale est donc réclamée de nouveau , et il n'y aura ni traité , ni repos, ni cessation de cette demande jusqu à ce que l'Irlande soit redevenue elle-même.

Encore un mot avant de terminer. Un honnête homme ne désespère jamais de son pays.

Aucun ennemi sage ne placera sa confiance dans les obstacles qui peuvent s'élever sur la route entre sept raillions d'hommes et cette liberté , le but de leurs efforts et qu'ils savent être leur droit; car pour eux il ne pect exister d'impossibilité.

Je le répéle , — aussi certainement que demain le soleil se lèvera , l'Irlande assurera ses droits par elle-même, conservant la chaîne dorée et nullement onéreuse qui l'unit à la couronne britannique , fidèle aux principes d'une allégeance pure et simple , mais bien déterminée , lorsqu'elle conserve sa loyauté envers la couronne , à maintenir ses droits à la liberté constitutionnelle du peuple irlandais.

Enfin l'Irlande demande que la faction ennemie ne soit pas plus longtemps encouragée ; que le gouvernement agisse pour le peuple irlandais et non contre lui. Elle est prête et fort disposée à aider les réformistes anglais et écossais pour l'extension de leurs franchises et la consolidation de leurs droits, — mais elle a

vainement insisté pour obtenir une part égale dans tous les avantages politiques. Elle a vainement demandé l'égalité, — Videnlité. Elle a été refusée, — refusée avec mépris. — Sa dernière demande ne laisse plus d'alternative. —

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