‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 22 sur 219 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

la défense. Alors aussi ses intérêts de corps privilégié, l'éloigneront autant du plus grand nombre que ses tendances naturelles l'en rapprochaient. El on le verra d'autant plus se retirer du peuple, que cet autre corps privilégié, son semblable et son allié, la noblesse, s'en tiendra e)|e-mêine plus éloigfiée; ie te\\e sor^e qi|e, si celle-ci entrait en guerre avep le peuple, le clergé, cet ami primitif et naturel du peuple, en 4eyiendrait aussi l'adversaire.

Hai^ on conçoit qu^ rieu dQ semblable ne pç$it arriver dans un payç où le clergé chrét,ien et çatho)iqi|e ne possède aucui) {Nrivilége et n> occupa ^ueun rang t^iérarchiqne dans l'État; ou il existe, à U vérité, une aristocratie, ipajs une aristocratie protestante en face du peuple ca^o)ique, une aristocratie qui, au lieu d attirer le clergé vers elle par des parités de position, et de le prpvoquer ainsi à une alliance, 1q repousse, au contraire, avec toute la violence qui peut naître de l'assemblage 4e passions hostiles, 4e principes opposés 0| d'intérêts çoptrairejs,

Ainsi, en Irlande, le clergé a toute autorité sur un peuple quinerecoanaît d* autre pouvoir que le sien : situation bien différente 4u cas où le clergé, uni à un roi absolu, est contenu strictement dans les limites de son influence spirituelle, et de celi^i où, allié d'une aristocratie, il a une force politique, niais partagée et impopulaire. Ici le dergé catholique a sur le peuple la double autorité, et il la possède seul. C'est 9insi qu'un corps religieux qu'on voit quelquefois l'appui des princes ou l'allié des corporations privilégiées est, en Irlande, un des plus puissants éléments de liberté et 4e démocratie.

§IV Les presbyiéiiens.

Voici un autre élément de démocratie qui, quoiqu'il ne soit pas d'origine et de nature irlandaises, ne se trouve pas moins >n Irlande, et y exerce une notable influence. Je veux parler des presbytériens écossais, venus en Irlande du temps de Jacques I^% de Cromwell et de Guillaume III (i), et pour la plupart établis dans la province d*Ulster.

Le culte presbytérien et le culte catholique, ces deux adversaires religieux, procèdent de deux principes absolument opposés Tun à Tautre, le premier de la liberté, le second de l'autorité; celui-ci soumettant toutes les volontés, toutes les consciences à une seule conscience, à une seule volonté; celui-là laissant à chacun le soin de former par un libre examen sa conviction individuelle. Hais ces deux principes, si directement contraires, ont un effet déi;nocratique commun, et, par deux voies différentes, conduisent les hommes à l'égalité. Suivant le principe catholique, tous sont égaux sous un seul maître qui nivelle tout au-dessous de lui ; dans l'Église presbytérienne tous les individus sont égaux parce qu'ils sont tous souverains. Si l'on pouvait comparer une institution politique et une institution, religieuse, je dirais qu'il y a entre l'Église presbytérienne et la constitution des Etats-Unis une très-grande analogie. Dans Tune comme dans Tautre l'autorité vient diT peuple et de la majorité, et va toujours en remontant par degrés ; le presbytère, c'est la commune; le synode, c'est l'État; l'assemblée générale, le congrès. C'est absolument l'opposé de l'Église catholique, où rnntorité part d'en haut et descend sur le peuple..

Assurément c'est un phénomène remarquable que la rencontre et le développement simultané' dans le même pays de ces deux éléments démocratiques de nature si diverse, et

Page 1