DEUXIÈME PARTIE
et vei^ lequel ce sujet me ramènera d'ailleurs tout naturellement.
Chaque jour, de notre temps, on voit les grands hommes devenir plus rares. Ce n'est pas qu'H se fasse de moins grandes choses qu'autrefois ; mais ce qui se fait de grand parmi les peuples, au lieu d'être exécuté par tel ou tel homme, l'est par plusieurs, et, à mesure qu'un plus grand nombre concourt à l'œuvre, la gloire particuHère des agents diminue. Lorsque dans un pays je ne vois aucun homme qui s'élève au-dessus des autres, je n'en conclus point que tous les hommes de ce pays soient petits, j'en tirerais plutôt la conséquence qu'ils ont tous une certaine grandeur. Nulle part, les grandes individualités ne sont plus rares que dans les pays d'égalité générale. Voyez les États-Unis; où trouver un niveau commun plus haut, avec moins de sommités individuelles? L'Irlande, avec ses immenses misères, ses contrastes de luxe et d'indigence, avec ses masses grossières, animées de passions homogènes, était peut-être le sol le mieux préparé pour faire éclore la grandeur d'un seul homme.
La puissance d'O'Connell n'est^elle pas une des plus extraordinaires qui se puisse concevoir? Voici un homme qui exerce sur un peuple de sept miUions une sorte de dictature; il dirige presque seul les affaires du pays, il donne des conseils qu'on suit comme des commandements, et cet homme n*a jamais été investi d'aucune autorité civile, d'aucun pouvoir militairei Je ne sais si^ en consultant l'histoire des nations, on trouvera un seul exemple d'une pareille destinée» Voyez, depuis César jusqu'à Napoléon, les hommes qui ont dominé les peuples par leur génie oU par leur vertu, combien en complerez-vous qui, pour établir leur puissance, n'aient eu d'abord^ soit la majesté de la toge, soit la gloire des armes? Le nom de Washington serait-il seulement arrivé jusqu'à nous, si, avant d'être législateur, ce grand homme n eût été guerrier? Qu'exU été Mirabedu satis la tri-