‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 23 sur 219 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

pourtant unis pour travailler ensemble à la même œuvre. Le culte catholique et le culte presbytérien d'Irlande ont élé dans Torigine séparés par tant de passions et de préjugés, qu'une simple analogie dans tes effets politiques de leur doctrine ne les eût point sans doute rapprochés, s'il n'eût existé d'ailleurs entreeui, dès le principe, une autrecause d'union. Cette cause, c'est la présence au milieu d'eux d'un adversaire commun, l'Eglise anglicane, l'alliée du gouvernement anglican.

Pendant longtemps la haine religieuse qui les animait l'un contre l'autre fut plus puissante que l'intérêt politique qui pouvait les réunir; et l'histoire. en offre un mémorable exemple. En 1705 on proposa dans le parlement d'Irlande un bill qui avait pour objet de contraindre tous les fonction*naires publics à prêter un serment conforme au rit anglican. Or, ce bill, destiné surtout à frapper d'incapacité les catholiques irlandais, était conçu dans des termes si généraux, qu'il atteignait aussi bien les dissidents méthodistes et les presbytériens que les catholiques eux-mêmes. Cependant les presbytériens ne le repoussèrent point ; et, en Tacceptant, ils aimèrent mieux s'interdire à eux-mêmes l'exercice d'un droit que de le laisser aux catholiques. Ici rintérêt politique cédait à la passion religieuse (1).

Plus tard la passion religieuse cède à la passion politique ; et Ion voit s'unir dans un commun intérêt d'indépendance ceux que la religion séparait. Ce changement date de i 789. Déjà avant cette époque les presbytériens d'Irlande avaient plus d^une fois manifesté leurs penchants républicains et démocratiques. Ces grands mouvements de 1778 et de 1782, dans lesquels on vit la moitié d'un peuple sous les armes, ces conventions populaires où les résolutions se délibéraient à la majorité des suffrages, avaient pour point central la province d Ulsler, et pourbase la population presbytérienne. Mais alors l'esprit de secte gênait encore l'esprit de liberté ; et, satisfaits d'obtenir des droits et des garanties pour Tir-

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lande protestante, les presbytériens de ce temps preQ9Jent peu de souci de la servitude catholique. La révolution frunçaise vint ioiprimer à leur esprit des tendances plus larges et plus généreuses. f!e>ne fut pourtant point daq» les rsng^ les plus misérables, c est-à-dire parmi les csiJioJiques, que h liberté française rencontra le plus d*éçbo; oeux qu'elle trouva les plus prompts à sdopter ses conseils et ses élans furent les presbytériens, plus attentifs à sa voix parce qu'ils la comprenaient mieux.

Nulle part la sympatbi^ pour la Francis et pour les grands principes qu'elle introduisait dpns le inonde n'était aussi grande qu-à Belfost et dans l!Ulster. Tous les protestants qui alors se mirent ^ Is tête du mouvement national ^t formèrent, en s'unissant aux catholiques, la fameuse sssocia^ tion des IrUmiaU-Unis, étaient des presbytériens*

De là date la première fijliance survenue entr^ ces deui^ mortels ennemis, les catholiques et les puritains. De là aussi la première scission politique arrivée dans le corps des près* byUriei}s d'Irlande : car, tandis que les unp faisaient tsire leurs passions religieuses pour n'écouter que leurs sympa-^ thies politiques, les autres, fermant l'oreille à la voi)^ de la liberté qui les appelait» restaient opiniâtrement attachés au joug de leurs vieilles haines antipapistes.

Du reste, quelle que soit leur harmonie apparente, les presbytériens libéraux et les catholiques d'Irlande ne s'accordent complètement que dans la guerre pour laquelle ils sont ligués. Ennemis au fond, ils cessent de se haïr pour haïr ensemble un ennemi commun; c'est une union de passions bien plus que de doctrines. Tous deux, il est -vrai» excluent l'aristocratie du gouvernement; mais les presbytériens détestent surtout le pouvoir comme anglican; les catholiques, comme protestant et antinatiohal. Les presbytériens sont bien aussi des protestants et des étrangers qui, à ce double titre, devraient être odieux aux catholiques; mais ceux-ci oublient, du moins présentement, l'origine et

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